Été 2019, une canicule "historique" ravage le sud de la France

Été 2019, une canicule "historique" ravage le sud de la France
Des pieds de vigne brûlés par le soleil à Restinclières, le 30 juin 2019.
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, publié le mercredi 01 janvier 2020 à 09h00

Vignes comme "brûlées au chalumeau", violents incendies, abeilles mortes engluées dans la cire fondue des ruches...

C'est une signe évident de "l'urgence climatique". À l'été 2019, alors que tout le pays suffoquait dans la vague de chaleur, le sud de la France a été particulièrement touché par cette canicule "historique".

"C'est le premier vrai avertissement d'un dérèglement climatique", estime Catherine Bernard, dont les vignes ont subi des brûlures soudaines et sans précédent à Restinclières, un village à une trentaine de kilomètres de Montpellier.

L'année où des millions de jeunes se sont mobilisés à travers le monde, dans le sillage de la Suédoise Greta Thunberg, pour préserver la planète, cette viticultrice française a subi dans son quotidien les changements du climat. "La vigne accompagne l'homme depuis plus de 6.000 ans. Si on ne peut plus la cultiver dans le Sud... La vie de l'homme n'aura plus sa place ici", s'inquiète-t-elle.

Le vendredi 28 juin, quand sa vigne a été calcinée, plusieurs départements -Gard, Hérault, Bouches-du-Rhône et Vaucluse- étaient placés en "alerte rouge canicule". 

Soleil écrasant, vent brûlant et chaleur suffocante ont accablé de manière inédite humains, animaux et végétaux, pourtant habitués à de fortes températures estivales dans ces régions méditerranéennes. Dans des villes comme Montpellier, la réverbération des sols minéraux a créé des îlots de chaleur insupportables, suscitant un débat sur la bétonisation galopante des dernières décennies.

La petite commune héraultaise de Vérargues a pulvérisé le record des températures en France avec 46°C. Le précédent pic absolu datait de 2003 avec 44,1°C dans le département voisin du Gard. Quelques semaines plus tard en juillet, un deuxième épisode de canicule touchait aussi le Nord de la France, le mercure grimpant jusqu'à 42,6° Celsius à Paris. En tout, les pics absolus de température ont été dépassés dans un tiers des 600 stations de mesure du pays.

Les pourtours de la Méditerranée ont été identifiés comme un "point chaud" du changement climatique: ils se réchauffent 20% plus rapidement que la moyenne mondiale, selon le MedECC, un réseau de scientifiques méditerranéens. Ces derniers considèrent que la région méditerranéenne sera davantage exposée à des épisodes de canicule et de sécheresse mais aussi à des phénomènes d'orages-inondations d'une violence croissante.

Une "urgence climatique" dont Julien Chaptal, viticulteur en conversion vers le bio à Bellegarde (Gard) a pris brutalement conscience: il a perdu 95% de sa récolte en cépage Grenache et 50% en Syrah. "C'est très lourd pour ma trésorerie. Les aides, on n'en aura pas, les promesses politiques c'est du vent", tempête le vigneron.


Pour Christian Pons, les conséquences de la canicule ont également été "catastrophiques", avec la perte de 80 ruches par la fonte de cire qui a englué des centaines de milliers d'abeilles : "du jamais-vu", pour cet apiculteur exerçant près de Montpellier depuis 15 ans. "Cette canicule a été vraiment historique par son côté précoce et par l'ampleur des dégâts: dans l'Hérault, 11.587 hectares et plus de 1.060 exploitations touchés, pour la plupart en viticulture (79%) mais aussi dans le domaine de l'élevage (11%)", relève Jérôme Despey, viticulteur et président de la Chambre d'agriculture de ce département. Plus d'un exploitant sur deux (58%) déclare un impact sur la récolte de fort à très fort, ajoute-t-il. "Tout le monde a bien conscience aujourd'hui que le changement climatique est une réalité et que l'agriculture est en première ligne".

Dans le Gard, la canicule, prolongée par une sécheresse extrême et durable, a provoqué des incendies d'une ampleur exceptionnelle avec 1.200 hectares brûlés sur la saison. Dans l'un d'entre eux, autour de la ville de Générac, Frank Chesneau, un pilote bombardier d'eau expérimenté, a perdu la vie le 2 août dans le crash de son engin.

En ville, certains oisillons ont sauté du nid sans savoir voler pour échapper à la chaleur extrême sous les toits et se sont écrasés sur les trottoirs; ailleurs des élevages de poules ont été décimés et des hirondelles et martinets affectés en masse. Marie-Pierre Puech, vétérinaire de l'hôpital de la faune sauvage de Laroque, au nord de Montpellier, juge que les animaux ont envoyé aux hommes responsables du réchauffement climatique un véritable message: "cette température-là est invivable!"

Début novembre, 11.000 scientifiques ont averti dans un appel publié dans la revue BioScience que l'humanité s'expose à "des souffrances sans nom" si elle ne s'attaque pas sérieusement et rapidement à la "crise climatique". Après cet été de canicule, les Languedociens sont appelés à voter pour élire leurs maires en mars 2020. Dans une ville comme Montpellier, l'enjeu écologique, déplacements non-polluants, privilégier la végétation au détriment du béton, sera l'une des clefs du vote, prédisent des analystes politiques.

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