Disparition d'Estelle Mouzin: la piste Fourniret de nouveau au coeur de l'enquête

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Monique Olivier, ex-épouse de Michel Fourniret, au tribunal à Charleville-Meziere, le 29 mai 2008
Monique Olivier, ex-épouse de Michel Fourniret, au tribunal à Charleville-Meziere, le 29 mai 2008
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© AFP, FRANCOIS NASCIMBENI

, publié le jeudi 21 novembre 2019 à 20h56

Un "nouveau souffle pour l'enquête": près de 17 ans après la disparition d'Estelle Mouzin, l'ex-femme de Michel Founiret a contredit jeudi l'alibi jusqu'à présent fourni par son ancien mari, relançant les soupçons à l'encontre du tueur en série.

Où était Michel Fourniret le 9 janvier 2003 ? Face aux enquêteurs, le tueur en série a toujours avancé un alibi: ce soir-là, il se trouvait à son domicile de Sart-Custinne, en Belgique, d'où il avait appelé son fils pour lui souhaiter un bon anniversaire.

Cet appel, attesté par des relevés téléphoniques, avait suffi à exclure sa présence à Guermantes, village de Seine-et-Marne situé à 250 kilomètres de là, au moment de la disparition de la fillette.

S'agissait-il d'un mensonge? Entendue jeudi pendant près de trois heures par la juge d'instruction Sabine Khéris au tribunal de Paris, l'ex-femme du tueur en série Monique Olivier a relancé l'enquête, en contredisant cette version.

Elle "a indiqué qu'elle avait passé un appel au fils de Michel Fourniret le 9 janvier 2003, à la demande de Michel Fourniret", a déclaré l'avocat de Monique Olivier, Me Richard Delgenes, à l'issue de l'audition.

"Cela signifie que Michel Fourniret n'était pas à Sart-Custinne le jour de la disparition d'Estelle Mouzin. Il était ailleurs", a ajouté l'avocat.

Interrogée sur le lieu où se trouvait son ex-époux, Monique Olivier n'a pas apporté jeudi de précisions face à la magistrate, faute de certitudes sur l'emploi du temps de son mari, qui s'absentait souvent et de façon prolongée.

- "Point de départ" -

"Les éléments d'enquête permettront de dire si oui ou non il était dans un autre département et si oui ou non il est la personne qui a enlevé Estelle Mouzin. Mais on a déjà le point de départ de la piste Fourniret", a insisté Me Delgenes.

Elément important selon l'avocat: Monique Olivier, qui a été placée sous le statut intermédiaire de témoin assisté, a confirmé devant la juge qu'Estelle Mouzin "était tout à fait le genre de jeune fille qui pouvait satisfaire" son ancien mari.

"Les éléments sont réunis pour avancer très sérieusement sur la seule piste qui existe dans l'affaire", ont réagi les avocats du père d'Estelle Mouzin, Corinne Hermann et Didier Seban, voyant dans les aveux de Monique Olivier un "événement important".

"Cet alibi téléphonique, on a toujours considéré qu'il ne tenait pas (...) Il y a un nouveau souffle pour cette enquête: enfin, on va avoir des vérifications, peut-être avec un jour la découverte d'Estelle", ont ajouté les avocats.

Contacté par l'AFP, l'avocat de Michel Fourniret n'a pas souhaité s'exprimer à ce stade. Selon une source proche du dossier, l'audition du tueur en série, prochaine étape de l'enquête, pourrait intervenir rapidement.

- "Détachement" -

Alors âgée de neuf ans, Estelle Mouzin avait disparu alors qu'elle rentrait de l'école. Son corps n'a jamais été retrouvé et les nombreuses pistes envisagées par les enquêteurs n'ont rien donné.

Début 2007, la police avait une première fois mis hors de cause dans cette affaire "l'ogre des Ardennes", condamné à la perpétuité pour huit meurtres. Six ans plus tard, l'expertise de milliers de poils et cheveux prélevés dans sa voiture n'avait pas non plus permis de trouver de traces de la jeune fille.

Interrogé par les enquêteurs fin 2017, Fourniret avait une nouvelle fois affirmé n'avoir "rien à voir avec l'affaire" Mouzin. Face aux policiers de la PJ de Versailles, qui l'avaient déjà entendu à trois reprises dans le passé sur ce dossier, il a toujours contesté son implication.

Selon Me Hermann, le tueur en série aurait toutefois livré des "aveux en creux" sur son implication dans cette disparition, dans le cadre d'auditions conduites en mars 2018. Le tueur en série était interrogé sur une lettre de 2007 dans laquelle il demandait à être entendu sur trois dossiers, ceux de Joanna Parrish, Marie-Angèle Domece et Estelle Mouzin.

Pourquoi Monique Olivier n'est-elle revenue sur sa version que maintenant? Pour Me Delgenes, cela tient notamment au "climat de confiance" établi avec la juge d'instruction, qui a récemment récupéré l'enquête initialement conduite à Meaux et qui instruit aussi les affaires Parrish et Domece. 

Par ailleurs, le fait que cette femme de 71 ans soit incarcérée depuis quinze ans et n'ait plus de lien avec Michel Fourniret lui permet aujourd'hui de faire preuve de "détachement".

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