Déconfinement : l'amélioration de la situation sanitaire suffira-t-elle ?

Déconfinement : l'amélioration de la situation sanitaire suffira-t-elle ?
(Photo d'illustration)

publié le mercredi 05 mai 2021 à 11h26

Tous les départements métropolitains sont passés mardi sous la barre des 400 cas de contaminations pour 100.000 habitants, seuil fixé par Emmanuel Macron pour déconfiner. Mais pour certains spécialistes, cela ne suffit pas.

Deux jours après la mise en place de l'étape 1 du déconfinement, retour en cours des lycéens et collégiens et levée des restrictions de déplacement, et à 15 jours de l'étape 2, qui marquera le 19 mai la réouverture des terrasses et lieux culturels, la situation sanitaire semble donner raison au gouvernement. Le nombre de malades du Covid-19 dans les services de réanimation, qui était reparti à la hausse lundi après plusieurs jours de lente décrue, est repassé sous la barre de 5.600 mardi 4 mai.

Un chiffre au plus bas depuis le 5 avril, quand 5.433 patients avaient été comptabilisés dans ces services accueillant les cas les plus graves.




Le total des patients Covid à l'hôpital est également en baisse, à 28.427, contre 28.950 la veille, tandis que le nombre de nouveaux cas positifs est en moyenne autour de 23/24.000 ces derniers jours. 

Autre nouvelle rassurante : tous les départements métropolitains sont désormais en dessous de la barre symbolique des 400 cas pour 100.000 habitants. C'est en effet le seuil fixé par Emmanuel Macron pour pouvoir déconfiner les départements. Ils étaient encore 8 la semaine dernière, et deux en début de semaine, le Val-de-Marne et la Seine-Saint-Denis. Alors qu'ils affichaient des taux d'incidence  de respectivement 424 et 421 lundi, ils étaient mardi à 390 et 391. 

Néanmoins, ces chiffres, calculés sur les sept derniers jours, sont à analyser avec prudence, car ils prennent en compte les résultats des dépistages du 1er mai, jour lors duquel moins de tests ont été réalisés.

Si la situation sanitaire s'améliore doucement, certains spécialistes restent encore sur le qui-vive. "Nous serons totalement rassurés lorsqu'il n'y aura quasiment plus de patients qui arrivent en réanimation",avance sur sur BFMTV Jean-Louis Teboul, chef du service de médecine intensive et réanimation à l'hôpital Bicêtre (Val-de-Marne). "Le deuxième point, c'est quand on pourra reprogrammer des actes qui ont été déprogrammés".

Une quatrième vague ?

Dans un entretien au Monde, l'épidémiologiste et biostatisticienne Dominique Costagliola estime que ce déconfinement est "prématuré". "La probabilité que ça passe, c'est-à-dire d'éviter une nouvelle saturation totale de l'hôpital, est faible. Actuellement, le nombre de cas baisse, mais on a à peine passé le pic. On relâche sans avoir diminué vraiment la pression à l'hôpital", déplore-t-elle. "Dans la conclusion de son dernier rapport hebdomadaire, Santé publique France, qui n'a pourtant pas une liberté totale d'expression, estime que, sans un haut niveau d'adhésion aux mesures de prévention individuelles et une progression rapide de la vaccination, 'un débordement des capacités hospitalières' est à craindre en cas d'assouplissement des mesures collectives", rappelle-t-elle.

La spécialiste critique par ailleurs le critère retenu des 400 cas pour 100.000 habitants. "Vous ne trouverez pas un seul pays au monde qui retienne comme seuil de déconfinement une incidence de 400 cas pour 100 000 habitants. Tous les autres pays retiennent des seuils beaucoup plus bas, 40 au Japon, 100 dans de nombreux pays. En France aussi, nous avions même un seuil à 50 qu'on a oublié sans aucune explication à ce sujet. Ce seuil de 400 a été choisi, car il était plausible que toutes les régions l'atteignent au 19 mai. Mais la probabilité pour que ça passe est toute petite", prévient-elle. 

Pour rappel, lors du deuxième confinement en novembre dernier, Emmanuel Macron avait fixé un niveau de 5.000 contaminations maximum par jour et "entre 2.500 à 3.000 personnes en réanimation", comme objectif à atteindre pour la levée des restrictions. 

Dans ce contexte, Dominique Costagliola craint "une quatrième vague de Covid-19", "d'autant plus que l'annonce de ce calendrier risque de favoriser dès à présent une moindre observance des mesures, dont le télétravail."

Dans un entretien à Sciences Po TV en début de semaine, le ministre de la Santé Olivier Véran s'est montré plus confiant. "Nous étions à 40.000 cas par jour, nous sommes à 20.000 cas par jour, et l'épidémie baisse de 20 à 25% par semaine", a-t-il souligné. "Dans quinze jours, nous devrions être quelque part entre 10.000 et 15.000 cas par jour, ce qui nous permet de reprendre le contrôle sur l'épidémie grâce au triptyque 'tester, alerter, protéger'"
 

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