En banlieue parisienne, les différents visages de la police de sécurité du quotidien

En banlieue parisienne, les différents visages de la police de sécurité du quotidien
Lancement par le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb (c) de la "police de sécurité du quotidien" (PSQ), le 8 février 2018 à Paris

AFP, publié le mercredi 19 septembre 2018 à 15h52

Lancée en grande pompe il y a sept mois, la police de sécurité du quotidien (PSQ) promet de lutter contre la délinquance et de rapprocher les forces de l'ordre de la population. Mais appliquée à une cité sensible ou à un quartier pavillonnaire, l'équation n'est pas la même.

En Essonne, la circonscription de sécurité publique de Savigny-sur-Orge/Morangis alterne coquettes zones pavillonnaires et quartiers moins favorisés avec leurs problèmes de voisinage, rodéos, cambriolages, voitures épaves ou petits trafics de stupéfiants. Une "délinquance moyenne", estime le commissaire Philippe Franchet.

Ici, la PSQ n'est pas synonyme de révolution mais "s'adresse à tous les usagers pour prendre la mesure de leurs problèmes", explique M. Franchet.

Retisser sur le terrain des liens avec la population, apporter une "réponse personnalisée, ciblée" aux doléances de chacun, travailler la prévention en distribuant des tracts sur les marchés pour alerter sur la multiplication des vols à la fausse qualité: "On est là pour être dérangé", souligne le commissaire. 

Un référent "PSQ" a été désigné: un major blanchi sous le harnais par 27 ans de voie publique.

"Les évènements terroristes ont montré que la police avait la reconnaissance de la population. L'idée est de montrer qu'on n'est pas là seulement en temps de crise mais que la population peut nous faire confiance au quotidien", résume M. Franchet.

Au nord de Paris, le ministère de l'Intérieur a décidé d'installer l'un des 30 premiers quartiers de reconquête républicaine (QRR) sur les communes de Garges-lès-Gonnesse et Sarcelles (Val-d'Oise). Ici, beaucoup d'habitants sont "jeunes, en difficulté, avec un taux de chômage élevé et un grand sentiment d'insécurité", explique la commissaire Fabienne Azalbert.

A Sarcelles, une brigade PSQ patrouille à pied depuis quatre mois. Le dispositif permet de retrouver une "visibilité que nous n'avions plus sur le terrain", souligne la commissaire.

Dans le centre commercial que la brigade arpente régulièrement, Marvin, un agent de 27 ans, explique qu'avant, "des jeunes roulaient à vélo ou en trottinette dans les allées. Certains fumaient à l'intérieur, venaient avec leurs chiens". "On a fait pas mal de verbalisations", ajoute-t-il, alors qu'une quinquagénaire s'approche pour le remercier de leur présence.

Plus loin, au milieu des tours et barres d'immeubles, un jeune homme de 22 ans reconnaît certains fonctionnaires. "C'est des bons", lance-t-il. "Ils passent souvent, ils disent bonjour, c'est pas comme les autres qui nous regardent mal, nous provoquent."

- "Leur territoire" -

A Corbeil-Essonnes, le quartier des Tarterêts est lui aussi estampillé QRR. Le renfort de 30 policiers a permis de gonfler les effectifs d'unités spécialisées avec des agents aguerris déjà en poste à Corbeil ou dans l'agglomération parisienne: la brigade spécialisée de terrain (BST) a ainsi vu ses effectifs grimper à 26 agents (+10).

Déjà présente dans la cité l'après-midi et en soirée, la BST peut désormais patrouiller aussi en matinée.

Pour la commissaire Hanem Hamouda, cette action répressive se double de contacts accrus avec d'autres acteurs: bailleurs, transporteurs et éducation nationale. Si la PSQ n'a rien inventé, on veut croire à une nouvelle dynamique. 

"C'est important de montrer que le policier n'est pas seulement celui qui vient arrêter mais quelqu'un à respecter et auquel on peut même s'identifier", expose Mme Hamouda.

A en croire les policiers de terrain, la tâche ne sera pas aisée. "Ici les enfants sont contents de nous voir mais les grands les réprimandent et veulent imposer une hostilité vis-à-vis de nous", glisse un fonctionnaire.

Entre trafics de stups, occupations des halls, violences récurrentes contre les forces de l'ordre, "il y a peut-être 5% de la population qui nous est plutôt hostile", estime ce policier. A l'instar de ses collègues, il confesse un véritable fossé d'incompréhension avec ces jeunes "qui considèrent les Tarterêts comme leur territoire": "On n'a pas la même logique".

Sur leur uniforme, les policiers de la BST arborent un écusson avec cette locution latine prêtée à l'empereur romain Caligula: "Oderint dum metuant", "Qu'ils me haïssent, pourvu qu'ils me craignent". Commentaire d'un policier: "Ici, pas question de se laisser victimiser".

Vos réactions doivent respecter nos CGU.