En banlieue parisienne, une brigade des mères en guerre contre "le virus" de la drogue

En banlieue parisienne, une brigade des mères en guerre contre "le virus" de la drogue
Elles s'appellent Fanta, Fazia, Maryline ou Souad. Depuis trois semaines, ces mères de famille organisent des maraudes nocturnes dans leur quartier de Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne) pour lutter contre le trafic de ...

AFP, publié le dimanche 15 septembre 2019 à 13h52

Elles s'appellent Fanta, Fazia, Maryline ou Souad. Depuis trois semaines, ces mères de famille organisent des maraudes nocturnes dans leur quartier de Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne) pour lutter contre le trafic de drogue et la violence.

Comme bien souvent, il y a eu un déclic, un événement qui a poussé ces femmes à sortir de l'ombre. C'était début août: un jeune homme de 23 ans est passé à tabac en bas de son immeuble. Après dix jours dans le coma, il décède à l'hôpital.

"A ce moment précis, on s'est dit que ça allait trop loin et que maintenant, c'était à nous d'agir", explique Fanta Macalou, 41 ans. "Personne, aucun jeune n'est à l'abri. La drogue, c'est comme un virus, ils se contaminent entre eux", complète Fazia, 53 ans.

"Aujourd'hui, les jeunes n'ont plus peur de la police et n'ont confiance en personne. Mais nous, ils nous respectent", poursuit Fanta. De ce constat sont nées les maraudes.

Être "un pont", des "médiatrices" entre les jeunes de ce quartier pauvre et les institutions, est leur ambition, elles qui sont sur le terrain depuis 2012 avec leur association Femmes Solidaires. Une démarche "responsable et généreuse", selon la maire PCF de la ville Sylvie Altman.

Leur "combat pour les jeunes du quartier" est aussi celui de "la dignité": "On se lève tous les jours pour aller travailler et on est humiliées avec nos portes cassées (lors des descentes de police, ndlr). On ne veut plus subir", affirme Fanta.

- "Rentrez chez vous !" -

La première semaine, les maraudes étaient quotidiennes et s'étalaient de 22H00 à minuit. Mais elles ont dû s'adapter quand elles ont compris que les jeunes les évitaient en sortant avant ou après ce créneau.

Puis il a fallu gérer la fatigue, la plupart d'entre elles se levant aux aurores pour aller travailler. Alors, elles ont redoublé d'ingéniosité et d'organisation, notamment en créant un groupe WhatsApp dans lequel mères de la "brigade" et voisins se préviennent, en temps réel, lorsqu'ils aperçoivent des jeunes traîner en bas des immeubles.

21H00, lors d'une récente soirée, une dizaine de mères sont dehors. Gilet orange sur les épaules, téléphone portable à la main, elles tombent au bout de quelques mètres sur un groupe de jeunes.

"Qu'est ce que vous faites là ? Vos parents sont au courant que vous êtes dehors ? Rentrez chez vous!", harangue avec énergie Souad, petite mère de famille au visage jovial.

Deux "grands frères" venus en soutien des mamans prennent le relais. Une discussion s'engage entre les "grands" et les "petits". Au bout de quelques minutes, le groupe se disperse.

La nuit commence à tomber et les mamans s'enfoncent un peu plus dans le quartier. Direction le centre commercial, qu'elles soupçonnent d'être un point de deal. A leur arrivée, une nuée de jeunes s'enfuit en courant. Plusieurs mamans les prennent en chasse, lampe-torche allumée. "Revenez! On vous a vus! rentrez chez vous", hurlent-elles.

Au même endroit, un voisin d'une cinquantaine d'années s'est arrêté discrètement pour observer la scène. "Bravo à la brigade des mamans !, dit-il avec enthousiasme. On attend la brigade des papas maintenant".

22H30: la maraude se poursuit. La brigade a repéré un jeune couple au coin d'une rue. Début de l'interrogatoire: "Vous deux, vous êtes mineurs ? Qu'est-ce que vous faites là? Vous avez quel âge ?", s'époumone Adama.

Pétrifiée, la jeune fille esquisse un sourire crispé. "On se promène..", répond le jeune homme. "On se promène à 22h30 un soir de semaine ?, le coupe Faiza. Rentrez chez vous à moins que vous ne cherchiez à vous retrouver dans des histoires". "Y a pas d'histoire Madame, enchaîne-t-il. Ici, c'est que des histoires d'amour". Fou rire général.

Il est quasiment minuit. Le quartier est désert. "Voila pourquoi on fait ça", chuchote Fanta. Mais, prévient elle, "les sortir de la rue c'est bien, mais si derrière il n y a aucune formation, aucun suivi, ils y retourneront".

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