Féminicide : 102 victimes en 2020, une sur cinq avait déjà porté plainte

Féminicide : 102 victimes en 2020, une sur cinq avait déjà porté plainte©PHILIPPE DESMAZES / AFP

publié le lundi 02 août 2021 à 13h10

Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a annoncé dimanche le traitement prioritaire des plaintes pour violences conjugales et la désignation d'un officier spécialisé dans ces violences dans chaque commissariat et chaque brigade de gendarmerie.

Un chiffre glaçant. En 2020, près d'une victime de féminicide sur cinq avait porté plainte pour des violences, selon le bilan des "morts violentes au sein du couple" publié ce lundi 2 août.

102 femmes ont perdu la vie en 2020 en France sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint.



Selon cette étude communiquée par le ministère de l'Intérieur, 35% des féminicides sont survenus alors que les victimes avaient déjà subi des violences, qu'elles soient physiques, psychologiques et/ou sexuelles de la part de leur conjoint.

Et 18% du total des victimes avaient déposé plainte après ces faits.


Des mesures annoncées par Gérald Darmanin

Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a annoncé dimanche le traitement prioritaire des plaintes pour violences conjugales et la désignation d'un officier spécialisé dans ces violences dans chaque commissariat et chaque brigade de gendarmerie.

Le nombre de décès pour des violences intra-conjugales (102 femmes, 23 hommes) est au plus bas depuis 15 ans, après une année noire en 2019 (146 féminicides).

Dans un tiers des décès - tous sexes confondus -, l'auteur a fait usage d'une arme à feu.

Une consommation d'alcool dans plus de la moitié des cas

Une écrasante majorité (86%) des faits se sont déroulés au domicile, de la victime ou de l'auteur.

Près d'un quart (24%) ont lieu dans le contexte d'une séparation non acceptée.

Les auteurs sont très majoritairement des hommes (82%), de nationalité française, âgé de 30 à 49 ans (43%) ou de plus de 70 ans (22%), sans emploi ou retraités (66%).

Les femmes décédées sont en majorité âgées de 30 à 49 ans (40%) ou ont plus de 70 ans (21%).

Pour les victimes âgées (16% ont plus de 80 ans), la maladie et la vieillesse sont la cause principale du passage à l'acte.

Dans plus de la moitié des cas (52%), de l'alcool, des stupéfiants ou des médicaments psychotropes ont été consommées par l'auteur ou sa victime.

Le 4 mai dernier, la mort de Chahinez, blessée par balles par son mari violent récidiviste dont elle était séparée et qui l'avait ensuite immolée par le feu dans la rue, a suscité une vague d'indignations. Deux mois plus tôt, la mère de famille était allée portée plainte au commissariat pour dénoncer une nouvelle agression de son conjoint, en expliquant qu'il l'avait frappée et avait tenté de l'étrangler.

Le drame a provoqué une mission conjointe de l'inspection générale de l'administration et de l'inspection générale de la justice. Le rapport de cette mission a mis en lumière une série de défaillances dans le suivi du conjoint violent multirécidiviste et la protection de la victime. Le 10 juin, le gouvernement a annoncé de nouvelles mesures.

Des féminicides réguliers

Les féminicides occupent régulièrement l'actualité. Samedi 31 juillet, un homme a été mis en examen pour "assassinat" après la mort le 22 juillet dans le village du Souich (Pas-de-Calais) de son ex-compagne, frappée de plusieurs coups de couteau.

La victime, âgée de 36 ans et mère de quatre enfants de 6 à 18 ans, avait déposé deux mains courantes auprès de la gendarmerie en mars 2021, concernant "la séparation du couple et les modalités de droit de garde des enfants".

Dimanche 1er août, dans l'Aveyron, une femme de 48 ans a été tuée par arme blanche, et son conjoint, qui aurait tenté de se suicider, est le principal suspect.

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