Face aux violentes pluies méditerranéennes, des réflexes qui sauvent des vies

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Les gestes qui sauvent quand l'eau monte : dégrafer la ceinture, pivoter et pousser avec les deux jambes
Les gestes qui sauvent quand l'eau monte : dégrafer la ceinture, pivoter et pousser avec les deux jambes
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© AFP, Pascal POCHARD-CASABIANCA

, publié le jeudi 08 octobre 2020 à 10h48

"Si tu es coincé, tu casses la vitre": face aux pluies méditerranéennes qui ont encore emporté plusieurs vies la semaine dernière dans le Sud-Est de la France, 300 lycéens d'Ajaccio sont formés aux réflexes à avoir en voiture face à une crue subite.

Installé au volant d'un simulateur qui mime la pression de l'eau sur une portière de voiture, Alexandre Todisco, élève de Première de 16 ans, expérimente la sensation d'être soudain pris dans une crue.

Quand l'eau atteint 10 cm de hauteur, il ouvre la portière sans trop de difficulté, à 20 cm la résistance augmente. A 30 cm "tu perds le contrôle de la voiture, elle flotte", souligne la formatrice, Ghislaine Verrhiest-Leblanc, chargée de Mission interrégionale inondation arc méditerranéen (Miiam).

Elle lui explique les gestes qui sauvent: "Tu dégrafes ta ceinture, tu pivotes et tu pousses avec tes deux jambes".

Mais à 40 cm, la tâche devient impossible. "Normalement personne ne sort avec le stress, les secousses", précise Ghislaine Verrhiest-Leblanc.

"Moi je reste dans la voiture", glisse alors Alexandre. Mauvais réflexe. "C'est dangereux. La solution c'est la fenêtre. Il faut l'ouvrir ou la casser", indique-t-elle en montrant comment utiliser l'appui-tête pour briser la vitre.

A chacun des lycéens, elle recommande l'achat d'un porte-clés brise-glace: "C'est 10 euros, c'est pas obligatoire mais indispensable, ça permet de trancher la ceinture de sécurité et de casser la vitre, ça sauve des vies".

Pour Alexandre, l'expérience "montre bien le danger" et incite à se méfier de son instinct. "Moi je serais resté dans la voiture. Là j'ai compris, je vais en parler autour de moi", dit-il à l'AFP.

Sur un autre simulateur imitant une porte de sous-sol bloquée par 40 centimètres d'eau, un gaillard de 1,75 mètre, élève de Première, pousse comme un pilier de rugby, de toutes ses forces. Mais il reste prisonnier du lieu.

- "L'impensable est à venir" -

"On utilise ces démonstrateurs pour que les gens ressentent physiquement les risques qu'ils prennent en allant dans les sous-sols pour sauver voiture ou scooter ou aller récupérer un album photos auquel on tient", explique à l'AFP Ghislaine Verrhiest-Leblanc, notant que "les élèves sont impressionnés par le peu de centimètres qu'il faut pour être piégé mortellement".

La formatrice répète les deux mots d'ordre en cas de fortes pluies: "Ne pas descendre en sous-sol et reporter tout déplacement".

"Quand il y a des inondations, les deux tiers voire 80% des victimes sont des gens emportés dans leur voiture", rappelle Guillaume Lericolais, directeur de cabinet du préfet de Corse.

Au cours des pluies méditerranéennes très violentes qui se sont abattues sur trois vallées au nord de Nice la semaine dernière, qui ont fait au moins cinq morts, le corps d'un homme a par exemple été retrouvé immergé dans sa voiture.

Cette campagne annuelle de sensibilisation aux pluies méditerranéennes intenses organisée par la préfecture résonne ainsi de manière encore plus forte avec cette catastrophe. D'autant que le lycée Jules Antonini d'Ajaccio avait vu son mur d'enceinte éventré et plusieurs locaux inondés le 11 juin, lors d'une brusque et violente montée des eaux provoquée par un épisode de pluies torrentielles.

La mission interrégionale inondation arc méditerranéen a été créée en 2017 suite à des crues meurtrières dans les Alpes-Maritimes en octobre 2015. Elle intervient dans les 23 départements du sud de la France et a réalisé cinq "clips choc" de sensibilisation tirés de situations réelles qui ont fait des victimes (http://www.paca.developpement-durable.gouv.fr/clips-chocs-2019-bons-comportements-inondation-arc-a12188.html)

Avec le réchauffement de la planète, ces épisodes de pluie extrêmes --dits "épisodes méditerranéens"--, liés à des remontées d'air chaud et humide de la Méditerranée, risquent de devenir de plus en plus intenses. 

Depuis le début des années 1960, on peut déjà observer une augmentation de la fréquence des épisodes les plus violents, en particulier ceux dépassant le seuil de 200 mm en 24 h, selon Météo-France.

"L'impensable est à venir malheureusement", souligne Mme Verrhiest-Leblanc. "C'est pourquoi il faut se préparer".

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