Faut-il dépister le cancer du poumon ?

Faut-il dépister le cancer du poumon ?
Grande fumeuse, Françoise suit un dépistage précoce à l'hôpital de Créteil (Val-de-Marne) pour s'assurer que sa broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO) ne dégère pas en cancer du poumon.

leparisien.fr, publié le samedi 02 juin 2018 à 20h04

Les chercheurs américains, réunis en congrès, s'inquiètent du faible taux de dépistage précoce des fumeurs. En France, cette technique fait toujours débat.

Ce mercredi était jour de test(s) pour Françoise. Prise de sang, scanner du thorax, mesure du souffle... Des examens que la jeune retraitée de 66 ans devra repasser l'an prochain, puis celui d'après. Objectif : s'assurer que la toux, l'essoufflement, la bronchopneumopathie chronique (BPCO) de celle qui se concède « fumeuse devant l'éternel », ne dégénèrent pas en un cancer du poumon. Une maladie encore trop difficile à soigner, première cause de mortalité par tumeur chez l'homme, deuxième chez la femme.

C'est au centre hospitalier intercommunal de Créteil (Chic), dans le Val-de-Marne, que Françoise bénéficie de cet inédit dépistage précoce. Inédit, oui, car contrairement au sein, au côlon et tout récemment au col de l'utérus, il n'existe pas de dépistage organisé du cancer du poumon dans l'Hexagone. L'âpre débat entre spécialistes a même été tranché en 2016 par la Haute autorité de santé (HAS). « Son efficacité n'est pas établie, estime-t-elle, et les inconvénients sont nombreux. »

Mais voilà, réunis en congrès de l'Asco à Chicago, des experts américains sont d'un autre avis. Dans une étude présentée ce vendredi, ils s'alarment même du faible taux d'actuels ou d'anciens « gros » fumeurs de plus de 50 ans qui ont recours au dépistage, pourtant recommandé aux États-Unis - contrairement donc, à la France. Sur les 7.6 millions de leurs concitoyens participant à l'essai, « seulement » 1,9 % ont passé les examens. Et aux chercheurs d'en appeler à une campagne nationale (américaine) pour encourager et démocratiser la détection précoce.

Le dépistage pour une prise en main plus rapide

« C'est une analyse intéressante et assez provocatrice pour nous, en France, où le dépistage est décrié. Cela mérite discussion : l'augmentation du prix du tabac et les campagnes pour arrêter de fumer suffisent-elles à la prévention de ce virulent cancer ? », estime le professeur Jean-François Morère, chef du service de cancérologie de l'hôpital Paul-Brousse à Villejuif (Val-de-Marne).

« La perspective d'avoir un cancer est très angoissante mais si cela devait être le cas, le dépistage me permettrait d'être prise en main plus vite. Enfin, on n'y est pas ! », reprend Françoise, léger sifflement dans sa voix enjouée. Comme elle, ils sont 300 au Chic à bénéficier de cet essai sur cinq ans baptisé Lumascan.

L'exemple de Créteil, centre en pointe pour les tumeurs bronchiques, pourrait-il être généralisé ? Le professeur Christos Chouaid, un des investigateurs de l'étude, est enthousiaste... mais prudent ! « Il s'agit d'une expérimentation dans un cadre extrêmement rigoureux. Le but est de rendre le dépistage plus efficient. Il se fait par scanner à faible irradiation et il s'accompagne d'actions autour du sevrage tabagique ».

Surtout, il génère peu de faux positifs, ces redoutées « mauvaises alertes » qui peuvent induire des examens intrusifs, des opérations ou des traitements inutiles car non liés au cancer. « Si le dépistage devait s'étendre, prévient le médecin, il faudrait qu'il soit très contrôlé. »

« Si je n'ai rien, tant mieux »

Ancienne cadre dans la finance, Françoise a tout essayé pour stopper sa cigarette entamée il y a 40 ans. Elle y parvient, par phase. « On ne choisit pas de fumer mais ce programme me motive encore plus pour arrêter. Je me dis, bon sang, il y a urgence ! »

Une autre chose l'a convaincue : c'est grâce à un dépistage du cancer du côlon que son mari est en rémission complète depuis huit ans. « Je sais qu'il y a des polémiques, mais moi ça me paraît primordial. Si je n'ai rien, tant mieux, mais cela peut, dans tous les cas, bénéficier à des milliers de personnes. »

L'Asco, kézako ? L'Asco, kézako ?Le McCormick est un immense centre des congrès - le plus grand des Etats-Unis - aux larges allées, non loin du cœur de ville de Chicago. 32 000 médecins et chercheurs s'y pressent pour découvrir tout ce qui se fait de neuf dans la lutte contre le cancer. La 54e édition du rassemblement de l'Asco (American Society of Clinical Oncology) se tient jusqu'à ce mardi.

Cocorico, cette année la France caracole en tête des pays européens en termes de publications (426 au total). Parmi les recherches menées, beaucoup sur la médecine génomique, les thérapies ciblées, l'immunothérapie. Et notamment pour le cancer poumon, qui s'attaque 50 000 personnes par an, dont de plus en plus de femmes, et reste trop meurtrier (30 991 décès en 2017). Chaque publication est un nouvel espoir.

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