Fête de la musique: quand l'électro branche la République

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La star de l'électro Kavinsky, à l'affiche du concert de la Fête de la musique à l'Elysée, lors d'une performance le 26 avril 2008 en Californie
La star de l'électro Kavinsky, à l'affiche du concert de la Fête de la musique à l'Elysée, lors d'une performance le 26 avril 2008 en Californie
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© Getty Images/AFP
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AFP, publié le mercredi 20 juin 2018 à 11h36

La "French touch", qui fait danser d'Ibiza à Coachella, invitée à l'Elysée: après Laurent Garnier, premier DJ fait chevalier de la légion d'honneur l'an passé, l'électro gagne encore en respectabilité à l'occasion de la Fête de la musique jeudi.

"Il y a clairement une forme de reconnaissance qui est forte. Ça contribue à faire évoluer le statut de la musique électronique", se félicite le producteur et ancien manager de Daft Punk, Pedro Winter, alias Busy P lorsqu'il fait DJ.

Le patron du label Ed Banger Records a été chargé de transformer en dancefloor la Cour d'honneur du Palais présidentiel. Quelque 1.500 personnes, dont Emmanuel et Brigitte Macron qui devraient faire une apparition, danseront sur les mix de Busy P, Kavinsky, Chloé, Cézaire et Kiddy Smile, qui incarnent la diversité de la "french touch".

Des cinq, Kavinsky est le plus connu, pour "Night Call", son tube figurant dans le film "Drive". "Chacun a sa sensibilité artistique et même sexuelle. Je trouve ça génial par exemple que Chloé, ancienne DJ résidente d'un club lesbien comme Le Pulp (fermé en 2007), soit là", souligne Pedro Winter. 

Même si son éducation musicale est classique et s'il écoute plutôt Charles Aznavour ou Johnny Hallyday, Emmanuel Macron a grandi en même temps que le mouvement électro. Il avait 15 ans quand le Rex Club devenait un haut lieu de la techno, 20 ans quand Jack Lang créait la Techno Parade. A 40 ans, devenu président de la République, il salue une musique qui fait aussi rayonner culturellement la France, quand l'électro branche la République. 

"Hourra! Hourra! Enfin la musique techno entre à l'Élysée. Les années de combat que nous avons menées pour la pleine reconnaissance de la musique électronique, née en France, sont aujourd'hui récompensées par le Président", s'est réjoui l'ancien ministre de la Culture Jack Lang, rappelant qu'elle avait été "longtemps diabolisée et excommuniée".

- "Encore beaucoup à faire" -

Au début des années 1990, les futures stars de la "French Touch", Laurent Garnier, Daft Punk, Air ou David Guetta, ne pensaient probablement pas être un jour à pareille fête, eux qui ont, pour certains, débuté dans des entrepôts ou investi des forêts pour des rave-parties clandestines.

La techno, avec ses "teufeurs" habillés en militaires, parfois réduits à des "punk à chiens", a longtemps pâti d'une image négative, souvent associée aux drogues comme l'ecstasy. En 30 ans, elle a fini par s'imposer partout, à la radio, dans les clubs, dans les stades. 

"C'est la musique la plus populaire dans le monde. Et elle vient d'Europe, de France. C'est légitime qu'elle soit institutionnalisée", plaide auprès de l'AFP Jean-Michel Jarre, un de ses plus grands ambassadeurs à l'étranger.

"Notre savoir-faire n'a rien à voir avec celui des Anglo-saxons. On a voix au chapitre partout", ajoute-t-il.

En 2017, David Guetta, Justice, Kungs, Møme, Rone, Feder ou Petit Biscuit ont largement contribué à la croissance (6,7%) des revenus de l'industrie musicale française à l'international.

La plupart sont jeunes et autodidactes. Néanmoins, Jean-Michel Jarre "milite pour la création d'une académie de musique électronique", à l'heure où les ministères de la Culture et de l'Education mènent des actions en faveur de la musique à l'école.

D'autres acteurs estiment qu'il reste différents combats à mener.

"Une circulaire vient de paraître facturant très cher les forces de l'ordre aux organisateurs d'événements. Plusieurs festivals viennent d'être annulés", déplore Tommy Vaudecrane, président de Technopol, l'association qui organise la Techno Parade.

"Il y a encore beaucoup à faire pour obtenir des avancées concrètes sur la pratique amateur, les réunions festives ou le statut du DJ", pointe-t-il.

En attendant, la dimension contre-culturelle du mouvement sera au cœur de l'exposition "Rêve électro", l'an prochain à la Philharmonie de Paris. Ou quand Daft Punk s'invite chez Pierre Boulez...

Logique pour Jean-Michel Jarre, président d'honneur du Groupe de recherches musicales, laboratoire sur le son créé par Pierre Schaeffer il y a 60 ans: "J'ai toujours été convaincu que l'électro deviendrait la musique classique du XXIe siècle".

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