Déradicalisation : l'ex-mentor des frères Kouachi, Farid Benyettou, recruté par Dounia Bouzar

Déradicalisation : l'ex-mentor des frères Kouachi, Farid Benyettou, recruté  par Dounia Bouzar
Les frères Chérif et Saïd Kouachi, auteurs de l'attentat contre Charlie Hebdo (illustration).

, publié le jeudi 20 octobre 2016 à 12h12

Ses fréquentations sulfureuses lui avaient valu bien des soupçons. L'ancien leader de la "filière des Buttes-Chaumont", qui a notamment vu passer Chérif Kouachi, l'un des terroristes de l'attentat contre Charlie Hebdo, oeuvre désormais dans une structure de déradicalisation dirigée par Dounia Bouzar.

Condamné à huit ans de prison pour avoir été reconnu comme l'un des chefs d'une filière de recrutement jihadiste, Farid Benyettou s'est depuis repenti, avant de devenir "formateur en déradicalisation".

Son nom était ressorti peu après les attentats de janvier 2015. Celui qui suivait alors une formation d'infirmier et effectuait un stage aux urgences de l'hôpital de la Pitié-Salpétriere n'avait finalement pas pu accéder à la profession, en raison de son lourd passé judiciaire. Il avait accordé une interview en 2015, où il expliquait son évolution.


Face à l'impossibilité d'entamer une carrière dans le milieu hospitalier, Benyettou change de voie et se réoriente alors vers la parole. "J'ai réalisé que moi aussi j'avais des choses à dire", explique t-il dans une interview accordée à Libération, qui révèle l'information ce jeudi 20 octobre. Il contacte alors une "figure médiatique" de la déradicalisation, Dounia Bouzar, qui multiplie à cette époque les apparitions à la télévision. Elle lui explique alors qu'il peut "apporter des choses sur le plan théologique".

Après des mois de doutes et de discussions autour de la sincérité de la démarche du jeune homme, Dounia Bouzar saute le pas : Quand "on commence à faire confiance, on ne peut pas y aller à moitié. Il faut laisser un espace aux repentis, sinon, ils en crèvent", explique t-elle. S'ensuit au printemps 2016 la première intervention de Benyettou, auprès d'un jeune majeur tout juste sorti de prison, qui avait purgé une peine de quatre mois pour fabrication de matériaux explosifs.

UNE DIMENSION IDÉOLOGIQUE À PRENDRE EN COMPTE

"Au début, le jeune ne nous regardait même pas. Mais petit à petit, il s'est rendu compte que toute son histoire était dans la bouche de Farid, qu'ils avaient eu les mêmes motifs d'engagement", raconte Dounia Bouzar, qui estime que le jeune homme est maintenant "tiré d'affaire". Elle évoque au total "une trentaine" de jeunes que Benyettou "a sauvés" de la voie de l'embrigadement. Selon elle, l'apport de Benyettou est crucial en matière idéologique. "Farid m'a fait entrer dans les finesses de l'univers théologique jihadiste", témoigne celle dont la méthode de "désengagement" rencontre des limites face à des à profils plus "durs".

En plus de son rôle de "formateur", Benyettou s'est lancé dans la rédaction d'un "livre blanc", où seront compilées les réussites de sa collaboration avec la structure de déradicalisation menée par Dounia Bouzar. Tous deux devraient également cosigner un ouvrage intitulé "Mon djihad", dont la parution est prévue en janvier.

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