Engouement pour le camping-car dans une Europe fuyant le virus

Engouement pour le camping-car dans une Europe fuyant le virus

, publié le samedi 11 juillet 2020 à 16h31

Après des mois passés à lutter contre la pandémie, l'infirmière espagnole Yone Alberich avait grand besoin de vacances. Mais alors que le virus circule encore, elle a pour la première fois opté pour le camping-car, comme nombre d'Européens.

"L'idée était de rester à l'écart des gens pour éviter d'être infecté. Et avec le COVID, quoi de mieux que de voyager avec sa maison sur le dos?", souligne cette infirmière de 32 ans de Castellon (sud-est), mère d'un enfant, qui a loué le véhicule avec son mari.

La pandémie et les nouvelles normes de distanciation sociale ont profondément bouleversé les vacances d'été. Selon un récent sondage, 90% des Espagnols comptent les passer dans leur pays et 83% prévoient d'utiliser leur voiture plutôt que les transports en commun.

Fabrizio Muzzati, patron de l'agence de voyage espagnole spécialisée Aquiestoy Caravaning, assure que beaucoup de gens qui n'avaient jamais songé à passer leurs vacances à bord d'un camping-car l'envisagent désormais. 

"Le monde entier est à la recherche d'une sensation de sécurité. Beaucoup de gens vont essayer, vu les circonstances", dit-il. 

De fait, les locations ont repris "intensivement" quand la libre circulation a été rétablie en juin, a indiqué l'association espagnole de mobil-homes et camping-cars ASEICAR.  

- Deux millions en Europe -

Et le phénomène s'observe bien au-delà de l'Espagne.  

"Depuis le déconfinement, il y a un véritable engouement pour le camping-car, partout", se réjouit François Feuillet, président de la Fédération européenne du camping-car (ECF). "Le camping car, c'est la liberté, les économies et l'écologie. Maintenant, on peut y ajouter la sécurité sanitaire, et ça, pour nous, c'est du pain bénit", affirme-t-il.

Dans toute l'Europe, on compte actuellement cinq millions d'utilisateurs et deux millions de véhicules en circulation, selon les chiffres fournis par le secteur.

En Allemagne, le principal marché en Europe, plus de 10.000 nouveaux camping-cars ont été immatriculés en mai, une hausse de 32% sur un an, tandis que la France a connu 3.529 nouvelles immatriculations, une augmentation de près de 2%. 

En Espagne - un marché beaucoup plus petit mais en pleine expansion - 1.208 nouveaux véhicules ont été immatriculés en juin, un bond de 20% sur un an, selon l'ASEICAR. 

Et la demande est aussi en forte hausse pour les locations. Yescapa, une plateforme de location de particulier à particulier, a enregistré plus de 32.500 réservations à travers l'Europe le mois dernier, et les demandes pour juillet et août sont 60% plus élevées que sur la même période de 2019. 

- Essor du tourisme national -

Malgré la réouverture des frontières européennes en juin, nombre d'estivants ne veulent pas quitter leur pays, souligne Benoît Panel, cofondateur de Yescapa. 

"Depuis le Covid, dit-il, il n'y a presque pas eu de locations en +booking cross+", c'est-à-dire des voyageurs réservant un véhicule hors de leur pays d'origine, qui constituent d'ordinaire 20% des réservations.

Une tendance confirmée par Julio Barrenengoa Gomez, directeur de Caravanas Holidays. "Les gens avaient tendance à vouloir un camping-car pour s'en aller voyager en Europe, mais cette année, ils ont envie de rester en Espagne", note-t-il.

C'est le cas de Jose Pascal Guiral, qui a loué un camping-car pour la première fois cette année dès la fin du confinement, pour aller dans les Pyrénées espagnoles, alors qu'il passe habituellement ses vacances à l'étranger. 

"C'est tellement plus agréable que de prendre un avion ou de réserver un hôtel, ça donne un vrai sentiment de liberté. Vous partez une semaine et vous avez l'impression d'être en vacances depuis un mois", dit à l'AFP ce dirigeant d'une entreprise d'exportation de céramique.

D'autres estiment aussi que la crise du Covid va accélérer la désaffection pour le tourisme de masse. 

"Cette pandémie va changer les habitudes des gens parce qu'ils seront moins disposés à fréquenter des endroits bondés", estime Fernando Ortiz, directeur de Benimar, principale marque espagnole de camping-cars. 

"Pas seulement à cause du risque - on finira par trouver un vaccin - mais parce que les gens aiment pouvoir changer leurs plans d'un instant à l'autre, en voyage. Et cela va probablement durer".

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