Deux ex-compagnes de Nordahl Lelandais décrivent un homme "dangereux"

Deux ex-compagnes de Nordahl Lelandais décrivent un homme "dangereux"
Le tribunal de Chambéry, le 23 avril 2021.

publié le lundi 03 mai 2021 à 11h12

Le procès de Nordahl Lelandais pour le meurtre du jeune caporal Arthur Noyer s'est ouvert lundi 3 mai à Chambéry. Il encourt trente ans de réclusion criminelle.

Alors que s'ouvre lundi 3 mai à Chambéry le premier procès aux assises de Nordahl Lelandais pour le meurtre du caporal Arthur Noyer, tué en 2017, Le Parisien a interrogé deux de ses ex-compagnes, toutes deux appelées à témoigner au tribunal.

Les deux femmes décrivent un homme colérique, violent et manipulateur.



"Il ne supporte pas l'échec, que l'on soit plus forte que lui, qu'on lui tienne tête. Il cède alors à la frustration. Il a besoin de déchaîner cette puissance et cette colère", explique Virginie*, qui a vécu quelques mois avec l'accusé quelques années avant les affaires Maëlys et Arthur Noyer. "Je pensais connaître cette personne. Mais, avec le temps, j'ai vu son vrai visage apparaître. C'était quelqu'un de dangereux. Si l'on n'est pas d'accord avec lui, il n'accepte pas. Je pense qu'il était capable de tout", estime-t-elle. "Lorsque j'ai découvert ce qui s'est passé avec la petite Maëlys, cela a été un choc. C'est inhumain de s'en prendre à cette petite fille. Aujourd'hui, je vois Nordahl Lelandais comme quelqu'un de fou, de dangereux, de malsain", déplore-t-elle. 


La jeune femme redoute son passage au tribunal, un moment qu'elle imagine "difficile", car sa séparation avec l'ancien militaire de 38 ans est "un souvenir traumatisant". "J'ai subi des insultes, des menaces, des agressions. Lorsqu'il dit je vais te faire bouffer le carrelage, te tuer, te jeter depuis la Dent du Chat (une montagne savoyarde, ndlr), forcément, on a peur. On ne peut pas oublier. Cela marque", confie-t-elle. 

Si elle a l'occasion de pouvoir s'adresser à lui, Virginie a déjà une idée de ce qu'elle lui dira : "Que c'est un enfoiré ! Comment il a pu faire tout ça ? Et Pourquoi ? Lui dire aussi que la roue a tourné. Et que maintenant, c'est à son tour d'en baver".

"Il ment tout le temps"

Après avoir commencé par nier, Nordahl Lelandais a fini par reconnaître en mars 2018 avoir donné des coups "très violents" à Arthur Noyer à la suite d'un premier coup donné par le militaire, avant d'abandonner son corps une vingtaine de kilomètres plus loin, sur une petite route de montagne. Comme dans l'affaire Maëlys, il récuse toute intention de tuer, une version que n'ont pas retenue les juges d'instruction, qui l'ont renvoyé pour homicide volontaire.

Pour son ancienne petite-amie Karine*, l'ex-maître-chien n'en dira pas plus. "Il sera trop menteur pour avouer quoi que ce soit", estime la femme, qui a vécu deux ans avec l'accusé, juste avant la mort du caporal. "C'est un gros, gros mythomane. Dans sa vie de tous les jours, il ne peut pas dire la vérité. Il ment tout le temps. C'est vraiment une maladie mentale. Je n'ai jamais rencontré un si grand mythomane de toute ma vie", insiste-t-elle. 

"Quand j'ai appris ce qu'il s'était passé pour Maëlys, j'avais envie de vomir. Il me dégoûte. Il mérite la perpétuité. C'est un manipulateur. Il est dangereux. Ce genre d'individu ne doit jamais sortir", ajoute la jeune femme.

Des expertises psychologiques corroborent ces témoignages. La première, versée à l'instruction, relève des "carences affectives" et une "surenchère des excitations" par l'alcool, les drogues ou le sexe. Une seconde expertise, citée dans le dossier Noyer, exclut une altération de son discernement au moment des faits, mais souligne "une tendance à la mythomanie", une "très faible tolérance à la frustration" et une "incapacité à éprouver de la culpabilité".

"Ce n'est plus le Nordahl que j'ai connu"

"Je n'ai rien vu venir", assurait de son côté sa mère dans un entretien à RTL en 2018, rediffusé à la veille du procès. "Si j'avais vu quelque chose, vous pensez bien que j'aurais tout fait pour stopper", assure cette femme qui sera également appeler à témoigner. "Je n'ai jamais senti un mal-être de Nordahl. Vous savez, vous portez un enfant pendant neuf mois, c'est votre chair, c'est tout. Vous lui faites faire des études et vous l'emmenez jusqu'à sa majorité. Il part à l'armée. Il revient, c'est un adulte. Il fait sa vie d'adulte", poursuit-elle.

"Je n'ai pas vu un changement de mon fils. Moi, je me pose mille questions. Et j'ai zéro réponse. C'est dur. Ce n'est pas possible, je me dis. J'ai parlé à Nordahl. Je lui ai dit : 'Mais Nordahl'... Il m'a répondu : Je sais pas, je sais pas... Je ne le reconnais pas", rapporte-t-elle. "Ce n'est plus le Nordahl que j'ai connu. Ce n'est plus le même. J'ai mis un enfant au monde pour qu'il soit comme tout le monde. Pas pour qu'il devienne un meurtrier ou quelque chose comme ça", déplore-t-elle. 

Le verdict est attendu autour du 12 mai. L'accusé encourt trente ans de réclusion criminelle.

* Le prénom a été modifié
 

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