Face à Darmanin : pourquoi Marine Le Pen joue (très) gros ce soir

Face à Darmanin : pourquoi Marine Le Pen joue (très) gros ce soir©Panoramic

, publié le jeudi 11 février 2021 à 12h47

Opposée jeudi 11 février à Gérald Darmanin dans un débat sur France 2, Marine Le Pen semble jouer une partie de la crédibilité de sa nouvelle image politique, plus posée et "fréquentable", à en croire les différents analystes. 

 C'est un duel entre l'une des figures du gouvernement et la principale adversaire de la majorité sur le terrain médiatique, à cette heure. Gérald Darmanin, ministre de l'Intérieur, débattra jeudi 11 février face à Marine Le Pen lors de l'émission "Vous avez la parole" sur France 2.

Un face à face à 21h qui sans doute aiguise la curiosité et excite les observateurs. Un casting sur-mesure étant donné les sujets du débat du jour : la sécurité, le séparatisme, l'immigration et la lutte contre l'islamisme.




 Il s'agit là des thèmes de prédilection du parti ex-frontiste, et ça date de la création du Front national par Jean-Marie Le Pen. Ils ont même participé à l'exclure du débat politique traditionnel tant les angles d'attaque du "Patriarche" étaient pointés comme nauséabonds. Depuis, sa fille Marine a pris la relève et a mené une décennie de désormais fameuse "dédiabolisation" de la formation politique, jusqu'à rebaptiser le parti en Rassemblement national (RN). Et sur France 2, la première mission de la finaliste de la présidentielle de 2017 sera de montrer que la mission est accomplie, et qu'elle est désormais "fréquentable", affranchie du sceau de l'infamie accolé à son nom de famille depuis les années 1980.

 Fin de la "dédiabolisation"

"Il ne sert plus à rien d'être dans la caricature et dans la comparaison avec Jean-Marie Le Pen", concède au Figaro un ministre. "La diabolisation de notre mouvement s'est arrêtée. On trouve encore quelques outrances dans la bouche de concurrents politiques, mais plus dans la population française. Ni même dans les médias. Sur les marchés, il est plus facile d'être militant RN qu'En marche! aujourd'hui", indiquait dans les colonnes du quotidien Marine Le Pen, mi-janvier. Il faut maintenant que la patronne du RN convainc le plus grand nombre de Français possible à 15 mois de la présidentielle.

 Comme l'indique Le Figaro, un sondage récent donne Marine Le Pen en tête du premier tour de la présidentielle, avec un duel face à Emmanuel Macron au second tour, qui pour le moment la verrait perdre dans un mouchoir de poche : 48% contre 52% au chef de l'État sortant. Plus inquiétant pour ses opposants, si la candidate semble récupérer un tiers des électeurs de François Fillon de 2017, elle bénéficierait aussi du refus d'un électeur de gauche sur deux de voter en faveur d'Emmanuel Macron face à la candidate du RN.

 Et c'est ce dernier détail (qui n'en est pas un) qui inquiète la majorité. "Le front républicain se fissure, il faut absolument que l'on fasse quelque chose", lâche un ministre au Figaro. Car depuis plusieurs mois Marine Le Pen s'avère redoutable, loin d'être une caricature d'opposition, elle paraît encline à parfois abonder dans le sens du gouvernement durant la crise sanitaire, relève Le Figaro. Une stratégie de communication qui vise à sortir des mémoires sa prestation jugée extrêmement mauvaise lors du débat d'entre-deux-tours. Et là encore, le débat de jeudi face à Gérald Darmanin est une étape importante.

 Miser sur l'anti-macronisme 

 D'ailleurs, la candidate ne s'y trompe pas et prépare ces 45 minutes avec beaucoup de minutie. Elle a d'abord lu le livre de Gérald Darmanin, "Le séparatisme islamiste - Manifeste pour la laïcité". Ensuite, elle a préparé la forme de sa communication face à un adversaire politique. "J'ai fait le choix d'être offensive. Peut-être trop", avait-elle avoué à LCP concernant le duel face à Emmanuel Macron. Presque quatre ans après, Marine Le Pen a changé de style. "Elle n'y va pas pour se faire Darmanin, elle y va pour débattre du fond", confie au Parisien un membre de son entourage.

Pour ce faire, elle est coachée par Pascal Humeau, ex-journaliste d'i-Télé devenu conseiller au Rassemblement national. Par ailleurs, des Énarques, des communicants, ainsi que des hauts fonctionnaires proches du RN apportent leur pierre à la construction de la nouvelle image de Marine Le Pen. Une stratégie qui passera un premier crash-test sur France 2, pour débuter le chemin que la députée espère emprunter jusqu'à l'Élysée avec une idée simple, ne pas faire de faux pas et miser sur un rejet du chef de l'État. "Nous avons plus de chances que Macron perde plutôt que Marine ne gagne. Même si Mélenchon appelait ses électeurs à voter Macron pour faire barrage, une écrasante majorité ne le ferait pas", assure un conseiller de Marine Le Pen.

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