Début du procès de Nordahl Lelandais lundi pour le meurtre d'Arthur Noyer

Début du procès de Nordahl Lelandais lundi pour le meurtre d'Arthur Noyer
L'avocat Bernard Boulloud avec les parents d'Arthur Noyer, Didier et Cécile, ainsi que son frère, Quentin.

publié le dimanche 02 mai 2021 à 17h40

Le procès de Nordahl Lelandais débute ce lundi 3 mai devant les assises de Savoie. L'ancien maître chien comparaît pour le meurtre du militaire Arthur Noyer, en 2017.

Ce lundi 3 mai, Nordahl Lelandais comparaît pour la première fois devant les assises de Savoie pour le meurtre du jeune militaire Arthur Noyer en 2017.

Le procès est très attendu, il faut dire que l'énigmatique suspect déchaîne l'attention médiatique depuis l'affaire Maëlys.


Depuis plus de trois ans et demi, l'ancien maître chien savoyard et sa personnalité trouble sont associés à la disparition de cette fillette de 8 ans à l'été 2017, qui avait largement ému au delà des Alpes.

Mais si l'ombre de Maëlys planera sur ce premier procès, c'est bien la mort du caporal Noyer, lors d'une nuit de pleine lune en avril 2017, qui sera examinée jusqu'autour du 12 mai à Chambéry sous les yeux d'un public restreint et de nombreux journalistes accrédités. Le procès Maëlys, lui, aura probablement lieu en 2022 à Grenoble.

Au micro de BFMTV ce dimanche 2 mai, maître Bernard Boulloud, avocat de la famille d'Arthur Noyer, a évoqué l'état d'esprit de la famille. Celle-ci "appréhende naturellement ce procès, qui sera un procès exceptionnel", a-t-il fait savoir.

"Elle est complètement déterminée et regardera l'assassin d'Arthur en face, elle ne baissera jamais les yeux. Ils sont là pour obtenir la vérité - ils sont persuadés qu'ils ne l'obtiendront pas de Nordahl Lelandais, mais il l'obtiendront de la Cour d'Assises", a continué l'avocat.

Soupçons de meurtres en série

Face aux attentes, aux fantasmes et aux questions lancinantes, les magistrats de Chambéry le répètent : Nordahl Lelandais, 38 ans, doit pouvoir bénéficier d'un procès digne, loin des soupçons de meurtres en série dont il fait régulièrement l'objet.

Cette théorie, soulevée par le procureur lors de sa mise en examen en décembre 2017 dans l'affaire Noyer, a été reprise par la gendarmerie, qui lance en 2018 la cellule Ariane. Celle-ci épluchera quelque 900 dossiers de disparus, ensuite réduits à une quarantaine, pour tenter de découvrir de possibles liens avec l'ancien maitre-chien militaire. Mais sans succès pour l'heure.

Elle est dissoute en octobre 2020, quand une "division cold case" voit le jour. En l'état actuel des investigations, "aucun lien n'est établi entre Nordahl Lelandais et d'autres disparitions", a confirmé à l'AFP avant le procès une source judiciaire haut placée.

Un homicide volontaire ?

Au terme des débats, le jury devra répondre à plusieurs questions, dont une principale : celle de la qualification pénale des circonstances de la mort d'Arthur Noyer.

Nordahl Lelandais a-t-il donné des coups violents sans avoir voulu tuer, comme il l'a reconnu ? L'a-t-il battu à mort en connaissance de cause ? Ce qui caractériserait un homicide volontaire, chef pour lequel il est jugé, passible de 30 ans de réclusion criminelle.

La préméditation, qui ferait de Nordahl Lelandais un assassin - mot toujours utilisé par la famille Noyer - avait été retenue lors de sa mise en examen. Mais elle a ensuite été exclue par les juges d'instruction, qui n'ont vu aucune pièce du dossier qui pourrait accréditer cette qualification.

La seconde question est celle d'un éventuel mobile.

Impulsif et intolérant à la frustration

Le soir du mardi 11 avril 2017, le caporal Arthur Noyer, 23 ans, participe à une fête arrosée au Carré Curial, épicentre des nuits chambériennes, avec des camarades du 13e Bataillon de chasseurs alpins.

Dans le même temps, Nordahl Lelandais circule à proximité avec son Audi grise, celle qui permettra aux enquêteurs de faire le lien avec l'affaire Maëlys. Pour les juges d'instruction, Nordahl Lelandais était ce soir-là en recherche de relation sexuelle, une partenaire occasionnelle l'ayant préalablement éconduit.

Se qualifiant lui-même d'impulsif et intolérant à la frustration, l'accusé raconte qu'il aurait pris en stop le caporal, alors ivre. Au moment de le déposer sur un parking dans l'agglomération de Chambéry, une bagarre aurait éclaté avec le militaire, qui aurait, selon l'accusé, porté au moins le premier coup.

Le motif de la bagarre a-t-il trait à une sollicitation sexuelle ? Le témoignage changeant d'un codétenu va dans ce sens, vivement contesté par la défense et démenti par Nordahl Lelandais.

Quatre ans après les faits, les parents d'Arthur Noyer se disent "prêts" à cette "épreuve supplémentaire". "On attend que justice soit faite", ont-il déclaré vendredi dernier devant la presse.

L'avocat de la défense, Alain Jakubowicz, qui a choisi de s'astreindre à un silence médiatique, appelait dans un livre de 2019 à cette même "sérénité" : "les murs du palais de justice nous protégerons du tumulte extérieur", avançait-il alors.

Poursuivi dans quatre autres affaire

Nordahl Lelandais est également poursuivi dans quatre autres affaires.

- Meurtre de Maëlys : Maëlys De Araujo, huit ans, disparaît le 27 août 2017 vers 3h00 du matin, lors d'un mariage dans la salle des fêtes de Pont-de-Beauvoisin (Isère).

Rapidement suspecté, Nordahl Lelandais, 34 ans, un ancien maître-chien de l'armée de terre devenu intérimaire, est mis en examen pour "enlèvement" le 3 septembre.

Le 14 février 2018, après la découverte d'une tache de sang dans sa voiture, il admet avoir tué Maëlys, "involontairement" selon lui, et conduit les enquêteurs jusqu'à son corps au niveau du Mont Grèle, à Attignat-Oncin (Savoie), commune proche de Domessin (Savoie), où résident ses parents.

Le 18 mars 2021, le parquet de Grenoble requiert son renvoi devant les assises de l'Isère pour meurtre précédé d'enlèvement et séquestration.


- Agressions sexuelles sur trois petites cousines : L'analyse des téléphones de Nordahl Lelandais fait naître en juin 2018 un soupçon d'agression sexuelle sur une petite cousine de six ans, commise une semaine avant la mort de Maëlys. Il est mis en examen début juillet par les juges grenoblois.

Le 7 décembre 2018, Lelandais est aussi mis en examen pour une autre agression sexuelle sur sa petite cousine et filleule, âgée de cinq ans au moment des faits, commise lorsque celle-ci dormait au cours de l'été 2017.

Le suspect reconnaît en décembre 2018 ces deux agressions sexuelles. En mars 2021, le parquet de Grenoble requiert le renvoi en procès de Lelandais pour ces faits et la détention d'images pédopornographiques.

Le 27 février 2020, Nordahl Lelandais est mis en examen par une juge de Charleville-Mézières (Ardennes) pour agression sexuelle sur une troisième petite cousine. Les faits remonteraient à mars 2017 alors qu'elle avait 14 ans. Dans une vidéo diffusée le 1er juillet 2019 par BFM-TV, l'adolescente avait raconté avoir subi, le jour de l'enterrement de son père, des attouchements de la part de Lelandais.

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