Épidémie de bronchiolite : lavage de nez, pas de bisous, kiné respiratoire ou pas... Comment aider les bébés ?

Épidémie de bronchiolite : lavage de nez, pas de bisous, kiné respiratoire ou pas... Comment aider les bébés ?
Un kinésithérapeute effectue un massage respiratoire sur un bébé de 9 mois atteint par la bronchiolite. 

publié le samedi 16 octobre 2021 à 15h00

Cette année, le virus circule plus tôt que d'habitude et deux régions sont déjà en phase épidémiques, le Grand-Est et l'Île-de-France. Les autorités sanitaires recommandent certains gestes pour éviter de contaminer les nourrissons ou pour les soigner s'ils sont malades. 

Après la mise sous cloche due au Covid-19, la France connaît un rebond de la bronchiolite, une maladie respiratoire qui touche les bébés et peut parfois les conduire à l'hôpital.

Courante et très contagieuse, la bronchiolite provoque chez les bébés une toux et une respiration difficile, rapide et sifflante. Sa phase aiguë dure en moyenne 10 jours, dont les deux premiers nécessitent une attention accrue, selon la Haute autorité de Santé (HAS). Même si elle est angoissante pour les jeunes parents, elle est la plupart du temps bénigne. Mais elle peut nécessiter un passage aux urgences, voire une hospitalisation. Une épidémie importante pourrait donc peser sur des systèmes hospitaliers déjà mis à rude épreuve par le Covid. 

Risque d'épidémie "de grande ampleur" 

Selon l'agence sanitaire Santé publique France, les indicateurs montrent "un démarrage rapide et plus précoce de la circulation du virus de la bronchiolite par rapport aux années précédentes". Le Grand-Est et l'Île-de-France sont passées en "phase épidémique", les régions Auvergne-Rhône-Alpes, Bourgogne Franche-Comté, Bretagne, Centre-Val-de-Loire, Normandie, Nouvelle-Aquitaine, Occitanie, Pays-de-la-Loire, Provence-Alpes-Côte d'Azur et la Guyane en phase "pré-épidémique". 




"L'épidémie de bronchiolite pourrait être de grande ampleur", prévient dans son dernier avis le Conseil scientifique, qui guide le gouvernement. L'hiver dernier, les confinements et les gestes barrières anti-Covid ont aussi bloqué les autres virus, dont le VRS (virus respiratoire syncytial), responsable de la bronchiolite. Les enfants ont été moins infectés que d'habitude, et sont donc moins immunisés. Le Conseil scientifique note ainsi un "déficit d'immunité collective acquise significatif pour les enfants nés après mars 2020". 

Trois fois plus de cas qu'en 2020 

La semaine du 4 octobre, Santé publique France a relevé 1.779 passages aux urgences d'enfants de moins de 2 ans pour bronchiolite - c'est 38% de plus que la semaine précédente -. C'est plus du triple que l'année dernière au même moment. Parmi ces bébés, 643 (36%) ont été hospitalisés (+38% aussi en une semaine). 88% des bébés vus aux urgences et 90% de ceux qui ont été hospitalisés avaient moins d'un an. 

"Le niveau des indicateurs reste modéré" mais on observe une "tendance à l'augmentation qui nécessite la plus grande vigilance", explique Delphine Viriot, épidémiologiste à Santé publique France. "L'idée, c'est de pouvoir détecter le plus en amont possible la survenue de l'épidémie, pour permettre la mise en place de l'organisation des services hospitaliers", ajoute-t-elle. Pour cela, on dispose "d'un bon référentiel", car en temps normal, l'épidémie de bronchiolite suit le même schéma d'une année sur l'autre : elle démarre fin octobre, atteint un pic fin décembre puis se termine fin mars.

Ne pas emmener un nouveau-né dans une grande surface 

Mais l'hiver dernier, le Covid a bouleversé cette chronologie. En plus d'être moins forte (2.500 passages hebdomadaires aux urgences en France lors du pic contre 5.000 une saison normale), l'épidémie de bronchiolite a été décalée dans le temps. Elle "a démarré début février 2021, avec un pic début avril, puis une fin début juin", relève Delphine Viriot. 

"Ce qui pose souci, c'est surtout les tout-petits", souligne auprès la Dr Fabienne Kochert, présidente de l'Association française de pédiatrie ambulatoire (Afpa), en recommandant "un respect rigoureux des mesures barrières". "Il ne faut pas emmener de bébé de moins de 3 mois dans des grandes surfaces, et on doit garder un minimum de distanciation", insiste-t-elle. Les bisous aux bébés sont à proscrire : s'il est dû au VRS, un rhume chez un adulte peut donner une bronchiolite chez un tout-petit.

Hygiène, lavage de nez 

Sur son site Internet, Santé publique France établit une liste de conseils pour éviter de contaminer les bébés : 

- "Se laver les mains avant d'approcher un nourrisson. Cela doit durer 30 secondes, avec de l'eau et du savon ou en utilisant une solution hydroalcoolique s'il n'est pas possible de se laver les mains. 
- Éviter, quand cela est possible, d'emmener son enfant dans les endroits publics confinés (transports en commun, centres commerciaux, etc.), où il risquerait d'être en contact avec des personnes enrhumées. 
- Ne pas partager les biberons, sucettes ou couverts non lavés. 
- Aérer la chambre en ouvrant les fenêtres au moins 10 minutes par jour. 
- Ne pas fumer à proximité des bébés et des enfants. 
- Nettoyer régulièrement les objets avec lesquels le nourrisson est en contact (jeux, tétines...)."

Si l'enfant souffre d'une bronchiolite, facilement reconnue par un pédiatre ou un médecin généraliste, la prise en charge se base sur "le lavage de nez régulier et la surveillance des signes d'aggravation", selon la HAS. Le lavage de nez est indispensable pour que les bébés respirent car ils sont incapables de se moucher seuls. En outre, les bébés de moins de 6 mois respirent surtout par le nez, il faut donc qu'il soit bien dégagé, en particulier avant les repas. Pour évacuer la morve, il faut vider une dosette de sérum physiologique dans la narine du nourrisson couché sur le côté. 

Pas d'antibiotiques ni de corticoïdes 

Santé publique France recommande aussi de fractionner les repas pour assurer une bonne hydratation. Enfin, le médecin peut, si cela est nécessaire, prescrire un traitement pour lutter contre la fièvre, comme du paracétamol. Les autres médicaments ne sont pas recommandés, qu'il s'agisse des bronchodilatateurs comme la Ventoline, des corticoïdes ou des antibiotiques (réservés aux "cas rares de surinfection bactérienne", précise la HAS). 

Et la kinésithérapie respiratoire ? Cette technique pas validée par la HAS, reste très prescrite. Lors des séances, le kiné aide l'enfant à "évacuer les glaires qui sont dans les poumons et qui gênent sa respiration", "dégager son nez et montrer (aux parents) comment faire" et peut "surveiller son état", explique le CHU de Bordeaux sur son site Internet. 

La kiné respiratoire, pas recommandée pour les bébés de moins d'un an 

La HAS estime que les bénéfices ne sont pas prouvés pour les bébés de moins de 12 mois. Dans des directives de novembre 2019, elle ne recommande pas la kiné respiratoire. Raison invoquée : les études n'ont pas apporté de preuve scientifique de son efficacité contre la bronchiolite. La kiné ne figurait pas non plus dans les précédentes recommandations, qui dataient de 2000. 

Il faut "sortir de l'équation bronchiolite = kiné", expliquait en novembre 2019 le pédiatre Christophe Marguet, qui a participé à la rédaction de ces recommandations. La bronchiolite est très souvent prise en charge via des séances de kinésithérapie respiratoire. Des manipulations souvent impressionnantes, censées aider le bébé à mieux respirer en évacuant les sécrétions qui le gênent. 

Mais utile dans certains cas 

"On est dans des habitudes", juge le Pr Pierre-Louis Druais, de la HAS. "Nous sommes le seul pays avec la Belgique où la kiné est faite de façon large dans les cas de bronchiolite", renchérit la présidente de la Haute autorité, la professeure Dominique Le Guludec, selon qui il y a toutefois "des cas particuliers où cela peut être utile, par exemple chez des enfants handicapés". 

Le débat sur la kiné respiratoire n'est pas nouveau. En 2012, la revue Prescrire avait jugé qu'elle n'était pas efficace contre la bronchiolite, ce qui avait provoqué les protestations des kinés. "À aucun moment, la HAS ne dit qu'il ne faut pas consulter de kinésithérapeute en cas de bronchiolite", faisaient valoir, en 2019, les syndicats et le Conseil de l'ordre de cette profession, appelant à ne pas "mal interpréter" les recommandations de la HAS.

Le rôle du kiné, important dans la prise en charge 

"La prise en charge par le kinésithérapeute va bien plus loin que le simple drainage bronchique. Le kinésithérapeute ausculte, évalue et réoriente le bébé vers les urgences ou le médecin traitant au besoin", expliquent les kinés. De fait, les recommandations "ne veulent pas dire qu'on diminue le rôle des kinés", confirmait alors Dominique Le Guludec. 

Selon elle, même si la kiné respiratoire n'est pas recommandée, le rôle de ces professionnels de santé peut évoluer vers "la surveillance, le suivi" des enfants touchés, via notamment les Réseaux bronchiolites, mis en place en période d'épidémie. 

Les kinés peuvent aussi montrer aux parents comment pratiquer le lavage de nez, un geste difficile sur un bébé qui pleure et se débat. Cela "les angoisse : il y a une technique, et il est important que les professionnels de santé la leur apprennent", souligne le Pr Druais. 

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