Du lait, des couches et "quelque chose de plus humain": à Saint-Denis, une aide aux mères précaires

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Une bénévole de l'association MaMaMa à Saint-Denis donne des produits alimentaires à une femme le 12 novembre 2020
Une bénévole de l'association MaMaMa à Saint-Denis donne des produits alimentaires à une femme le 12 novembre 2020
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© AFP, Christophe ARCHAMBAULT

, publié le mardi 17 novembre 2020 à 11h49

"Depuis le confinement c'est dur. Le RSA il tombe, il va vers le loyer, du coup il y a rien qui reste". Alors Kamelia Mechouet, 30 ans et bientôt trois bouches à nourrir, a dû frapper à la porte de l'association MaMaMa, à Saint-Denis, spécialisée dans l'aide alimentaire aux nourrissons.  

"Les couches, le lait, les vêtements, les petits pots, c'est trop bien", glisse timidement la jeune femme, dont le ventre rond présage de l'arrivée imminente d'un troisième enfant. "C'était pas prévu, on fait avec...".

Comme de nombreux bénéficiaires, elle fait partie de ces invisibles, autrefois sur la crête de la précarité et qui ont basculé dans la grande pauvreté à cause de la crise sanitaire. "L'essentiel" est d'être "à l'abri, on n'est pas dans la rue", tente-t-elle de positiver.

MaMaMa est née au printemps dernier en Seine-Saint-Denis, le département le plus pauvre de France, pendant le premier confinement.

"On a très vite compris que la nutrition infantile était un angle mort de l'aide alimentaire d'urgence, parce que ça implique une logistique différente, parce qu'il faut faire quasiment sur-mesure, suivant l'âge des enfants", explique avec ferveur Magali Bragard, une des quatre cofondatrices de cette "petite association créée par des femmes de banlieue".

Grâce à la solidarité, "3.500 colis" ont été livrés depuis sa création, chiffre-t-elle, ainsi que "des milliers de paquets de couches", des serviettes hygiéniques et d'autres produits pour les mamans ou des vêtements. 

Reflet des inégalités sociales, la malnutrition infantile provoque des dommages physiques tels que carences ou retards de croissance, parfois des séquelles psychologiques, rappelle l'Unicef.

Dans un entrepôt d'environ 1.000 m2, des petits mains s'affairent à ranger les étagères qui débordent de jouets, de chaussures et de vêtements. Des palettes de couches et de briques de lait - les produits les plus prisés car indispensables et coûteux - attendent également d'être distribués.

- Un peu de chaleur -

L'accès aux stocks, issus de dons, est réservé aux bénévoles. Les bénéficiaires, souvent des mères isolées, sont accueillies dans une autre partie du site.

Malgré la grisaille des murs, leur accueil est chaleureux car personnalisé, par créneau d'une demi-heure. Un verre d'eau et la conversation commence sur l'un des canapés disposés autour d'une table où trône un livre des aventures du "Petit Ours brun". Ici, donner c'est aussi offrir des histoires aux enfants et un temps d'écoute à leurs parents.

"Il y a quand même des enfants qui n'ont pas grand-chose, voire rien du tout", rappelle Emmanuelle Magniez, 39 ans, une bénévole concentrée à plier bodys, polos et pulls. Ancienne cheffe d'entreprise, elle vient de Neuilly-sur-Seine pour donner de son temps et "se sentir utile" pendant la crise.

"Je cherche les couches, le lait pour ma fille, parce qu'avec le confinement c'est difficile pour nous", explique Nassima Salmi, 34 ans, dont le mari a perdu ses petits boulots à cause de l'épidémie de coronavirus.

Elle a pris contact avec MaMaMa via un formulaire rempli sur le site internet de l'association, puis une bénévole l'a appelée pour affiner ses besoins. Parfois, l'alerte est donnée par des assistances sociales ou une antenne de la Protection maternelle et infantile (PMI).

Pendant le premier confinement, "des mères n'arrivaient plus à acheter du lait, donc faisaient cuire du riz et donnaient l'eau de cuisson à leurs bébés pour qu'ils arrêtent de pleurer", déplore Magali Bragard.

Depuis l'annonce du reconfinement il y a quinze jours, son association est à nouveau noyée sous les demandes.

"Ça nous aide, beaucoup même", se réjouit Kamelia Mechouet, qui repart avec une poussette, certes plus de première jeunesse, mais qui va sans aucun doute la "dépanner".

MaMaMa espère poursuivre ses activités dans les locaux mis à disposition par l'intercommunalité Plaine commune "jusqu'au 1er décembre". Avec l'objectif affiché d'y perpétuer un certain état d'esprit dans l'aide d'urgence: "proposer quelque chose de plus humain et plus proche de la personne".

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