Deuil national et pluie d'hommages pour Giscard, président modernisateur et européen

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Valéry Giscard d'Estaing lors du cinquantenaire de l'élection de Georges Pompidou à la présidence de la République, à Paris le 20 juin 2019
Valéry Giscard d'Estaing lors du cinquantenaire de l'élection de Georges Pompidou à la présidence de la République, à Paris le 20 juin 2019
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© AFP, JACQUES DEMARTHON

, publié le jeudi 03 décembre 2020 à 21h10

Une journée de deuil national mercredi mais pas de cérémonie publique et des obsèques dans l'intimité: c'est avec sobriété que prend congé l'ancien président Valéry Giscard d'Estaing, décédé mercredi à 94 ans et salué par tous comme un "modernisateur" et un Européen convaincu.

"VGE", qui présida la France le temps d'un seul mandat, de 1974 à 1981, est décédé mercredi soir des suites du Covid-19, entouré des siens dans sa propriété d'Authon, petit village du Loir-et-Cher. Ses obsèques y auront lieu samedi dans la plus stricte intimité familiale et en petit comité, contraintes sanitaires obligent.

Emmanuel Macron a décrété, lors d'une adresse aux Français, un jour de deuil national mercredi 9 décembre en hommage à cette "figure centrale de l'histoire de notre République". Les Français qui le souhaitent pourront également écrire quelques mots d'hommage dans nos mairies et à Paris, au Musée d'Orsay, "ce haut lieu de culture que nous lui devons", a ajouté le chef de l'Etat.

Valéry Giscard d'Estaing devrait être enterré auprès de sa plus jeune fille Jacinte, décédée en 2018 d'une longue maladie


Selon Catherine Meyer, responsable communication du diocèse de Blois, les obsèques seront célébrées par l'évêque de Blois, Mgr Jean-Pierre Batut. La cérémonie "sera strictement familiale et l'église sera fermée aux villageois. Toute la famille ne sera même pas présente parce que l'église est toute petite et avec les mesures sanitaires, on ne peut utiliser qu'un banc sur deux", a-t-elle expliqué à l'AFP.

"Par pudeur", a souligné M. Macron, "VGE" n'a "pas souhaité d'hommage national", contrairement à celui qui avait été organisé pour l'ancien président Jacques Chirac en septembre 2019.

Hospitalisé à plusieurs reprises ces derniers mois, Giscard d'Estaing avait fait l'une de ses dernières apparitions publiques lors des obsèques de celui qui fut son Premier ministre puis plus tard son successeur.

- Lettre de Mme Chirac -

Malgré les différends notoires entre les deux hommes, la veuve de Jacques Chirac, Bernadette, a écrit une lettre de condoléances à Anne-Aymone Giscard d'Estaing.

Le secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, Jean-Baptiste Lemoyne, en déplacement en Auvergne, a déposé une gerbe à la mi-journée dans le fief historique de VGE à Chamalières, dont le maire actuel est son fils Louis.

L'Allemagne "perd un ami" et "un grand Européen", a réagi la chancelière Angela Merkel. Le Premier ministre britannique Boris Johnson a rendu hommage à un "grand modernisateur de la France" et son homologue canadien Justin Trudeau à un "leader visionnaire et icône du changement social".

"C'était quelqu'un qui me fascinait par son intelligence et son aisance", a déclaré le chef du gouvernement français Jean Castex, disant essayer de s'en "inspirer". 

- Incompris -

"Il a fait souffler un grand vent de modernité sur la société française et fait naître un immense espoir de dépassement et de rassemblement", a réagi auprès de l'AFP François Bayrou, qui lui succéda à la tête de son parti UDF.

Les deux anciens présidents encore vivants lui ont également rendu hommage : Nicolas Sarkozy a salué "un homme qui a fait honneur à la France", et François Hollande un président "résolument européen", mais qui n'a "pas toujours été compris".

Né à Coblence (Allemagne) en 1926, Valéry Giscard d'Estaing, diplômé de Polytechnique et de l'ENA, s'est imposé dans le paysage politique dès les débuts de la Ve République en occupant différents postes ministériels à partir de 1959.

C'est pourtant en opposition au gaullisme qu'il parvient à conquérir l'Elysée en 1974, face à Jacques Chaban-Delmas, héritier revendiqué du général de Gaulle, puis en battant sur le fil le candidat socialiste François Mitterrand.

Celui qui ambitionne de réunir "deux Français sur trois" derrière sa politique multiplie les réformes sociétales : abaissement de la majorité à 18 ans, légalisation de l'IVG ou création d'un secrétariat d'Etat à la Condition féminine.

Giscard impose également un style nouveau, qui entend alléger la pompe présidentielle, au risque de nourrir les procès en démagogie lorsqu'il s'invite à dîner chez les Français ou joue de l'accordéon.

- "Au revoir" -

Mais c'est surtout la deuxième moitié de son septennat, plombée par la crise née des chocs pétroliers, et marquée par le soupçon des affaires qui donne du souffle à ses contempteurs.

Le 10 mai 1981, il échoue à se faire réélire face à François Mitterrand, avec qui il tissera au fil du temps une "estime" réciproque, alors que sa "rivalité" avec Chirac restera tenace.

Après son célèbre "au revoir" et la chaise laissée vide lors d'une ultime allocution télévisée, VGE traverse une profonde dépression, avec "la frustration de l'œuvre inachevée".

Il redevient malgré tout l'un des leaders de la droite en dirigeant à nouveau l'UDF.

Mais, certain de la réélection de François Mitterrand, il ne concourt pas à la présidentielle de 1988, ni à la suivante, crédité de 2% des voix. Peu de temps avant sa mort, il se disait pourtant persuadé que, s'il s'était présenté, il aurait gagné contre Balladur et Chirac.

Alors que le giscardisme disparaît peu à peu du paysage politique, l'ancien président poursuit un ultime but : devenir président de l'Europe. En 2001, il prend la tête de la Convention pour l'Europe, chargée de rédiger une constitution européenne, qui sera rejetée par référendum.

Sa fin de vie a été ternie par l'ouverture d'une enquête pour agression sexuelle, après la plainte d'une journaliste allemande.

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