Féminicide de Mérignac : plusieurs policiers, dont un commissaire, menacés de sanctions

Féminicide de Mérignac : plusieurs policiers, dont un commissaire, menacés de sanctions
(illustration)

publié le lundi 27 septembre 2021 à 11h44

Mounir aurait dû être arrêté pendant les deux mois qui ont séparé la dernière plainte pour violence conjugale de Chahinez et le jour où il l'a poursuivie dans la rue avant de lui tirer dessus et de la brûler vive, selon la police des polices.

Le rapport de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) est sans ambiguïté : plusieurs policiers se sont rendus coupables d'une succession de fautes professionnelles et d'erreurs d'appréciation dans l'affaire Chahinez Dadoud, révèle France Inter lundi 27 septembre.

Ces quatre policiers, un commissaire, deux commandants et un brigadier, vont recevoir un courrier du directeur général de la police nationale. Il s'agit du policier qui a pris la plainte déposée par la victime, et des cadres ayant dirigé la traque du mari.

Certains se verront notifiés d'un ou plusieurs blâmes pour des manquements professionnels et ils pourront être convoqués devant un conseil de discipline, ouvrant la voie à des sanctions plus lourdes.

Ce rapport avait été commandé à l'IGPN après qu'une mission d'inspection a mis au jour une série de défaillances qui n'ont pas permis d'empêcher le meurtre particulièrement effroyable de Chahinez Daoud par son mari en mai dernier à Mérignac.


Chahinez, 31 ans, mère de trois enfants, est morte le 4 mai, après avoir été blessée par balles par Mounir, son mari violent récidiviste dont elle était séparée. Il l'avait ensuite immolée par le feu dans la rue. Ce drame a suscité une vague d'indignation et provoqué une mission conjointe de l'inspection générale de l'administration et de l'inspection générale de la justice.

Le 15 mars, son mari l'avait séquestré et battue pendant deux heures. La plainte que Chahinez avait déposée ce jour-là aurait dû empêcher le drame. Mais l'agent qui l'avait prise a été négligent, soulignait déjà un rapport d'inspection des ministères de l'Intérieur et de la justice rendu public en juin. Il avait mal complété la fiche de signalement, puis en avait fait faire remplir une autre par la victime, alors que c'était à lui de le faire. Ensuite, il avait transmis un dossier incomplet à la justice puis n'avait pas donné suite quand la greffière du tribunal judiciaire de Bordeaux avait demandé des compléments. Quand le dossier est finalement complété, il n'est déjà plus prioritaire, effacé par d'autres nouvelles affaires. Par ailleurs, ce policier avait lui-même été condamné pour violences conjugales et attendait à ce moment-là de passer devant d'un conseil de discipline.

En attendant, la police à bel et bien pris en compte la plainte et doit organiser la traque du suspect. Toutefois, le groupe d'enquêteurs compétent pour ce genre d'affaire est déjà mobilisé pour retrouver (avec succès) un violeur sur le campus de Talence. Un autre groupe, qui travail en appui à Talence, n'a lui pas les compétences pour rechercher Mounir. Aucun de ses membres n'est par exemple en mesure de procéder à la localisation du véhicule du suspect. Des policiers de la BAC de Mérignac se mettent bien en surveillance devant le domicile de Chahinez, en vain.

Mais après le 22 mars, aucun autre disposition n'est prise. "Il est incompréhensible qu'aucun cadre n'ait saisi l'unité départementale de protection de la famille capable de mener une vraie chasse au mari violent, déjà condamné à plusieurs mois de prison ferme", souligne un commissaire girondin, cité par France Inter.

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