Evacuation controversée de migrants à Paris : la "police des polices" saisie, annonce Gérald Darmanin

Evacuation controversée de migrants à Paris : la "police des polices" saisie, annonce Gérald Darmanin
Place de la République, Paris, le 23 novembre 2020.

, publié le mardi 24 novembre 2020 à 13h58

Le ministre de l'Intérieur est sous le feu des critiques après l'évacuation musclée lundi soir d'un camp de migrants place de la République à Paris.

Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a annoncé mardi 24 novembre avoir "demandé à l'IGPN (la "police des polices") de remettre ses conclusions sous 48H" sur les violences intervenues lundi soir lors de l'évacuation par les forces de l'ordre d'un campement de migrants dans le centre de Paris.




Dans un tweet, le ministre de l'Intérieur, qui s'était ému la veille sur Twitter d'"images choquantes" de ce démantèlement et avait demandé un "rapport circonstancié au préfet de police de Paris", a précisé que le préfet de police lui avait proposé "la saisine de l'IGPN sur plusieurs faits inacceptables".



Plusieurs centaines de migrants, en errance depuis l'évacuation d'un important camp d'exilés à Saint-Denis la semaine dernière, ont monté lundi un nouveau campement place de la République, que les forces de l'ordre ont démantelé sans ménagement dans la soirée en faisant notamment usage de gaz lacrymogène.

Très vite, des images de violences lors du démantèlement par les forces de l'ordre ont été relayées sur les réseaux sociaux. On y a vu des migrants sortis de leur tente par la force, des coups de matraque infligés.

Rémy Buisine, journaliste du média en ligne Brut, a affirmé avoir été "molesté à plusieurs reprises par un policier". Brut a demandé des "explications" au préfet de police ainsi qu'au ministère de l'Intérieur.

Anne Hidalgo réclame des explications

"Ce que nous avons vu hier sur la place de la République et ensuite sur le parvis de l'Hôtel de ville est profondément choquant", a affirmé la maire de Paris Anne Hidalgo Hidalgo lors d'une conférence de presse de l'Association des maires de France (AMF). L'édile PS a précisé avoir écrit ce matin à M. Darmanin "pour lui demander des explications". Elle a notamment dénoncé dans sa lettre "un usage de la force disproportionné et brutal". 

La maire y a également rappelé un "protocole" qui prévaut lors de l'évacuation de camps, rappelant que les migrants provenaient d'un camp évacué la semaine dernière en Seine-St-Denis. "On ne démantèle que s'il y a une solution d'hébergement", a-t-elle souligné lors de la conférence de presse, déplorant qu'il "n'y ait pas eu de réponse à la hauteur de la part de l'Etat dont c'est la compétence et la responsabilité". 

"Cette situation n'est pas acceptable et j'ai écrit ce matin et j'espère avoir une réponse à la hauteur de l'émotion que cela a suscité", a-t-elle regretté, avant d'exprimer son inquiétude à propos de la loi "Sécurité globale", en particulier son article 24, qui doit être soumise au vote dans l'après-midi à l'Assemblée nationale.

"Par rapport à ce fameux article 24, il faut que l'on regarde vraiment de très près ce que cela produit", a affirmé la maire de Paris à propos de cet article qui pénalise la diffusion malveillante d'images de policiers. "Je dis attention: ce qui s'est passé hier, si je le mets en perspective du vote de l'article 24 de la loi sur la sécurité globale, cela veut dire qu'il y a un problème démocratique à l'arrivée", a-t-elle prévenu, appelant à "l'anticiper". "J'espère d'ailleurs, si cet article est voté, que le Conseil constitutionnel s'en saisira et dira ce qu'il a à dire sur la question de nos libertés", a-t-elle ajouté.  


"Dérive liberticide"... 
 

"Les images sont extrêmement choquantes, on a vu des violences vis-à-vis de réfugiés en situation extrêmement difficile et des violences vis-à-vis de journalistes qui commencent à s'accumuler dans le temps", a également critiqué l'eurodéputé EELV Yannick Jadot sur Europe 1, y voyant l'illustration d'une "dérive liberticide qui est dangereuse".

Selon lui, avec l'article 24 de la loi "Sécurité globale" en cours d'examen au Parlement, "le ministre (de l'Intérieur Gérald) Darmanin a, de fait, avec le président de la République, créé un délit d'informer pour les journalistes sur les manifestations" en "cré(ant) l'idée que les journalistes n'ont plus leur place dans les manifestations, que les journalistes deviennent des adversaires de la démocratie".

Le président des députés Insoumis Jean-Luc Mélenchon a demandé mardi de "suspendre" le vote à l'Assemblée, après avoir dénoncé "des moyens d'une sauvagerie exceptionnelle" déployés selon lui par les forces de l'ordre.

"J'ai été sidéré par ce que j'ai vu", a réagi sur France Inter le secrétaire national du PS Olivier Faure qui a demandé à l'exécutif de renoncer au texte. "C'est un gouvernement qui perd les pédales dans son rapport aux libertés publiques, à l'éthique", a renchéri le porte-parole du PS Boris Vallaud.

"Pour eux c'est la matraque d'abord, pour nous c'est l'Humain d'abord !", a critiqué le patron du PCF Fabien Roussel. "Pourquoi cette évacuation si violente alors que des solutions d'hébergement ont été proposées ?", s'est indigné sur Twitter l'adjoint (PS) à la maire de Paris Patrick Bloche.

L'adjoint EELV David Belliard a lui clairement réclamé "des comptes" au préfet de police face à "ce déchaînement de violences" qui est "une honte" et le parti Générations a demandé la démission de Darmanin et le limogeage du préfet.

... ou lâchage de la police ?

Droite et extrême droite ont apporté au contraire leur soutien aux forces de l'ordre et au préfet, dénonçant la réaction du ministre. Le député Les Républicains Eric Ciotti a estimé sur Twitter que la réaction M. Darmanin était "lâche". Son collègue Julien Aubert a jugé "choquant" que le ministre "n'assume pas que la police n'a fait qu'appliquer ses ordres et rétablir l'ordre". La maire LR du VIIe arrondissement Rachida Dati a jugé "choquantes" les images, tout en estimant que le préfet de police "a fait son travail avec les moyens qu'on lui donne".

Evoquant la loi de "Sécurité globale", la présidente du Rassemblement national Marine Le Pen s'est demandé "à quoi sert de faire voter une loi pour protéger les policiers, si c'est pour les désavouer collectivement au moindre incident ou à la moindre provocation d'extrême gauche ?" Dans un deuxième tweet, elle a jugé que "l'argent des Français doit en priorité être réservé à la solidarité avec les Français" s'offusquant des places d'hébergement pour les migrants quand "nos compatriotes plongent dans la pauvreté".

Le numéro deux du RN Jordan Bardella estime que le campement avait "une intention évidente": "organiser la victimisation en dénonçant des 'violences policières'" et "relancer la polémique déclinante sur l'article 24 de la proposition de loi 'Sécurité globale'".

Les ministres de la Citoyenneté Marlène Schiappa et du Logement Emmanuelle Wargon ont elle demandé mardi une prise en charge "sans délai" pour les centaines de migrants de nouveau dans l'errance.

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