Des citoyens ordinaires traquent les pédophiles sur Internet

Des citoyens ordinaires traquent les pédophiles sur Internet
Une personne travaillant sur une ordinateur lors du sommet de la Cyber-sécurité à Lille en 2018.

, publié le lundi 09 mars 2020 à 12h00

Depuis plusieurs mois, des internautes piègent des pédophiles sur les réseaux sociaux à travers de faux comptes.

Dans le département de l'Eure, un pavillon abrite une "team" d'un genre spécial. Kasta, Shiva et Calliope*, la trentaine, en congé maladie ou sans emploi, font un point sur les dernières avancées de leur "team".

Baptisée  "Eunomie", elle regroupe une trentaine de personnes en France. 


Elles se sont fixées une mission claire : "Piéger des pédo-criminels" sur internet en créant des faux profils de jeunes adolescentes sur Facebook, pour ensuite les dénoncer à la police. Shiva explique le procédé : "On crée le faux profil, ensuite on le fait vivre, les demandes d'amis viennent toutes seules, les premiers messages c'est eux qui les envoient", raconte ce "geek", père de trois enfants, qu'il veut protéger de ce "danger", de plus en plus présent sur internet, selon lui. Et de réveler : "Et bien souvent en moins de cinq minutes, on a des photos de sexe, et des propos sexuels". 

"C'est de la pêche, on attend, on tend un filet", poursuit Shiva, qui passe plus de 10 heures par jour à "traquer". Leur méthode est précise: ne jamais inciter ou relancer. Toutes les conversations sont archivées pour être transmises à la justice. Aujourd'hui, "quatorze dossiers sont prêts à être déposés en gendarmerie" et une dizaine l'ont déjà été, indique Calliope, victime de viols répétés dans son enfance. 

Malgré ces "preuves", "à chaque fois, nous sommes repartis de la gendarmerie avec nos dossiers sous le bras", "sans aucune plainte enregistrée", regrette cette mère, qui s'est mise à "traquer" pour "prendre du recul" suite à son passé.

Des chevaliers blancs non habilités

"Chaque enquêteur qui travaille sous pseudonyme doit suivre une formation et avoir une habilitation bien précise, tout le monde ne peut pas évoluer sous couverture", affirme de son côté l'adjudant Jérôme Duhamel du centre de lutte contre les criminalités numériques (C3N) de la gendarmerie. Il ajoute que "ce n'est pas qu'on ne veut pas de leur aide, mais c'est que malheureusement on ne peut pas l'accepter", tout en indiquant qu'aucune "collaboration en infiltration" n'est possible avec ces citoyens.

"Qu'ils passent des concours de police ou de gendarmerie et entrent dans la fonction publique, en attendant leur action est problématique" pour les enquêtes de la police, juge aussi Catherine Chambon, sous-directrice de la lutte contre la cybercriminalité à la police nationale. 

Derrière son ordinateur, Yvan, enquêteur pour la plateforme Pharos du ministère de l'Intérieur permettant d'alerter sur des comportements illicites sur Internet et spécialisé dans les signalements pédopornographiques, reçoit des dizaines de signalements par jour. 

4000 signalements par semaine

Au total, les 30 membres de la plateforme traitent près de 4.000 signalements par semaine, dont 500 concernent la pédo-criminalité. "Ce sont des enquêtes qui sont très longues et quand on les diligente, on n'a pas envie de se planter, on a pas envie de tomber sur un chevalier blanc et non sur un pédophile", ajoute le spécialiste. 

En France, faire des propositions de nature sexuelle à un mineur de moins de quinze ans ou à une personne se faisant passer pour telle est passible de deux ans d'emprisonnement et de cinq ans de prison en cas de rencontre physique. Selon les dernières statistiques datant de 2016, 400 personnes sont condamnées chaque année pour détention d'images pédopornographiques.

*Les prénoms ont été changés

Vos réactions doivent respecter nos CGU.