Déserts médicaux: le gouvernement privilégie le pragmatisme aux mesures choc

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 Carte de France indiquant le nombre de médecins généralistes pour 10 000 habitants par établissement public de coopération intercommunale au 1er janvier 2017

Carte de France indiquant le nombre de médecins généralistes pour 10 000 habitants par établissement public de coopération intercommunale au 1er janvier 2017

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© AFP, Laurence SAUBADU
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AFP, publié le vendredi 13 octobre 2017 à 21h44

Assurer l'accès aux soins partout en France grâce aux maisons de santé, à la télémédecine ou à la coopération entre professionnels de santé: le gouvernement a dévoilé vendredi en Haute-Vienne son plan de lutte contre les déserts médicaux, privilégiant le "pragmatisme" aux mesures choc.

"L'accès aux soins est au coeur du pacte social", a déclaré le Premier ministre Edouard Philippe, venu inaugurer avec la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, une maison de santé à Châlus, dans une région confrontée comme tant d'autres au manque de médecins.

Un peu plus de 8% de la population vit dans l'une des 9.000 communes sous-denses en médecins généralistes, soit environ 5,3 millions d'habitants, rappelle le gouvernement.

Si rien n'est fait, la situation s'aggravera sous l'effet de la baisse du nombre de généralistes, de nombreux départs à la retraite et des nouvelles aspirations des jeunes médecins, à la recherche d'une vie plus équilibrée.

Le décor choisi par le gouvernement, à une trentaine de kilomètres de Limoges, n'est pas anodin. Conformément à une promesse du candidat Macron, le plan, fruit d'une concertation avec les professionnels et élus, prévoit de doubler le nombre de maisons de santé pluriprofessionnelles (910 en mars 2017) sur tout le quinquennat.

Moins parlantes pour le grand public, d'autres pistes complètent un "panel de solutions adaptables à chaque territoire" vanté par Mme Buzyn, opposée aux "mesures définitives" et "illusoires". 

Comme elle, M.Philippe ne "croit pas à la répartition forcée et administrative" des médecins.  

Ces derniers continueront donc de s'installer où ils le souhaitent, n'en déplaise à certains élus, et le numerus clausus (nombre d'étudiants formés, relevé par le précédent gouvernement) n'évoluera pas.

"Faire confiance aux acteurs" de terrain, c'est la "nouvelle méthode" adoptée par le gouvernement après cinq années de tensions entre la précédente ministre Marisol Touraine et les professionnels de santé.

Le plan veut ainsi faciliter les initiatives locales en s'appuyant sur les nombreuses expériences, en impliquant soignants, élus et patients, comme le réclamait l'Ordre des médecins.  

Concrètement, les coopérations entre professionnels d'un côté, et entre médecine libérale et hôpital de l'autre profiteront de simplifications réglementaires. 

Par exemple, les consultations avancées - comme lorsqu'un cardiologue hospitalier exerce un jour par semaine dans une maison de santé - seront développées.

Le cumul emploi-retraite, déjà pratiqué par près de 17.000 médecins, sera favorisé grâce à une exonération de cotisation élargie dans les zones en tension.

- rôle essentiel des infirmiers -

Il faut reconnaître "le rôle essentiel des infirmiers", a par ailleurs insisté le Premier ministre.

Ce rôle "croit et peut encore croître en matière de prévention" et de prescription, a souligné dans un communiqué l'Ordre de la profession.

Le dispositif expérimental Asalee, qui permet à des infirmiers libéraux de suivre, en partenariat avec des généralistes, des malades chroniques, sera pérennisé. 

"De nouvelles formations seront proposées dès la rentrée 2018" pour permettre aux soignants d'acquérir de nouvelles compétences "ensuite reconnues par des rémunérations spécifiques". 

Autre axe du plan, le développement de la télémédecine passera par la fixation de tarifs lors de négociations entre les médecins libéraux et l'Assurance maladie au premier trimestre 2018.

Un matériel de téléconsultation est également promis à tous les Ehpad (établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes) d'ici 2020.

En outre, davantage de stages seront proposés dans les cabinets libéraux (+500 en médecine générale et spécialisée) pour attirer les jeunes vers ce type d'exercice, des aides au logement ou pour les transports seront encouragées et des guichets uniques d'information seront installés à l'adresse des professionnels. 

Des mesures saluées par le syndicat d'internes en médecine générale Isnar-IMG, qui y voit "un parti pris ambitieux". Le syndicat de médecins remplaçants (Reagjir) s'est lui félicité de "l'écoute et (de) l'attention" du gouvernement.

Quant au syndicat de généralistes MG France, s'il "se réjouit de voir le gouvernement prendre la mesure du problème posé par l'accès aux soins", il ne voit toutefois dans ce plan qu'une "première étape".

Membre de la délégation accompagnant les ministres, le président du premier syndicat de médecins libéraux (CSMF), Jean-Paul Ortiz, s'est réjoui de voir plusieurs de ses demandes exaucées tout en regrettant un plan "trop centré sur les maisons de santé". 

Les actions locales seront régulièrement évaluées par un comité dédié, présidé par la ministre.

 
171 commentaires - Déserts médicaux: le gouvernement privilégie le pragmatisme aux mesures choc
  • Ce gouvernement, comme les précédents depuis 30 ans, tergiverse. Dans mon village de 2500 habitants, à 35km de Nantes, nous venons d'inaugurer une Maison de la Médecine, mais sans médecin.
    Il y a donc lieu de mettre fin à la liberté d'installation des médecins, et de pratiquer comme pour les pharmaciens un quota pour un périmètre territorial à définir. Après tout, c'est l'Etat, donc nous les citoyens qui finançons leurs études, et l'assurance maladie qui prend en charge les consultations grâce à nos cotisations, et en principe, qui paie commande !

  • le numerus clausus (nombre d'étudiants formés, relevé par le précédent gouvernement) n'évoluera pas. La population augmente. A 1h de Paris = 80km le désert médical. Cherchez l'erreur. Tout le reste n'est que emplâtre sur jambe de bois. Allez, en marche!

  • Un électro-choc c'est à prescrire à tous les anciens ministres de la santé et des présidents passés pour bien leur faire sentir les réalités du terrain car s'ils sont déconnectés des réalités ça leur rafraîchirait la mémoire !

  • Si l'état ne prend pas des dispositions le phénomène ne fera que s'amplifier ...

    Rappel du serment d'Hippocrate : Mon premier souci sera de rétablir, de préserver ou de promouvoir la santé ...

    Donc quand la majorité des diplômés font le choix de s'installer dans des régions où ils sont en surnombre, ils trahissent déjà leur serment !

    Il faut malheureusement imposer de pratiquer pendant une certaine durée dans les dits déserts médicaux pour prétendre par la suite aux régions les plus sollicitées et sous conditions de ne pas dépasser un certain nombre de praticiens par rapport à une démographie donnée ...

    tiens voici Mr je sais tout

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    grisounet46  (privé) -

    Et si vous aviez le choix, iriez-vous vous installer dans ces déserts où il n'y a plus rien, ni commerçants, ni transports, ni couverture efficace téléphonique ET/ou internet ?
    Evidemment, le Sud, la proximité de la mer, ou la grande ville (plutôt en climat agréable), à revenu équivalent (voire bien supérieur compte tenu de la cliéntèle) c'est évidemment préférable .

    Et lorsque vous n'avez plus personne pour vous renouveler ne serait-ce qu'une ordonnance pour une maladie de longue durée, qu'elle serait votre réaction ?

    Alors, ne leur laissons plus le choix... La grande majorité des médecins sont rémunérés in fine par nos cotisations ou nos impôts, un peu comme les fonctionnaires donc. Est-ce que les fonctionnaires choisissent leur affectation? Bien évidemment non; Ils sont nommés là où l'Etat a besoin d'eux. Point.

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