Drogues : les Français vont pouvoir signaler aux autorités les points de deal situés près de chez eux

Drogues : les Français vont pouvoir signaler aux autorités les points de deal situés près de chez eux©JOEL SAGET / AFP

, publié le mercredi 03 mars 2021 à 13h55

Le signalement se fait sur une page spéciale des sites de la police nationale et de la gendarmerie. Il est ensuite transmis aux policiers et gendarmes concernés.  

Une nouvelle méthode pour lutter contre le trafic de stupéfiants ? Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a annoncé mercredi 3 mars l'ouverture d'une plateforme permettant à chacun de signaler aux autorités les points de deal situés près de chez lui.

Dès ce mercredi, chaque citoyen pourra se rendre sur la page "moncommissariat.fr" du site de la police nationale, ou, s'il habite en zone gendarmerie, sur la page "ma brigade numérique" du site de la gendarmerie, pour faire un signalement qui sera ensuite transmis aux policiers et gendarmes concernés, a précisé le ministère. 



Lors de sa conférence de presse mensuelle, le ministre de l'Intérieur a expliqué que depuis janvier, il y avait eu 301 points de deal" démantelés par la police ou la gendarmerie. "98 opérations ont été menées dans le seul département des Bouches-du-Rhône", a-t-il précisé. Au 1er décembre dernier, les services du ministère ont cartographié 3.952 points de deal sur le territoire national.

S'agissant de l'amende forfaire de 200 euros pour usage de drogue, Gérald Darmanin a cité le chiffre de 44.124 infractions relevées entre le 1er septembre 2020 et le 28 février 2021 dont 3.978 dans les Bouches-du-Rhône, 3.744 en Seine-Saint-Denis et 1.893 dans le Nord. 



Si l'amende a été érigée en symbole de la guerre anti-drogue menée par le ministre de l'Intérieur, dans une France championne d'Europe de la consommation de cannabis malgré une des législations les plus répressives du continent, les acteurs qui l'utilisent se montrent toutefois partagés sur son apport.

Côté justice, l'amende "ne change rien en terme de flux et de charge de travail puisque les consommateurs de stupéfiants faisaient déjà l'objet d'une procédure simplifiée auparavant", explique le parquet de Bobigny. Les policiers de région parisienne contactés par l'AFP louent en revanche un "gain de temps", qui évite des heures de procédure pour de maigres résultats. "Deux cents euros, c'est plus concret qu'un rappel à la loi", estime l'un deux. Le temps économisé permet aux enquêteurs "d'être plus concentrés sur l'investigation et le travail de démantèlement" des réseaux, souligne un autre. 

Délégué national à l'investigation chez Unité SGP Police, Yann Bastière est plus circonspect. "Beaucoup savent déjà comment contourner l'amende, il suffit de ne pas avoir de pièce d'identité", déplore le syndicaliste. "C'est une vraie fausse bonne idée", tranche Frédéric Lagache, délégué général du syndicat Alliance, en pointant des "lourdeurs" qui risquent de compromettre son utilisation à long terme. "Il faut que le gars ne soit pas mineur, qu'il reconnaisse les faits, qu'il ait des papiers sur lui. (...) Ca prend des plombes, avec un vrai risque que les esprits s'échauffent." Surtout, "il y a toujours autant de consommateurs sur les points de deal", observe-t-il.

"Le poncif de la guerre à la drogue débouche systématiquement sur la guerre aux drogués", s'agace Nathalie Latour, déléguée générale de la Fédération Addiction, qui représente plusieurs milliers de professionnels de santé. "Cela fait 50 ans qu'on a ce genre de postures inefficaces", ajoute-t-elle, en regrettant que le gouvernement "n'ait pas inclus l'amende dans un plan global qui insiste vraiment sur la prévention".  

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