Du mensonge à la chute, Cahuzac ou les promesses trahies

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 L'ancien ministre du Budget Jérôme Cahuzac (D), au côté de son avocat Eric Dupond-Moretti, au tribunal à Paris, le 12 février 2018

L'ancien ministre du Budget Jérôme Cahuzac (D), au côté de son avocat Eric Dupond-Moretti, au tribunal à Paris, le 12 février 2018

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© AFP, Eric FEFERBERG
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AFP, publié le mercredi 14 février 2018 à 16h49

Enferré dans le mensonge jusqu'à la chute: à son procès en appel, l'ex-ministre du Budget Jérôme Cahuzac, condamné pour fraude fiscale, a décrit mercredi cet instant où "tout vole en éclats", quand le brillant ministre devient un paria de la République.

"J'avais une part d'ombre qui est aujourd'hui en pleine lumière", avait dit l'ancien élu après ses aveux. A la barre, le "retraité" de 65 ans a décrit un "déni" persistant et "une succession de désastres" après l'éclatement du scandale qui fera trembler le gouvernement de François Hollande.

Le 4 décembre 2012, le site d'information Mediapart révèle que le ministre chargé du redressement fiscal de la France a détenu illégalement un compte en Suisse. Le lendemain, à l'Assemblée nationale, Jérôme Cahuzac déclare: "Je n'ai pas, je n'ai jamais eu de compte à l'étranger, ni maintenant, ni avant".

Cinq ans plus tard, après sa condamnation à trois ans de prison ferme et cinq ans d'inéligibilité pour fraude fiscale et blanchiment, il ne s'est toujours pas remis de la brutalité du bannissement, sans doute à la mesure de la rigueur morale qu'il était censé incarner.

"Au Parlement, j'étais respecté. Au bout de 45 secondes, tout vole en éclats, c'est vertigineux", dit l'ancien député à la barre. "Je mesure la déflagration nationale si j'avoue... Je mets toute la force que j'ai à essayer d'éteindre l'incendie, alors que c'est déjà un feu de forêt."

A la cour, il décrit la peur de voir balayé le travail accompli au service de son pays, de lâcher ses amis et le sentiment qu'il a toujours le soutien de François Hollande. c'est "la fuite en avant": il va mentir aux députés, puis aux médias, "les yeux dans les yeux". Il s'enferre, jusqu'au bord du suicide.

Qui est Jérôme Cahuzac? Ce "super chirurgien, super député, super ministre" décrit par un ancien collaborateur à Bercy? Ou alors "Birdie", qui ouvre en 1993 sous ce pseudonyme un compte en Suisse et s'attachera à le dissimuler le mieux possible, jusqu'à Singapour?

Est-il l'homme de gauche qui veut "demander aux exilés fiscaux" de "contribuer au redressement du pays", ou bien celui qui au même moment, en 2011, se fait remettre "dans la rue" une enveloppe de 10.000 euros en liquide tirés de ces fonds cachés?

- "Promesse de l'aube" trahie -

A l'audience, le psychiatre Daniel Zagury, qui l'a expertisé en mai 2017 à la demande de la défense, a décrit un homme "qui reconnaissait sa faute ... mais s'accordait des circonstances atténuantes", estimant que "l'homme politique engagé pour le bien public n'était plus redevable au jeune chirurgien brillant qui avait gagné beaucoup d'argent".

"Il avait le sentiment d'avoir trahi cette promesse de l'aube", cet "héritage de valeurs familiales humanistes" légué par des parents résistants, selon l'expert.

Le parcours de Jérôme Cahuzac est tiraillé entre plusieurs ambitions.

Au Parti socialiste depuis 1977, il travaille avec le ministre de la Santé Claude Evin, de 1988 à 1991, où ce dernier remarque un conseiller "qui fonce" pour "faire aboutir" la loi contre le tabagisme et l'alcoolisme.

Après un remaniement, Cahuzac le chirurgien s'était lancé avec succès dans les implants capillaires tandis que Cahuzac l'ex-conseiller ministériel devenait consultant pour des laboratoires pharmaceutiques. C'est alors qu'il ouvrait un compte Suisse, d'abord - selon une thèse balayée par le tribunal - pour cacher un butin de guerre destiné au mouvement de l'ex-Premier ministre Michel Rocard.

Jérôme Cahuzac enchaînera les succès électoraux. Député du Lot-et-Garonne en 1997 puis maire en 2001 de Villeneuve-sur-Lot. A l'approche de 2012, il rejoint le candidat Hollande.

Sa maîtrise des dossiers budgétaires l'impose comme ministre, malgré la méfiance que cet homme qui a fait fortune, joue au golf et habite les beaux quartiers suscite chez certains "camarades". "L'argent ne m'intéresse pas", a-t-il répété à l'audience, relevant que voyant venir la crise financière de 2008, il n'avait "rien fait pour mettre (ses) avoirs à l'abri, qui fondent".

Jusqu'au bout, il semble regarder avec distance ce jeune chirurgien flambeur et fraudeur, comme "un autre" que lui-même. C'est ce que le psychiatre a appelé "la non concordance des temps".

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130 commentaires - Du mensonge à la chute, Cahuzac ou les promesses trahies
  • quelques années de prison lui ferait du bien !!!!
    ainsi que tous les autres élus qui se sont fait épingler
    pour exemple
    les Balkanis
    pourquoi ne sont ils pas en prison ses escrocs reconnus par la justice

  • Vous savez quoi , il rigole doucement le "Cahusac" car à la fin qu'il soit condamné ou pas il va continuer a toucher jusqu'à la fin de ses jours sa retraite de Ministre des Finances !!!!!!!!!!!!!!!!!!!
    Elle est pas belle la vie!!!
    Je vous laisse le soin de méditer sur la moralisation de la vie Politiques et des hommes Politiques.

  • Ne pas mettre Cahuzac en prison - lui retirer toutes ses richesses définitivement et une petite HLM fera l'affaire
    comme pour TOUS ces politiques ou financiers qui truandent - leur laisser simplement de quoi vivre chaque jour !!!
    car après la prison, ces "professionnels" du détournement recommenceront

  • Cette formulation de l'expertise:" il s'accorde des circonstances atténuantes" parle d'elle même mais a une étrange résonance qui ne peut que nous mettre mal à l'aise.Elle fait écho à cette autre phrase souvent lu et entendu "honorablement connu des services de police". Ainsi des agissements condamnables trouveraient, d'une manière ou d'une autre, toujours une excuse et leurs gravités en seraient presque atténuées.
    Cahuzac reconnait sa faute. Dans sa tête de quelle faute s'agit-il exactement ?D'avoir fraudé le fisc ? D'avoir menti de manière éhontée ? Les deux ? Mais avec quel dosage exactement ?

    Mentir pour se défendre contre une accusation, en espérant qu'aucune preuve ne vienne s'étaler à la lumière du jour, n'est pas une faute condamnable en soi. Dans le cas de Cahuzac le mensonge sur sa fraude fiscale est une circonstance aggravante du fait des fonctions politiques qu'il exerçait. Personnalité en vue et exposée, il a décrédiblisé la parole publique et celle de tous les homme s publics. Désormais quand un ministre est mis en cause, sa parole est considérée avec suspicion et il est considéré comme potentiellement menteur donc probablement coupable.

  • N'a t-il pas fait partie d'un gouvernement de revanchards menteurs, à l'instar de celui qui l'a recruté, ceux-là même qui réclamaient à gorge déployée la condamnation d'hommes de droite ? Il faut un exemple , pas deux poids,, deux mesures !

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