Des grévistes à l'écoute du discours de Philippe: "Grève générale!"

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Des cheminots écoutent le discours du Premier ministre dans un local syndical, le 11 décembre 2019 gare de l'Est à Paris
Des cheminots écoutent le discours du Premier ministre dans un local syndical, le 11 décembre 2019 gare de l'Est à Paris
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© AFP, Philippe LOPEZ

, publié le mercredi 11 décembre 2019 à 20h20

Sur les visages, de la gravité, et parfois des sourires ironiques: dans un local syndical près de la gare de l'Est, des cheminots de la SNCF, agents de la RATP et enseignants en grève écoutent le discours d'Édouard Philippe sur les retraites, qui provoque un appel à "la grève générale".

C'est dans un silence ponctué de "Ah bon?", "Oh la la...", "Cool", ou rapides commentaires que la trentaine de grévistes suivent la retransmission en direct sur grand écran de l'allocution du Premier ministre sur la réforme des retraites. Les images d'Édouard Philippe voisinent dans cette pièce de SUD-Rail avec des drapeaux colorés du syndicat et une affiche disant "Non à l'austérité".

"Nous proposons un nouveau pacte entre les générations. Un pacte fidèle, dans son esprit, à celui que le Conseil national de la Résistance a imaginé et mis en œuvre après-guerre", déclare le chef du gouvernement, déclenchant de brefs rires dans la salle.

"La question n'est pas de savoir si le gouvernement va tenir, si certains syndicats vont gagner, si d'autres vont perdre. Il n'y aura ni vainqueur ni vaincu", assure plus tard le Premier ministre. La grève "va durer longtemps alors!" commente un gréviste.

Le système universel voulu par le gouvernement "implique la suppression" des régimes spéciaux de retraite, comme ceux de la SNCF et de la RATP, poursuit le Premier ministre. "Ah la la", répond la salle. "Je le dis avec calme", ajoute Édouard Philippe. "Mais sans nous!", lui rétorque à distance un gréviste.

"Je vais ensuite prendre des engagements fermes vis-à-vis des enseignants" car "il serait inacceptable" qu'ils "perdent le moindre euro de pension", souligne le Premier ministre. "Ah ben, on va être sacrément augmentés", en déduit une enseignante.

Le discours s'achève. "La grève, la grève générale", crient des grévistes. "La grève demain, après-demain...", promettent-ils.

- "On va dans le mur" -

Avec ce discours d'Édouard Philippe, "je pense qu'on va dans le mur, que ça va durcir le mouvement" de grève à la SNCF, mais "les assemblées générales (des salariés) sont souveraines, c'est elles qui vont décider ce qu'elles feront dans les jours prochains", indique à des journalistes Bruno Poncet, secrétaire fédéral de SUD-Rail.

"Nous, les cheminots en grève, on est vraiment solidaires de tous les Français. Je dis à ceux qui aujourd'hui galèrent dans les transports, venez avec nous, arrêtez de travailler, faisons une vraie résistance à ce projet" et "faisons reculer le gouvernement", ajoute-t-il, car le système actuel de retraite est "plus égalitaire".

Le Premier ministre "ne cède pas sur l'essentiel, la retraite à points", déplore Didier Macé de FO-Cheminots. "Il laisse espérer que certains seront épargnés", mais "personne n'est dupe (...), personne n'aura une retraite décente", ajoute ce militant, "choqué" par la référence au Conseil national de la Résistance.

Conducteurs de train, Christian et Pierre se disent "prêts à continuer la grève" jusqu'au retrait du projet du gouvernement.

Idem pour Louise, enseignante de 40 ans. "En grève depuis le 5 décembre", elle "ne retournera pas travailler" dans sa classe de CM1-CM2 du 19e arrondissement de Paris "tant que le projet ne sera pas retiré". "La contestation est forte chez les enseignants" de son secteur, assure-t-elle.

Retraitée de l'enseignement "depuis septembre", un auto-collant plaidant pour "un autre avenir" scotché sur son pull, Pascale "n'est pas du tout rassurée" car, estime-t-elle, Edouard Philippe "a été complètement dans le flou".

Du discours du Premier ministre, Alexis Louvet de la RATP "n'attendait rien" mais il est "quand même déçu". Cosecrétaire général du syndicat Solidaires de la régie des transports parisiens, il est convaincu d'obtenir, grâce à la grève, le retrait du projet. "La détermination est là. On ne va pas lâcher. Tous les matins, on se dit qu'on va gagner."     

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