En France, l'excellence des techniques de greffes d'organes

En France, l'excellence des techniques de greffes d'organes
Mickaël, 40 ans, est soigné au service des grands brûlés de l'hôpital Saint-Louis (Paris Xe).
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leparisien.fr, publié le jeudi 21 juin 2018 à 21h53

Notre pays est champion du monde... des greffes réussies. Pourquoi ? Evidemment il y a des équipes et des médecins formidables et innovants. Mais pas seulement ! Explications

Caroline a eu les deux bras sectionnés par un train. Elle rejoue du piano. Franck aurait dû mourir de sa peau presque entièrement brûlée. Il vient de se pacser. Derrière les prénoms, derrière les récits magnifiques de destins reconstruits au bistouri, il y a une révolution médicale en marche. Il faut s'en enorgueillir, notamment en cette journée nationale de réflexion sur le don d'organes, la France est en train de devenir la championne des greffes réussies.

« Enfin, on est pionniers depuis longtemps... Il ne faut pas oublier qu'après celle de Barnard (1967), la première greffe de cœur, c'est nous ! » vante Olivier Bastien, directeur du prélèvement à l'Agence de la biomédecine. Certes, mais voilà, les premières mondiales s'accélèrent nettement ces dernières années. Les publications d'exploits dans les prestigieuses revues internationales pleuvent, les avancées des serial greffeurs sont scrutées par leurs homologues.

Sans dons d'organes et de tissus, pas de prouesses possibles

Grâce à quoi, à qui ? A la tradition, aux équipes, à la formation, aux interactions militaires... listent les spécialistes. « Pour résumer, je pense qu'il existe un esprit français imaginatif. Une volonté de dépasser les limites. Un orgueil de l'innovation aussi. Ça compte ! Pour preuve, aux Etats-Unis, il y a beaucoup plus de moyens mais moins d'innovations de rupture », explique le professeur Emmanuel Martinod, sous le feu des projecteurs pour ses trachées et bronches artificielles qui ont redonné du souffle à des patients sans espoir.

Mais sans dons d'organes et de tissus, pas de prouesses possibles. C'est tout l'objet de la campagne « Tous donneurs, tous receveurs », lancée par l'Agence de la biomédecine. « Il faut poursuivre les excellents résultats. L'an passé, 6 105 greffes ont été réalisées. Pour comprendre les progrès, c'était 1 360 en 1985 », analyse Olivier Bastien qui compte sur la solidarité des donneurs.

Pendant ce temps, les équipes galvanisées se prennent à rêver d'aller encore plus loin : poumon artificiel (le plus difficile) par ici, peau universelle par là.

« La transplantation d'organes doit s'inscrire comme une priorité nationale », abonde le docteur Stanislas Kandelman, coordinateur des prélèvements à l'hôpital Beaujon de Clichy (Hauts-de-Seine). Emmanuel Martinod veut lui aussi repousser les frontières. « Il faut créer un centre d'ingénierie tissulaire multi-organes. Le but : fabriquer des trachées, œsophages, reins... pour les réimplanter en temps voulu. Un peu comme une banque d'organes artificiels. Nous avons les compétences », assure-t-il, conscient des embûches juridiques et éthiques à surmonter. « Ces laboratoires essaiment à l'étranger. C'est un défi, mais vu où nous sommes, nous ne pouvons pas nous permettre de rater la marche. »

Une nouvelle campagne choc

Agence de la biomédecine

Terrassé par une crise cardiaque, le jeune homme se meurt. La voix off, « On est tous donneurs d'organes », rend l'image encore plus brutale. Et pourtant, un cœur arrive. Il lui permettra de vivre. Le malade n'est pas le donneur, mais le receveur ! La campagne choc lancée en cette Journée nationale du don d'organes par l'Agence de la biomédecine (dondorganes.fr) veut frapper les esprits sur l'importance du don. En janvier 2017, la France a clarifié sa politique : nous sommes tous, à notre mort, donneurs potentiels. Mais il est possible d'exprimer son refus via un registre en ligne ; 300 000 personnes y sont inscrites.

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