En Martinique, l'activité des pompes funèbres s'intensifie avec le Covid

Chargement en cours
Les funérailles d'une personne décédée du Covid-19 au cimetière de Balata, le 17 août 2021 à Fort-de-France, en Martinique
Les funérailles d'une personne décédée du Covid-19 au cimetière de Balata, le 17 août 2021 à Fort-de-France, en Martinique
1/3
© AFP, Lionel CHAMOISEAU

publié le mercredi 18 août 2021 à 18h08

Le corbillard s'est arrêté devant l'église du Sacré-Coeur de Balata et les agents funéraires s'activent pour sortir le cercueil: depuis plusieurs jours, l'entreprise de pompes funèbres Germain, comme toutes les autres en Martinique, a vu son activité s'intensifier avec la hausse du nombre de morts liés au Covid-19.

Devant la famille et les amis endeuillés, les agents des pompes funèbres, tous en chemise bleue, pantalon noir et gilet de costume noir, portent jusque dans l'église le cercueil où repose un homme de plus de 80 ans, décédé quelques jours plus tôt du Covid. 

Dans un autre fourgon réfrigéré, stationné à côté de l'église, un autre cercueil attend: celui d'une autre victime du virus. Ses obsèques se dérouleront dans quelques heures, dans la même église.

Les pompes funèbres Germain, basées à Schoelcher, sont allées chercher dans la matinée les deux corps au centre funéraire et crématorium La Joyau à Fort-de-France, où s'organisent notamment les moments de recueillement, en jauge limitée.  

Comme pour tous les cas Covid, les deux cercueils ont été fermés et scellés à la silicone le jour de la mise en bière "afin d'éviter que les odeurs et le virus puissent se propager", explique Jean-Florent Verdan, jeune agent des pompes funèbres de 21 ans.

"Nous vivons l'émotion des familles. C'est assez difficile, lorsqu'on vous dit que vous ne pouvez pas voir votre défunt et que le cercueil est fermé", raconte son collègue Bruno Moderne, 46 ans.  

Tous deux constatent "un pic d'activité". "En temps normal, "un enterrement par jour, ça représente déjà une équipe qui tourne assez bien", détaille Jean-Florent. "Depuis le Covid, là, on peut dire qu'on tourne pratiquement à trois enterrements par jour. Hier on en avait cinq, aujourd'hui deux, demain trois et peut-être quatre", énumère-t-il, même si tous ne sont pas liés au Covid.

"Depuis le mois dernier, ce que nous faisions d'habitude, nous le faisons là, multiplié par deux", assure-t-il.

- "Période difficile" -

"Toutes les pompes funèbres sont sollicitées", renchérit Bruno. En cause, comme de nombreux décès ont lieu à l'hôpital, la nécessité de libérer rapidement les 25 casiers où sont entreposés les morts à la chambre mortuaire du CHU de Martinique.    

"C'est une période difficile, on s'attend pas à tout ça de décès", ajoute le conseiller funéraire de la société Germain, Jonathan Magloire, qui dirige la cérémonie d'obsèques. Après la messe, celle-ci se termine au cimetière jouxtant l'église, où le défunt est accompagné par une longue procession.

"Les précautions sont prises en amont. Lors de la récupération du défunt dans la famille (si le mort n'est pas décédé à l'hôpital, ndlr), nous avons une combinaison, une surblouse et des surchaussures", décrit Bruno.    

Mais il regrette que malgré la situation sanitaire, certaines familles continuent d'organiser des veillées mortuaires à domicile. 

"De par l'effort demandé, la veillée à domicile n'est pas du tout adaptée aux circonstances actuelles" de pandémie, dit-il. Bien sûr, contrairement à la tradition qui veut que le défunt soit normalement exposé cercueil ouvert, là le cercueil est bien fermé.

"Mais une veillée en Martinique, ce n'est pas comme en Métropole, où il y a trois personnes. Ici tout le monde se connaît. Lorsque nous faisons une veillée, on a l'impression que c'est une soirée", raconte Bruno. Et les risques de contamination sont démultipliés.

"Auj ourd'hui, il nous arrive de ne pas signaler les veillées et les recueillements à la presse" pour éviter l'afflux de monde, précise Emmanuel Certain, autre gérant d'une entreprise de pompes funèbres, et membre du syndicat professionnel du secteur.

Pour lui, "la situation est grave". La semaine dernière, dans son entreprise, il n'y avait "qu'un défunt qui n'était pas Covid. Et cette semaine aussi, une seule personne". 

"Vu l'afflux de personnes décédées on n'a pas toujours les espaces qu'il faut pour permettre aux familles de venir faire leur dernier recueillement", regrette-t-il. Conséquence: "on nous recommande, autant que faire se peut, que les inhumations se fassent de manière plus rapide que la normale, dans les 48 heures".

caz/jk/rhl

Vos réactions doivent respecter nos CGU.