Ehpad : les visites possibles pour les personnes en fin de vie

Ehpad : les visites possibles pour les personnes en fin de vie
Une résidente de l'Ehpad de Bergheim, en Alsace, en avril 2020.

, publié le mardi 14 avril 2020 à 20h37

Au cours de son allocution de lundi 13 avril, Emmanuel Macron a expliqué que les visites aux résidents d'Ehpad en fin de vie seraient possibles. Mais il n'est pas question pour l'exécutif d'aller plus loin. 

La douleur des familles n'ayant pas pu voir une dernière fois un parent en fin de vie dans son Ehpad a été entendue.

Un mois après l'interdiction des visites pour freiner l'épidémie de coronavirus, Emmanuel Macron a accepté une exception pour les "malades en fin de vie". Mais l'exécutif exclut pour l'heure d'aller plus loin, par crainte "d'autres drames".


Les précautions prises jusqu'à présent n'ont pourtant pas empêché le Covid-19 de faire des ravages dans les Ehpad, avec près de 5.400 décès sur un total de 15.000 en France à ce jour. Des morts souvent privés d'un dernier instant avec leur famille, au nom de la santé publique.

Pour y remédier, le chef de l'Etat a souhaité lundi soir "que les hôpitaux et les maisons de retraite puissent permettre d'organiser pour les plus proches, avec les bonnes protections, la visite aux malades en fin de vie afin de pouvoir leur dire adieu".
C'était déjà le cas en Occitanie, où l'agence régionale de santé (ARS) a demandé la semaine dernière aux Ehpad et USLD de "réduire les visites au strict minimum, soit à celles des proches de résidents en fin de vie", avec des mesures d'hygiène "identiques aux soignants".

Thérèse a ainsi pu "dire au revoir" à sa mère de 92 ans dans un établissement des Hautes-Pyrénées, en passant "par une entrée de service".

Après une prise de température et une désinfection des mains, "on a retiré nos manteaux, mis un masque, une charlotte et des chaussons", sans pouvoir "prendre avec soi le moindre sac", raconte-t-elle. Accompagnée jusque dans la chambre "d'où l'on ne pouvait pas sortir et dans laquelle on ne pouvait rien toucher", elle estime tout de même que cette procédure stricte témoigne d'une "grande humanité".

"Aller plus loin"

Il était toutefois "utile que le président de la République rappelle la doctrine déjà prévue par les autorités sanitaires", estime Romain Gizolme. Mais le directeur de l'Association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA) considère qu'"il va falloir aller plus loin" pour "trouver les moyens qui rendent acceptable le maintien du confinement", prolongé au moins jusqu'au 11 mai.

Car déjà, au bout d'un mois, "nous commençons à constater des dégradations de santé psychologique chez les personnes âgées", met-il en garde.

Le statu quo "va probablement exacerber les risques de décompensation et de syndrome de glissement", qui voit les personnes refuser en quelque sorte de continuer à vivre, redoute également la Fnaqpa, autre fédération du secteur, favorable à "la réouverture progressive des établissements aux familles des résidents".

Mais on en est encore loin: "Nous rendrons possibles (ces) visites (...) lorsque nous aurons la garantie que la circulation du virus est devenue suffisamment faible" et que l'épidémie "sera sous contrôle", a déclaré le ministre de la Santé, Olivier Véran sur RTL mardi 14 avril.

Une partie des quelque 7.500 Ehpad du pays est encore épargnée par le coronavirus et "nous ne pouvons pas prendre le risque d'avoir d'autres drames humains collectifs dans (ces) établissements" où "toute interaction avec le monde extérieur présente un risque potentiel", a expliqué le ministre de la Santé.

Le retour des visiteurs est d'autant moins probable que "les moyens manquent", souligne Malika Belarbi de la CGT-Santé.

"Ouvrir un peu la porte, on ne peut qu'y être favorable, mais il faut l'organiser si les établissements ont les moyens matériels", ajoute cette aide-soignante qui constate dans son établissement francilien que ses collègues sont "sous-équipés", avec seulement "deux masques par jour".

Trop peu pour accueillir en toute sécurité "les familles, les bénévoles, les intervenants extérieurs". En attendant, "on est complètement démuni pour faire face aux problèmes de solitude. Les personnels n'ont pas le temps".
 

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