Duflot, Hamon et Martinez signent un appel pour réduire le temps de travail

Duflot, Hamon et Martinez signent un appel pour réduire le temps de travail
Duflot

, publié le mardi 10 mai 2016 à 17h00

"Travailler moins pour travailler tous et mieux". Dans un appel publié le 3 mai dans le magazine "Alternatives économiques", 150 personnalités, syndicales, politiques, économiques plaident pour une nouvelle "réduction du temps de travail".

"La France compte actuellement 6,5 millions d'inscrits à Pôle emploi, 2,8 millions de plus qu'en 2008.

Le chômage de masse mine depuis longtemps déjà la société hexagonale, mais ce fléau a pris une ampleur sans précédent ces dernières années". "Il y a urgence à réagir", écrivent les signataires dans cet appel intitulé "Ensemble, remettons la réduction du temps de travail au cœur du débat public". Parmi eux figurent les syndicalistes Philippe Martinez (CGT) et Bernadette Groison (FSU), mais aussi les députés PS Benoît Hamon, Christian Paul ou encore Laurent Grandguillaume. L'ancien Premier ministre Michel Rocard, les écologistes Cécile Duflot, Dominique Voynet et Yves Cochet, le leader du PCF Pierre Laurent, le président de l'Unef William Martinet, la féministe Caroline De Haas, ou encore les économistes Jacques Freyssinet et Éric Heyer ont également signé.

L'idée n'est pas nouvelle mais sa mise en oeuvre est régulièrement demandée par la CGT depuis octobre 2015. Son secrétaire général, Philippe Martinez, assure même que la semaine de 32 heures permettrait de créer 4,5 millions d'emplois. Pour lui, "si on travaille moins tous, on va libérer du temps pour ceux qui n'ont pas de travail". Le financement viendrait d'une partie des dividendes versés aux actionnaires, entre autres. "Si on veut éviter la paupérisation des travailleurs tout en faisant reculer rapidement le chômage, il faut 'travailler moins pour travailler tous et mieux'", est-il écrit dans la tribune.


"EFFET POSITIF DES 35 HEURES"

Selon eux, même si l'activité reprend, "les perspectives de croissance sont limitées et le resteront" et "la révolution numérique et la robotisation pourraient bien, elles aussi, menacer de nombreux emplois". "Il n'y a donc quasiment aucune chance que l'évolution spontanée de l'économie permette de faire reculer le chômage à un rythme suffisant pour éviter les risques d'explosion auxquels la société française est confrontée aujourd'hui", affirment-ils.

"Au tournant des années 2000, le passage aux 35 heures hebdomadaires avait eu un effet très positif sur l'emploi et l'activité, malgré certaines difficultés dans sa mise en oeuvre, notamment en matière d'intensification du travail", développent-ils. "Il faut d'urgence reprendre ce chemin, même s'il faut probablement s'y prendre autrement, et notamment ne plus raisonner seulement sur le temps de travail hebdomadaire", ajoutent-ils. Selon un rapport parlementaire remis par la députée socialiste Barbara Romagnan en 2014, les lois sur les 35 heures ont été "efficace" contre le chômage et "moins coûteux" que les autres politiques de l'emploi. L'Insee chiffre, elle, à 350.000 les créations d'emploi liées aux 35 heures.


LE GOUVERNEMENT EST CONTRE

Les signataires ont "pleinement conscience de la difficulté de l'exercice tant en termes de financement que d'organisation des entreprises, mais cette question doit revenir au coeur du débat public", estiment-ils. Objectif: "reprendre la marche en avant du progrès social et sociétal, en favorisant des modes de vie plus équilibrés et plus respectueux de l'environnement".

Côté gouvernement, l'idée n'est pas à l'ordre du jour. Manuel Valls a plutôt tenu des discours visant à "déverrouiller" les 35 heures. Une idée poussée depuis de nombreuses années par le Medef. En 2015, Christiane Taubira, alors garde des Sceaux, avait déclaré qu'elle "rêvait d'un monde où on peut travailler 32 heures" pour "avoir du temps pour se consacrer aux autres", pour "déambuler, marcher, parler à ses voisins, aller en librairie, au cinéma, au théâtre, etc". Elle avait rapidement été recadrée par le Premier ministre, qui invitait le gouvernement à être "pragmatique".

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