Extension du pass sanitaire : "faire la police" inquiète les propriétaires de bars et restaurants

Extension du pass sanitaire : "faire la police" inquiète les propriétaires de bars et restaurants
Photo d'illustration.

publié le mardi 13 juillet 2021 à 09h34

Si les restaurateurs sont résignés après les annonces d'Emmanuel Macron sur l'élargissement du pass sanitaire à leur établissement, les inquiétudes concernant les modalités de contrôle des clients sont grandes. 

Les professionnels de la restauration et des centres commerciaux, dont clients et employés devront produire un pass sanitaire à partir de début août, craignent une mesure difficile à appliquer à appliquer dans leur établissement et néfaste pour leur chiffre d'affaires. En vigueur depuis vendredi dans les lieux recevant plus de 1.000 personnes (stades...) et les discothèques recevant plus de 50 personnes, le pass sanitaire - test covid négatif, attestation de vaccination ou test prouvant un rétablissement du Covid 19 - deviendra obligatoire dès le 21 juillet dans les "lieux de loisirs et de culture" rassemblant plus de 50 personnes, pour les personnes à partir de 12 ans, a annoncé Emmanuel Macron lundi 12 juillet lors de son allocution télévisée.

 



"Début août", le pass sanitaire sera étendu aux cafés, restaurants, centres commerciaux; il sera également obligatoire pour voyager en avion, en train ou en autocar effectuant de longs trajets, comme dans les établissements médicaux (hôpitaux, maisons de retraite...)  Cette extension à d'autres établissements recevant du public nécessite le vote d'une loi et sa promulgation.

"Seuls les vaccinés et les personnes testées négatives pourront accéder à ces lieux, qu'ils soient d'ailleurs clients, usagers ou salariés", a martelé Emmanuel Macron. "Nous allons étendre au maximum le pass sanitaire pour pousser le maximum d'entre vous à aller vous faire vacciner", a-t-il justifié.

Pour le maintien des aides aux secteurs
Du côté des professionnels de l'hôtellerie restauration, c'est la résignation mais aussi l'inquiétude qui l'emportent : "Nous préférons un pass sanitaire à une fermeture, c'est évident", a déclaré à l'AFP Catherine Quérard, vice-présidente du syndicat des indépendants du secteur, le GNI. Elle s'interroge toutefois sur les modalités d'application pratiques, les restaurateurs et cafetiers ne souhaitant pas "faire la police" dans leurs établissements. "Comment fera-t-on lorsque dans un groupe de cinq personnes, l'une d'elles n'aura pas de test négatif ou de certificat de vaccination?", demande-t-elle. Le principal syndicat de l'hôtellerie restauration, l'Umih, insiste sur la nécessité de voir les aides au secteur, dont la dégressivité est programmée, "maintenues et proportionnelles à la perte d'activité qui pourrait découler de ces mesures", a déclaré à l'AFP Hervé Becam, son vice-président. Yohann Petiot, directeur général de l'Alliance du Commerce, réclame lui aussi des "mesures de compensation", "le temps que la vaccination monte en puissance".
Restaurateurs comme commerçants s'inquiètent par ailleurs de leur capacité à faire vacciner leur personnel à temps. "Pour l'instant on ne pouvait pas obliger un salarié à se faire vacciner. On ne sait pas comment les enseignes vont faire pour mener à bien cette vaccination", a souligné Yohann Petiot.

"Le jour sans fin"

"Que faire si un client refuse de vous montrer son pass sanitaire ?", s'interroge sur Franceinfo Laurent Frachet, président de la branche restauration du Groupement national des indépendants, hôtellerie et restauration (GNI). "Il faut rappeler qu'il y a en moyenne un patron et quatre salariés en établissement de restauration. On n'a pas de rôle de police", explique-t-il.  "J'ai l'impression qu'on se retrouve encore un an en arrière où on a pu passer un été libéré de certaines contraintes pour pouvoir mieux refermer à l'automne. C'est un petit peu le jour sans fin. (...) Plutôt que d'utiliser nos établissements comme des épouvantails, peut-être qu'il faudrait que le gouvernement ait enfin le courage de rendre obligatoire la vaccination pour l'ensemble des Français", a encore ajouté Laurent Frachet. 

 


Du côté des professionnels du cinéma, les annonces du président Macron ont également été reçues comme un coup de massue. "La culture est visée dans des délais très courts, alors que les autres secteurs, y compris moins encadrés comme les bars et les restaurants seront concernés au mois d'août. On ne comprend pas pourquoi, comme à plusieurs reprises durant cette crise, la culture subit des mesures avant les autres", a déploré sur Franceinfo Marc-Olivier Sebbag, délégué général de la Fédération nationale des cinémas de France (FNCF). Il rappelle aussi que "le cinéma regroupe énormément de jeunes publics" alors que "la vaccination des adolescents n'est ouverte que depuis le 15 juin, sans qu'il n'y ait eu aucune campagne gouvernementale pour la favoriser".

 



 Pour Jacques Creyssel, délégué général de la Fédération du Commerce, le gouvernement doit mettre en place "des camions de vaccination dans nos parkings" pour accélérer la vaccination de salariés souvent "jeunes" donc "encore relativement peu vaccinés". 

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