Fausse couche au Auchan de Tourcoing : la caissière va porter plainte

Fausse couche au Auchan de Tourcoing : la caissière va porter plainte
La plainte, en cours de rédaction, va être envoyée au procureur du TGI de Lille.

Orange avec AFP, publié le jeudi 29 décembre 2016 à 17h13

La caissière du Auchan City de Tourcoing (Nord), victime d'une fausse couche sur son lieu de travail en novembre, va porter plainte pour "non-assistance à personne en danger", ont indiqué ce jeudi la CGT et son avocat, Me Ioannis Kappopoulos.

L'histoire de cette caissière de 23 ans a suscité la colère sur les réseaux sociaux.

Le 22 novembre, la jeune femme, qui est en contrat de professionnalisation dans ce magasin depuis le 1er novembre, avait ressenti de "violentes douleurs" au ventre. "J'ai prévenu mes responsables, j'ai demandé à plusieurs reprises d'aller aux toilettes, mais personne ne m'a permis. J'ai continué à travailler, mais à un moment, j'en pouvais plus, alors j'ai pris la décision de fermer la caisse", a relaté la caissière alors enceinte de trois mois. "Quand je me suis levée, j'ai vu que mon fauteuil était blindé de sang", puis "je suis allée aux toilettes, j'étais un robinet de sang. C'est un pompier (appelé par la sécurité, ndlr) qui a ramassé le fœtus tombé dans la cuvette", poursuit la salariée qui est actuellement en arrêt maladie.



Le 22 novembre, "dès que sa hiérarchie a été informée du problème rencontré par l'hôtesse, elle a alerté les secours et l'hôtesse a été prise en charge rapidement", a assuré l'entreprise, affirmant que la salariée n'avait pas sollicité de pause. Dans un courrier adressé à la direction d'Auchan City, daté du 20 décembre et dont l'AFP a obtenu copie, la caissière écrit avoir été "meurtrie" par "cette absence manifeste d'empathie et de compassion" de sa direction. Elle lui demande de remplir "une attestation d'accident du travail" et de "régulariser" sa fiche de paie du mois de novembre affirmant "qu'une semaine de travail effectif" lui a été déduit sur son bulletin de salaire. Dans ce même supermarché, une caissière avait été licenciée en juillet pour "un préjudice de 85 centimes d'euros" avant d'être finalement réintégrée.

"LA MARQUE D'UNE SOCIÉTÉ DÉSHUMANISÉE" POUR MANUEL VALLS

"L'ensemble des sommes dues ont été versées" et Auchan n'"a reçu l'avis d'arrêt maladie et l'avis d'accident de travail que tardivement. Dès que nous les avons reçus, nous avons traité le sujet", a répondu la direction. "La non-assistance à personne en danger est caractérisée, mais nous attendons une réaction digne d'Auchan", a déclaré à France Info l'avocat de la jeune salariée. Le supermarché de Tourcoing a également suscité l'indignation en juillet après le licenciement d'une caissière pour "un préjudice de 85 centimes d'euros", selon la CGT. Cette dernière avait finalement été réintégrée.

Pour l'ancien Premier ministre, Manuel Valls, cette affaire est la marque d'une société "déshumanisée". "Le cas de cette caissière est révoltant", s'est-il indigné sur Facebook. "S'il faut, bien sûr, attendre que toute la lumière soit faite, les premiers éléments de témoignage - cette femme à qui l'on a refusé de faire une pause, qui a dû se faire évacuer par les secours, et qui de surcroît, après cet événement douloureux, s'est fait déduire une semaine de salaire - indiquent un manque total de décence, d'humanité, de l'empathie la plus basique", fustige le candidat à la primaire du PS.


"C'est la marque d'une société déshumanisée, où l'humain est devenu une variable d'ajustement (...) La modernité, ce n'est pas demander toujours plus à ceux qui donnent déjà tant, ce n'est pas la négation de l'humain au profit de l'économie. C'est au contraire l'intégration de l'humain, du bien-être dans les conditions de travail (...) Je considère qu'il n'y a pas de projet d'avenir qui n'intègre pas, en plus du progrès technologique, de l'innovation, cette question de la dignité, du respect au travail", assure Manuel Valls, très décrié à gauche et parmi les syndicats pour son inflexibilité sur la loi travail.

Rappelant le bilan du gouvernement -retraite à 60 ans pour ceux qui ont commencé à travailler tôt, compte pénibilité-, l'ex-Premier ministre dit croire qu'il "faudra aller plus loin". "Le progrès, c'est aussi la qualité de vie, l'articulation entre vie personnelle et professionnelle, notamment pour les femmes. C'est leur permettre de ne pas programmer leur grossesse en fonction de leur poste. C'est leur permettre aussi de continuer à travailler dans les meilleures conditions les premiers mois, quitte s'il le faut à aménager le poste de travail, à réduire les horaires pour les femmes enceintes, en particulier celles qui exercent un métier pénible. Voilà le nouvel horizon de progrès que la gauche portera dans le grand débat qui s'ouvre devant les Français", conclut-il.

Vous êtes responsable des propos que vous publiez.
Merci de respecter nos CGU