En 1968 aussi, les dirigeants d'université entre surprise et indignation

En 1968 aussi, les dirigeants d'université entre surprise et indignation

Le doyen de la faculté de Nanterre Pierre Grappin (C) dans les locaux de l'université fermée sur son ordre le 2 mai 1968

AFP, publié le mardi 17 avril 2018 à 12h09

Cinquante ans avant le président de l'université de Panthéon-Sorbonne, Georges Haddad, qui a qualifié mardi de "capharnaüm" le site de Tolbiac occupé par des contestataires, le doyen de la faculté de Nanterre exprimait aussi son indignation et son incompréhension. 

Nanterre, où les partiels ont été reportés lundi en raison du blocage des locaux, était, au début du mois de mai 1968 à l'avant-garde depuis des mois de l'agitation universitaire. 

En 1968, la faculté de Nanterre avait été fermée le 2 mai par le doyen Pierre Grappin qui tentait avec peine le lendemain devant la presse d'analyser les causes de la contestation, comme en témoigne la dépêche de l'AFP. 

Une conférence de presse du doyen Grappin

PARIS, 3 mai 1968 (AFP) - "Le campus était devenu, je n'ose pas dire un chaudron de sorcière, mais un espace clos replié sur lui-même", a déclaré ce matin M. Pierre Grappin, doyen de la faculté de Nanterre, qui recevait les journalistes après la fermeture décidée hier soir de la faculté. M. Grappin a regretté d'avoir été dans l'obligation de prendre une mesure aussi sévère et aussi extrême, "mais, a-t-il dit, il régnait dans la faculté un étrange climat, un état d'esprit insupportable, une véritable psychose de guerre".

Le doyen Grappin a tenté de déterminer les motifs des "étudiants progressistes" dont les actions ont semé le trouble dans la faculté. Il a remarqué, en particulier, que les scientifiques étaient beaucoup plus calmes, les littéraires, au contraire, étaient agités. Il a déclaré "nos facultés où l'on étudie les sciences humaines, qui ne sont pas des sciences exactes, sont devenues des foyers d'agitation, de ratiocinations, de révolutionnarisme". Il a remarqué que les facultés de Lettres étaient "peu embrayées sur le monde actuel", ce qui donne aux étudiants "un souci pour leur avenir".

Parlant de la situation particulière de Nanterre, le doyen a remarqué que "le mariage d'une résidence et d'une faculté à l'intérieur d'un même campus n'est pas heureux. C'est l'expérience qui le prouve".

Interrogé, le doyen Grappin a déclaré qu'il espérait - si la situation s'améliorait - pouvoir rouvrir la faculté à partir de la semaine prochaine. "De toute façon, a-t-il ajouté, une partie des examens se tiendra ailleurs qu'à la faculté de Nanterre et un contrôle sera exercé aux intérieurs et à l'intérieur de la faculté".

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