Fondation pour l'islam : Chevènement ne compte pas "se dérober"

Fondation pour l'islam : Chevènement ne compte pas "se dérober"
L'ancien ministre quitte l'Élysée après une réunion avec François Hollande, le 9 janvier 2015.

publié le lundi 15 août 2016 à 11h10

- Mais il pose deux conditions à sa présidence : que les financements étrangers soient interdits et que sa liberté d'expression soit respectée. -

Jean-Pierre Chevènement, 77 ans, l'affirme, il n'a pas l'intention de se "dérober" à la mission que souhaite lui confier le gouvernement.

Celle-ci est "tellement d'intérêt public qu'aucun responsable ne peut s'y dérober", estime-t-il ce lundi 15 août dans un entretien donné au Parisien. "Je ne m'y déroberai donc pas sauf si ma nomination devait entraîner des problèmes insolubles qui me forceraient à me retirer", assure-t-il.

Son nom avait été avancé le 3 août par François Hollande pour présider la Fondation pour les œuvres de l'islam de France, lancée en 2005 par Dominique de Villepin et que le gouvernement de Manuel Valls souhaite remettre sur les rails d'ici à la fin de l'année. Mais l'ancien ministre explique qu'il est pressenti à ce poste depuis "le début de l'année". "Nous avons eu, Bernard Cazeneuve, son cabinet et moi-même, plusieurs réunions sur le sujet. Le ministre de l'Intérieur m'a adressé une lettre le 26 avril, me proposant - et je pense qu'il n'a pas fait cette proposition sans l'avoir évoquée avec le Premier ministre et le président de la République - la présidence de cette fondation qui n'est pas encore constituée." Et de rappeler sa légitimité à prendre les rênes d'une telle institution : "Dès 1999, j'avais, comme ministre de l'Intérieur, lancé une grande consultation sur l'islam de France."

"JE SUIS UN RÉPUBLICAIN LAÏC"

Conscient que sa possible nomination n'est pas du goût de tout le monde notamment parce que certains estiment que ce poste devrait être occupé par un musulman, M. Chevènement indique que "le futur président de la Fondation ne sera pas chargé de promouvoir l'islam". "Je n'y ai aucun titre, je ne suis pas musulman, je suis un républicain laïc", insiste-t-il.

Mais il pose, cependant, deux conditions à sa présidence. "Tout d'abord, que les financements étrangers soient prohibés afin que tout se passe dans la plus grande transparence et que l'islam de France dépende d'un argent collecté en France. D'autre part, mon acceptation de principe ne signifie en aucune manière que je renonce à ma liberté d'expression en tant qu'homme politique au long cours." Dans l'entretien Jean-Pierre Chevènement estime ainsi que les musulmans "doivent pouvoir pratiquer leur culte en toute liberté" mais conseille la "discrétion" dans l'espace public "dans cette période difficile".

"PROMOUVOIR LA CULTURE"

Jean-Pierre Chevènement a déjà une idée très précise de ce que sera sa mission. La première ciblera "la formation profane des imams". "Il faut leur enseigner ce qu'est la citoyenneté française, le cas échéant la langue française, les principes généraux du droit, en tout cas ceux régissant les rapports entre le culte musulman et les pouvoirs publics", explique-t-il. L'objectif de la fondation sera aussi "de promouvoir des projets culturels ayant pour but de faire mieux connaître la civilisation musulmane". "Il faudra aussi réfléchir à la création d'un institut de recherche - profane - en islamologie."

Le choix de l'ancien ministre avait notamment été critiqué par Brice Hortefeux, François Bayrou, ou encore la ministre Laurence Rossignol. Cette dernière avait plaidé pour la nomination d'une femme. Ce "oui" de principe pourrait bien relancer la polémique.

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