Dissensions chez les "gilets jaunes" après l'annonce d'une "délégation" officielle

Dissensions chez les "gilets jaunes" après l'annonce d'une "délégation" officielle
Marche de "gilets jaunes" à Rochefort, le 24 novembre 2018

AFP, publié le lundi 26 novembre 2018 à 19h24

Baisse de "toutes les taxes" et création d'une "assemblée citoyenne":  après dix jours de mobilisation, une délégation de huit "gilets jaunes" affirme vouloir nouer un contact "sérieux" avec le gouvernement mais ne fait pas l'unanimité au sein du mouvement. 

Après plusieurs jours de blocages et de barrages filtrants, ces huit figures des "gilets jaunes" ont affirmé lundi avoir été désignés par une "coordination nationale", à l'issue d'une consultation de "près de 30.000 personnes", pour porter une série de revendications. 

"Ce groupe a pour mission d'engager une prise de contact sérieuse et nécessaire avec les représentants de l'Etat et de son gouvernement", écrivent-ils dans un communiqué publié à la veille d'une intervention d'Emmanuel Macron visant à détailler un "pacte social" d'accompagnement de la transition écologique.

Parmi eux, deux des initiateurs du mouvement: Eric Drouet, chauffeur routier à Melun (Seine-et-Marne) qui avait lancé sur Facebook la mobilisation nationale du 17 novembre, et Priscillia Ludosky, à l'origine d'une pétition pour une baisse des prix à la pompe. 

Après avoir consulté leurs sympathisants sur Facebook, cette "délégation" adresse "deux propositions principales" au gouvernement: "revoir à la baisse toutes les taxes" et créer "une assemblée citoyenne" pour débattre de la transition écologique ou de l'augmentation du pouvoir d'achat.

Leurs revendications vont de la suppression du Sénat à la baisse des charges patronales en passant par une hausse du Smic et des retraites, énumère le texte, dont les auteurs affirment être des "porteurs de messages et (...) pas des leaders". 

La représentativité de cette délégation a toutefois aussitôt fait débat au sein d'un mouvement hétéroclite né hors de tout cadre politique ou syndical.

"Gilet jaune" à Toulouse, Benjamin Cauchy, déplore ainsi un certain "sectarisme" et une "radicalisation" chez ces "porte-paroles autoproclamés". 

"Il y a des millions de gilets jaunes, ces porte-paroles n'ont pas le monopole du mouvement. Je veux être un gilet jaune libre, pacifiste et constructif", explique-t-il à l'AFP, affirmant préférer des "états généraux de la fiscalité pour rendre l'impôt plus juste et équitable" à une "baisse de toutes les taxes".

"C'est l'exercice de la pluralité qui a fait la force de ce mouvement", affirme-t-il. 

Même scepticisme dans les Côtes d'Armor où le porte-parole local des "gilets jaunes", Tristan Lozach, met en cause Maxime Nicolle, issu du département et membre de la "délégation" nationale.

"On sait que son surnom sur Facebook est Fly Rider mais on ne l'a jamais vu. Personne ne l'a vu. On ne veut pas être représenté par lui, on le rejette complètement", dit-il à l'AFP.

Sur sa page Facebook, un groupe parisien de "gilets jaunes" qui réunit 2.000 personnes parle d'un "coup de force".  "Nous ne savons pas qui a voté pour ces personnes. (...) Ces 8 porte-paroles nous imposent donc à tous ce choix sans avoir fait de vote et de véritables concertations".

Autre signe de flottement, un certain flou entoure un appel lancé sur les réseaux sociaux à un "acte 3" du mouvement avec une nouvelle journée d'action samedi à Paris, un évènement que la "délégation" dit ne pas avoir "initié", précise à l'AFP Priscillia Ludosky. 

- Ne pas "embêter le citoyen" -

Interrogé sur cet appel au dialogue, le porte-parole du gouvernement a assuré être "ouvert" tout en posant des limites.

"Si le mouvement dit des +gilets jaunes+ a identifié des personnes qui portent des revendications (...), nous avons ouvert la porte à ce dialogue", a expliqué Benjamin Griveaux.

Après une première journée de mobilisation nationale le 17 novembre, qui avait réuni 282.000 personnes, une deuxième, samedi, a rassemblé plus de 106.000 personnes, notamment sur les Champs-Elysées où des échauffourées ont éclaté, selon le ministère de l'Intérieur.

Dans son communiqué, la coordination des "gilets jaunes" rappelle que "toutes formes de blocages complets et de violences ne sont pas représentatives du mouvement". 

Dans une vidéo, Eric Drouet explique, lui, qu'il faut "changer de cap" et invite à "arrêter de bloquer les voitures". 

"Il faut arrêter d'embêter le citoyen", ajoute-t-il, alors que deux personnes sont mortes et des centaines d'autres blessées depuis le début de ce mouvement, approuvé par une majorité de Français, selon plusieurs sondages.

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