Des salariés de la CFDT "agressés" au siège du syndicat

Des salariés de la CFDT "agressés" au siège du syndicat
Le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger, le 25 novembre 2019 à Paris
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, publié le vendredi 17 janvier 2020 à 15h15

Selon Laurent Berger, des dizaines d'individus se sont introduits "violemment" dans les locaux de la CFDT à Paris et s'en sont pris aux salariés. L'action a été vivement condamnée par les syndicats et de nombreux responsables politiques.

Quelques dizaines d'individus se sont introduits violemment dans les locaux de la confédération" CFDT à Paris, où ils ont "agressé verbalement et physiquement des salariés", a dénoncé dans un tweet le secrétaire général du syndicat, Laurent Berger.

"Nous condamnons cet acte et nous ne nous laisserons pas intimider", a-t-il ajouté.


Interrogée par l'AFP, la CFDT a déclaré qu'il s'agissait d'une action de la "coordination SNCF-RATP", née aux premières évocations d'une grève illimitée, en octobre, contre la réforme des retraites. "C'était une intrusion violente. Ils étaient une trentaine. Un salarié a été plaqué au sol, il y a eu des insultes", a-t-on précisé à la CFDT, qui va "probablement porter plainte".

Selon une source policière, "à 12h55 au siège de la CFDT, une centaine de militants CGT s'est réunie devant le site avant qu'une vingtaine de personnes ne s'introduisent dans les locaux". "Vers 14h30, l'ensemble des personnes sont sorties du bâtiment", a ajouté cette source.

Sur son compte Twitter, Anasse Kazib, "cheminot à Paris Nord" qui est l'une des voix du mouvement, a indiqué qu'il s'agissait d'une "action surprise de la coordination RATP/SNCF au siège de la CFDT". "On est là même si Laurent Berger ne le veut pas. Nous on est là, pour l'honneur des travailleurs... Nous sommes solidaire avec les camarades de la CFDT en lutte, mais nous venons dénoncer les propos de Berger", écrit-il sur le réseau social. Il a par ailleurs démenti tout recours à la violence. 

"On est contre cette bureaucratie syndicale qui porte le nom de Laurent Berger, qui est en train de négocier le poids des chaînes, la régression sociale", dit-il encore dans un mégaphone devant un bâtiment, selon une vidéo, diffusée sur Twitter, sur le compte de "Révolutionpermanente", un site d'information d'extrême-gauche.

Les syndicats ont vivement condamné l'intrusion. "Ce n'est pas une action SUD-Rail", a réagi auprès de l'AFP Erik Meyer, l'un des secrétaires fédéraux de ce syndicat. "Ces quelques individus se réclamant de la SNCF et de la RATP ne représentent rien et sûrement pas les milliers de salariés de nos entreprises", a estimé dans un tweet Sébastien Mariani, secrétaire général adjoint de la CFDT-Cheminots, dénonçant une "action de haine". 

"Quels que soient les désaccords possibles entre organisations syndicales, la CGT ne cautionne pas ce type d'action", a réagi également la confédération dans un communiqué. "Les désaccords les plus profonds doivent pouvoir s'exprimer dans le cadre du débat démocratique et républicain. La violence est toujours signe de faiblesse", a réagi de son côté Yves Veyrier (FO).

L'intrusion a aussi été aussitôt condamnée sur Twitter par Gilles Le Gendre, président du groupe LREM à l'Assemblée nationale. "Je condamne l'intrusion et les agressions au siège de la CFDT. La seule issue à un conflit social, c'est le dialogue et la recherche d'un compromis. Les députés de LREM ne cesseront d'œuvrer en ce sens, comme le souhaitent nos concitoyens", écrit-il.

Comme lui, de nombreux responsables politiques ont condamné l'intrusion et exprimé leur solidarité à la CFDT. "Condamnation totale de ces agressions et solidarité avec les salariés de la CFDT", a tweeté Olivier Faure, le premier secrétaire du PS. "Inacceptable", a réagi de son côté Roland Lescure, député LREM. "Solidarité avec la CFDT victime de l'intolérance et de la négation de la démocratie. Et avec tous les élus, syndicalistes, citoyens menacés parce qu'ils pensent différemment", a affirmé le ministre des Relations avec le Parlement, Marc Fesneau (MoDem).



Le front syndical s'est scindé depuis que le Premier ministre, Édouard Philippe, a consenti à suspendre la mesure de "l'âge pivot" à 64 ans pour ramener le système de retraites à l'équilibre financier en 2027. Cette décision a été saluée par les syndicats réformistes CFDT et Unsa, favorable à un système de retraites "universel" par points" mais dénoncée par la CGT et FO, qui réclament toujours le retrait du texte prévoyant la fusion des 42 régimes existants en un système "universel" par points.

Après six semaines de conflit et un trafic RATP et SNCF revenant progressivement à la normale, la mobilisation a reflué jeudi dans la rue pour la 6e journée d'action intersyndicale. Les syndicats demandant le retrait de la réforme des retraites affirment rester "déterminés" pour la suite et donne unnouveau rendez-vous le 24 janvier, à l'occasion de l'examen du projet de loi retraites en conseil des ministres. 

La grève se poursuit dans les raffineries où quatre sur sept "connaissent des difficultés temporaires dans leurs expéditions", de même que deux dépôts de carburant "sur environ 200", selon le ministère de la Transition écologique et solidaire. Le mouvement s'intensifie chez les avocats ou encore chez les dockers de métropole, avec une opération "ports morts" lancée par la CGT dans les sept grands ports maritimes.

 

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