Baupin perd son procès en diffamation contre les médias et ses accusatrices

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L'ex-vice-président de l'Assemblée nationale Denis Baupin à Paris le 2 décembre 2015
L'ex-vice-président de l'Assemblée nationale Denis Baupin à Paris le 2 décembre 2015
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© AFP, MARTIN BUREAU

AFP, publié le vendredi 19 avril 2019 à 18h23

"La honte a changé de camp": la justice a relaxé vendredi les journalistes poursuivis en diffamation et les femmes accusant Denis Baupin d'agressions sexuelles et de harcèlement, au terme d'un procès de la presse, qui s'est mué en charge contre l'ex-député écologiste.

Rarement un procès en diffamation se sera à ce point retourné contre son instigateur : débouté, Denis Baupin est aussi condamné pour procédure abusive, à verser 500 euros de dommages et intérêts à chacun des prévenus qui en avaient fait la demande.

Dans la 17ème chambre du tribunal correctionnel de Paris, dite "chambre des libertés", les prévenus, debout, souriaient en écoutant la lecture du délibéré. Les journalistes, soulagés de voir reconnu le sérieux de leur enquête sur un sujet "d'intérêt général", les femmes accusées d'avoir menti enfin "écoutées" et "légitimes", après l'épreuve publique du procès.

"La honte a changé de camp", soulignent-t-elles dans un texte commun, en saluant une décision qui montre que "la diffamation ne peut plus être utilisée comme une procédure bâillon". 

"C'est la fin de trois ans à ne plus être soi, la fin de trois ans de cauchemar", a déclaré l'ancienne élue écologiste Elen Debost, avant de remercier les journalistes des médias attaqués, Mediapart et de France Inter, d'avoir permis d'écrire "une page de l'histoire des femmes".

Denis Baupin, qui avait dit vouloir "laver son honneur", n'est jamais venu à l'audience. Peu après le délibéré, son avocat, Emmanuel Pierrat, a affirmé que son client était "satisfait de voir reconnus comme diffamatoires l'ensemble des propos cités dans les articles attaqués".

- "Bonne foi" -

Le tribunal a en effet jugé les propos poursuivis "diffamatoires", en ce qu'ils décrivent des faits précis - comme des agressions sexuelles - qui "portent atteinte à l'honneur et à la considération", dans la mesure où ils n'ont pas pu faire l'objet d'un débat contradictoire. Il a relaxé les prévenus au nom de la "bonne foi".

En pratique, la quasi-totalité des relaxes prononcées par la 17e chambre le sont au motif de la "bonne foi" et non de l'"exception de vérité", qui supposerait d'avoir pu construire une vérité judiciaire après un débat contradictoire.

Le président de la 17e chambre, Thomas Rondeau, a relevé que ce débat n'avait jamais pu avoir lieu, à la fois parce que Denis Baupin a toujours refusé de répondre aux journalistes et parce que les faits reprochés à l'ancien député sont, dans leur immense majorité, prescrits.

Le jugement affirme en revanche la légitimité à enquêter sur un sujet décrivant "l'état des rapports entre les hommes et les femmes, dans la sphère politique et plus généralement dans la société".

Au fil des débats, en février, le procès de la presse s'était mué en charge contre l'ancien vice-président de l'Assemblée nationale. Huit femmes - prévenues ou témoins - ont raconté des "SMS salaces", des "gestes déplacés" et des "agressions" : "les deux mains sur les seins", le "pied coincé dans la porte", "une caresse très douce ressentie comme une grande violence".

Le parti écologiste EELV, que le procès avait conduit à une douloureuse introspection, a salué le courage des "lanceuses d'alerte" et dit sa confiance en une justice protectrice des victimes, après ce premier procès de l'ère post #MeToo.

Et pourtant, cette affaire avait vocation à ne jamais arriver au tribunal.

Le 9 mai 2016, Mediapart et France Inter publient les premiers articles faisant état d'accusations d'agressions sexuelles ou de harcèlement, par huit femmes, dont quatre élues écologistes : Isabelle Attard, Annie Lahmer, Elen Debost et Sandrine Rousseau. Le lendemain, la justice se saisit.

Denis Baupin nie et porte plainte en diffamation le 11 mai. En mars 2017, le parquet de Paris classe son enquête sans suite, considérant que si certains des faits dénoncés étaient "susceptibles d'être qualifiés pénalement", ils sont "cependant prescrits".

Au procès, l'avocat de l'ancien élu écologiste avait plaidé une "drague lourdingue" et tout tenté pour décrédibiliser les témoignages. "Parole contre parole, on ne peut pas trancher", avait-il lancé.

Une lecture du dossier qui avait suscité un rappel sévère de la procureure : "On ne fait pas le procès de M. Baupin. On ne peut pas non plus tordre l'enquête pour dire qu'il est innocent", avait-elle dit, avant de plaider la relaxe.

Finalement, "lors du procès intenté par Denis Baupin, c'est toute sa stratégie d'agresseur qui a été exposée", a réagi l'association Osez le féminisme!

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