Etudiant immolé à Lyon: mobilisation en France, les pouvoirs publics interpellés

Etudiant immolé à Lyon: mobilisation en France, les pouvoirs publics interpellés

, publié le mercredi 13 novembre 2019 à 13h01

"Je vise un lieu politique": l'immolation d'un étudiant et son message interpellant les pouvoirs publics sur la précarité ont été mardi au centre de rassemblements qui se sont soldés par des incidents à Lyon, Lille et Paris.

Dans la capitale en début de soirée, quelques manifestants ont quitté un rassemblement d'étudiants qui se déroulait dans le calme devant le Crous, dans le quartier latin, pour aller au ministère de l'Enseignement supérieur dont ils ont arraché la grille d'entrée, avant de prendre la fuite.


Témoignant de la colère de nombreux jeunes, les rassemblements ont aussi perturbé les cours sur des campus de Lyon et Lille.

A la faculté de droit de Lille, une conférence de François Hollande a notamment dû être annulée. 

Dans un communiqué publié dans la soirée, la ministre de l'Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, a condamné "fermement" "les violences et les dégradations qui ont eu lieu en marge des rassemblements qui se sont tenus" dans la journée.

Brûlé à 90%, l'étudiant de 22 ans qui s'est immolé vendredi était toujours "entre la vie et la mort" mardi. En difficulté financière - il avait perdu sa bourse en "triplant" sa deuxième année de licence à l'université Lyon 2 - il a expliqué son geste dans un message lu mardi par une camarade.

"Aujourd'hui je vais commettre l'irréparable, si je vise le bâtiment du Crous ce n'est pas par hasard, je vise un lieu politique, le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, et par extension le gouvernement", indiquait l'étudiant avant de passer à l'acte.

"Cette année, faisant une troisième L2, je n'avais pas de bourse mais même quand j'en avais, 450 euros par mois, est-ce suffisant pour vivre ?", ajoutait-il en reprenant des revendications sur le salaire étudiant.

Plusieurs centaines d'étudiants se sont réunis dans la matinée devant le siège du Crous à Lyon. "On attend que les pouvoirs publics prennent leurs responsabilités", a affirmé parmi eux Bastien Pereira Besteiro, militant Sud Education. 

"Il n'est pas normal que des étudiants doivent en venir à de telles extrémités pour faire entendre l'absurdité kafkaïenne de ce système qui broie les étudiants, qui les précarise", a-t-il encore protesté.

A Saint-Étienne, ville dont l'étudiant immolé est originaire, 150 personnes s'étaient aussi réunies. Un de ses cousins a salué "son acte héroïque", lançant aux participants: "continuez à vous battre, c'est ce qu'il voudrait".

"Il voulait se faire entendre pour des causes justes. Il était maxi intelligent, étudiant en sciences politiques, c'était la fierté de la famille", a-t-il poursuivi les larmes aux yeux.

Samedi, Nathalie Dompnier, présidente de Lyon 2, avait assuré à l'AFP que l'établissement n'avait pas connaissance "de difficultés personnelles" concernant l'étudiant. 

- "Emotion légitime" -

Selon le syndicat Solidaires étudiant-e-s, qui a appelé aux rassemblements de mardi dans une quarantaine de villes, ce geste "extrême" illustre une situation de précarité "commune".

Sophie, étudiante en 3e année de sciences sociales, affirme avoir été "radiée du Crous car hospitalisée".

"Je n'ai pas pu assister à certains examens. A cause de ça j'ai dû redoubler et le Crous m'a coupé les vivres", explique celle qui dit devoir "faire les poubelles pour manger" et "cumuler plusieurs emplois".

A la mi-journée, la manifestation a débordé sur le campus de l'université Lyon 2 et la présidence a annoncé la fermeture administrative de tous les bâtiments "en raison d'un blocage en cours et d'actes de vandalisme".

A Paris, un rassemblement devant le Crous "s'est transformé en cortège sauvage dans le quartier latin. La situation est revenue au calme après l'intervention des forces de l'ordre", a-t-on indiqué de source policière.

Une partie de la grille d'entrée du ministère a arrachée et mise à terre, remplacée dans la soirée par une palissade en tôle, et un tag "La précarité tue" a été inscrit sur un mur du ministère, a constaté un journaliste de l'AFP.  

Dans le Nord, quelque 300 à 400 personnes se sont rassemblées à la mi-journée devant le Crous de Lille avant de pénétrer dans la faculté de droit où elles ont empêché de se tenir une conférence de François Hollande sur la crise de la démocratie.

L'intrusion s'est faite aux cris de "Lyon, Lyon, ni oubli, ni pardon", "Hollande assassin!" - certains déchirant les pages de son dernier livre.

Dans une réaction transmise à l'AFP, l'ancien président a dit comprendre une "émotion légitime après le geste désespéré d'un étudiant à Lyon", regrettant toutefois "que cette émotion se soit transformée en violence".

Le sujet, très sensible en cette période sociale plutôt tendue dans le pays, a également agité mardi les rangs de l'Assemblée nationale, où un vif échange a opposé la députée Danièle Obono (LFI) au secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Education Gabriel Attal.

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