Diversité à la télé : sous-représentation, décalages... des manquements "inacceptables" pour le CSA

Diversité à la télé : sous-représentation, décalages... des manquements "inacceptables" pour le CSA
Chaque année depuis 2009, le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) analyse les programmes d'une vingtaine de chaînes

, publié le mardi 29 septembre 2020 à 18h55

Recul de la visibilité des personnes perçues comme "non-blanches", stagnation de la proportion de femmes à l'écran et de celles en situation de handicap, sous-représentation des territoires d'outre-mer... La télévision ne reflète pas la population française dans sa diversité.

C'est ce que rapporte le baromètre annuel du CSA publié mardi 29 septembre, qui appelle à une "remobilisation collective" des chaînes, et annonce un nouveau cycle d'audition sur le sujet.

"Tout simplement inacceptables en 2020". Les résultats du baromètre annuel du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA), publié ce mardi, sur la représentation de la diversité de la population française à la télévision sont loin d'être suffisants, selon l'organisme de contrôle, et se sont même dégradés.

Les personnes qui apparaissent à la télévision sont en effet plus riches, plus urbaines, plus blanches et plus masculines que la population française, et ne sont quasiment jamais en situation de handicap, pointe le CSA. Dans l'analyse des programmes, tout genres confondus, d'une vingtaine de chaînes, publiée comme chaque année depuis 2009, l'institut indépendant s'est penché pendant deux semaines, en mars et en septembre, sur les  37.800 personnes apparues au cours des 1 450 heures étudiées.

La télévision "est restée bloquée au noir et blanc"


Selon l'étude, la part des personnes "perçues comme non blanches" a reculé à 15% en 2019, contre 17% en 2018 et 16% en 2016. La proportion de femmes a elle stagné à 39% alors que ces dernières représentent 52% de la population française; tout comme celles des personnes en situation de handicap, qui plafonne à 0,7% alors qu'elles sont environ 20% de la population.

"Cette diminution est un mauvais signal et j'espère qu'elle appellera à un sursaut. Les médias ne représentent pas la réalité du monde tel qu'il est aujourd'hui et montrent un visage médiatique qui confine un peu à l'entre-soi", a regretté Élisabeth Moreno, ministre déléguée chargée de l'Égalité femmes-hommes. Sur Twitter, elle a déploré que la télévision soit "restée bloquée au noir et blanc".

"Certains résultats sont décevants, tout simplement inacceptables en 2020. Pour ne prendre qu'un seul exemple, on ne peut pas se satisfaire que les personnes en situation de handicap représentent seulement 0,7% des intervenants à l'antenne", a pour sa part estimé le président du CSA Roch-Olivier Maistre lors d'une présentation du baromètre, appelant les chaînes à une "remobilisation collective".

La télévision pèche également dans la représentation des territoires, avec seulement 0,4% de personnes issues des territoires d'outre-mer (hors France ô) alors qu'elles sont 3,26% de la population.

Autre décalage : les chaînes surreprésentent les urbains (52% des personnes à l'antenne contre 32% en réalité) et les catégories socioprofessionnelles supérieures (CSP+, 73% des personnes à l'antenne contre 28% en réalité). Les habitants de banlieue sont toujours aussi peu représentés à l'antenne (7% pour 27% de la population) mais leur représentation "est moins stéréotypée et plus diverse" qu'en 2018, indique le baromètre.

Instaurer des quotas ? 

Lundi 28 septembre,  Roch-Olivier Maistre estimait qu'une des solutions face à ces sous-représentations pourrait être l'instauration "d'objectifs quantitatifs" au sein des médias. "Si le législateur n'était pas intervenu concernant la part des femmes dans la représentation politique, on ne serait pas parvenu à la parité en politique", a-t-il illustrét sur Franceinter. 

Si la "loi interdit les statistiques ethniques en France, cela n'interdit pas aux chaînes de prendre des engagements quantitatifs que les régulateurs peuvent suivre", a insisté le président du CSA.

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