De Paris à Bordeaux, des manifestants à l'unisson contre le racisme

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Elia Sartor pose avec un masque à Bordeaux, le 9 juin 2020
Elia Sartor pose avec un masque à Bordeaux, le 9 juin 2020
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© AFP, NICOLAS TUCAT

, publié le mercredi 10 juin 2020 à 16h20

Primo-manifestants ou habitués des cortèges, victimes ou non de racisme, des manifestants rencontrés lors des rassemblements contre le racisme à Paris et à Bordeaux racontent à l'AFP leur envie de lutter "contre la discrimination encore trop présente" dans la police.

. Junior Joseph, "là ça bouge vraiment"

Junior, 45 ans, participe pour la première fois à une manifestation. Après avoir été encouragé par un ami, cet Anglais d'origine a décidé de venir "montrer son soutien" à tous "ces gens qui se font frapper par des policiers". 

"Je n'ai jamais voulu manifester dans ma vie. Je voulais voir quelque chose de marquant avant de venir. Et là, ça bouge vraiment", estime ce coach sportif à Paris.

Selon lui, être "noir aujourd'hui en France" signifie "ne pas avoir les mêmes possibilités que les autres". D'ailleurs, il assure s'être souvent senti discriminé à cause de sa couleur de peau. 

"Quand j'ai passé mon diplôme de coach sportif, j'ai été recalé sans raison valable. Le seul examen que je n'ai pas validé était le dossier de présentation à l'oral", se rappelle Junior, disant être "tombé sur deux personnes qui n'étaient pas forcément favorables à ce qu'un noir puisse obtenir ce diplôme". 

C'est seulement l'année suivante qu'il a été reçu: "J'ai dû repasser le diplôme, une vraie perte de temps. On pourrait penser que c'est anodin, mais ça ne l'est pas".

. Antoine Corlay, "j'ai l'insouciance pour moi"

Habitué des manifestations depuis deux ans, pour celles pour le climat ou celle contre l'islamophobie, Antoine, 28 ans, est venu seul au rassemblement pour s'insurger "contre le racisme prégnant dans la police" selon lui.

"Je veux manifester ma solidarité et dénoncer ces actes ignobles même si je ne me sens pas personnellement menacé quand je vois un policier dans la rue", lance ce jeune Parisien, sans emploi. 

"Moi, j'ai l'insouciance pour moi donc je suis là pour ceux qui ne l'ont pas", précise-t-il, rappelant qu'en France, "une personne noire ou arabe à 20 fois plus de probabilité de se faire contrôler par les forces de l'ordre".

"En 28 ans, on m'a demandé mes papiers une seule fois bizarrement... La discrimination est encore trop présente dans mon pays", regrette-il.

. Yasmina Sandou, "je suis particulièrement vulnérable"

Mobilisée pour la première fois pour une cause, Yasmina, 22 ans, étudiante en langues étrangères, arpente les manifestations contre le racisme depuis le rassemblement du 2 juin, organisé par le Comité Adama devant le tribunal de Paris.

"Je suis ici car dans la rue, je me sens menacée dès que je croise un policier", explique la jeune fille, qui habite dans le 20e arrondissement. "Je sais ce qu'il se passe en tant que femme noire, je suis particulièrement vulnérable, toujours ramenée à ma couleur", dit-elle tout en tenant une pancarte "Les hommes blancs naissent libres et égaux". A ses côtés, sa petite sœur de 17 ans l'accompagne, une première pour elle aussi. 

L'étudiante, qui vit à Paris mais a grandi à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), manifeste "pour faire enfin entendre (m)a voix car n'est jamais entendue", "pour une fois, on parle de nous, il faut en profiter", estime-t-elle. 

. Elia Sartor, "les blancs qui dealent ne se font pas arrêter"

Membre de SOS Racisme, Elia, 21 ans, étudiante en droit à Bordeaux a été "choquée" par "plusieurs affaires de violences policières pendant le confinement".

"L'autre jour, près d'ici, j'ai vu un gamin -il a dit après qu'il avait 14 ans- qui se faisait courser par la police. Un véhicule de police lui a fait une queue de poisson. Il a levé les mains en l'air. Mais il a pris un coup de taser et ils étaient cinq sur lui", se souvient la jeune fille.

Selon elle, "c'était pour une histoire de +shit+": "C'est normal qu'ils l'arrêtent mais que ça soit aussi violent, ce n'est pas normal. Ce jeune avait un type nord-africain ou turc. Les blancs qui dealent, ils ne se font pas arrêter", assure-t-elle.

. Dominique Roques, "#Je suis noir" 

"Dans l'histoire, le blanc s'est toujours arrogé le droit de réduire à moins que rien les autres races, les Aborigènes en Australie, les Indiens d'Amérique ou les noirs en Afrique. C'est notre passif et ça me touche", lance Dominique Roques, 49 ans, enseignant dans l'agglomération bordelaise. Au bout des bras, cet homme blanc porte une petite pancarte "#Je suis noir".

Militant anti-capitaliste, il affirme que "le capitalisme est blanc et la police est son bras armé". Mais, selon lui, "ce n'est pas juste un problème de racisme, c'est aussi une question de classe" car "quand il y a eu les manifestations des +gilets jaunes+ en France, il y a eu des violences (de la part de la police) comme contre les noirs aux Etats-Unis".

Fan de blues, musique née dans le Sud des Etats-Unis dans la communauté afro-américaine, "C'est la musique de gens qui étaient moins bien traités que des animaux et qui ont transformé leur sort désespéré en une source d'énergie créatrice énorme".

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