Dix ans après, la justice rouvre le dossier de la mort d'une gendarme

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Hassina Sakhri manifeste en 2018 à Lyon pour demander de nouvelles investigations sur la mort de sa soeur Myriam Sakhri
Hassina Sakhri manifeste en 2018 à Lyon pour demander de nouvelles investigations sur la mort de sa soeur Myriam Sakhri
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© AFP, PHILIPPE DESMAZES

, publié le vendredi 02 avril 2021 à 11h41

La justice a décidé vendredi de rouvrir le dossier d'une gendarme retrouvée morte dans une caserne lyonnaise en 2011, à la demande de sa famille qui n'a jamais cru à la thèse officielle d'un suicide pour raisons personnelles.

Le 26 janvier, le parquet général avait requis devant la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Lyon la reprise d'une information judiciaire pour "harcèlement" et "homicide involontaire".

"On est rassurés parce qu'on avait très peur d'un refus. On attend maintenant une enquête en toute indépendance, en toute transparence", s'est félicitée Hassina Sakhri, l'une des sœurs de la défunte.

"Que justice soit faite", a lancé à ses côtés Zineb Harzallah, une amie de la famille qui a rassemblé de nouveaux témoignages ces dernières années. Ils ont nourri la requête déposée par les avocats William Bourdon et Vincent Brengarth.

"C'est une décision extrêmement rare, à la mesure du caractère dramatique du dossier et de ses zones d'ombre persistantes. Et un premier pas vers la manifestation de la vérité", a salué ce dernier.

Myriam Sakhri, âgée de 32 ans et d'origine algérienne, a été retrouvée le 24 septembre 2011 dans son appartement de fonction, une balle dans le ventre et son arme de service à ses pieds.

La version qui prévaut depuis une décennie veut qu'elle se soit suicidée après avoir appris qu'elle devrait comparaître devant un tribunal pour deux affaires liées à l'exercice de sa profession.

La gendarme, affectée au Centre d'opérations et de renseignements (Corg) de la gendarmerie du Rhône, service chargé de répondre aux appels du public, se plaignait cependant depuis des mois d'être harcelée par des collègues et sa hiérarchie.

Elle avait contacté une association de défense des militaires et engagé un avocat pour porter plainte, à la suite de quoi une enquête interne avait été ouverte, dont elle attendait les conclusions.

À sa mort, un mot retrouvé à ses côtés, écrit de sa main - "Merci à G. le connard!" - désignait le colonel qui commandait à l'époque la gendarmerie du Rhône.

Après un premier classement de l'affaire, sa famille avait porté plainte, déclenchant l'ouverture d'une information judiciaire en 2012.

Celle-ci a débouché sur un non-lieu en 2013, confirmé en appel en 2014 puis par la Cour de cassation en 2015, les magistrats écartant tout harcèlement et rendant la jeune femme, au contraire, responsable de la dégradation de ses relations de travail.

Pour la famille et ses avocats, les nouveaux témoignages transmis à la justice démontrent que la jeune femme était devenue "la bête noire" du Corg en dénonçant les propos racistes de certains collègues.

Ils éclairent aussi le rôle joué par le colonel G. - devenu général depuis - dans la dénonciation des faits pour lesquels la gendarme devait être jugée en correctionnelle, destinés à la "salir" selon certains.

Les proches dénoncent enfin la partialité des investigations menées par l'IGGN, avant et après le décès, des témoins faisant état d'interrogatoires biaisés et de "pressions".

"Nous ne commentons pas les affaires judiciaires en cours mais nous restons à la disposition des magistrats", a réagi vendredi la gendarmerie nationale auprès de l'AFP.

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