Kigali et Paris prêts à ouvrir un "nouveau chapitre" après un rapport rwandais sur le génocide

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Le président français François Mitterrand (C) et le président rwandais Juvénal Habyarimana (D), le 7 octobre 1982 à Kigali
Le président français François Mitterrand (C) et le président rwandais Juvénal Habyarimana (D), le 7 octobre 1982 à Kigali
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© AFP

publié le lundi 19 avril 2021 à 20h46

Paris et Kigali ont de concert envisagé lundi un "nouveau chapitre" de leurs relations compliquées, après la publication d'un rapport commandé par les autorités rwandaises qui conclut à "une lourde responsabilité" française dans le génocide des Tutsi en 1994, sans toutefois accuser la France de complicité.

Cette enquête de près de 600 pages, commandée en 2017 par le Rwanda au cabinet d'avocats américain Levy Firestone Muse, qualifie la France de "collaborateur indispensable" du régime hutu qui a orchestré le massacre en trois mois de plus de 800.000 personnes, essentiellement au sein de la minorité tutsi, selon les chiffres de l'ONU.

Le rapport rejette aussi l'idée que Paris était "aveugle" face au génocide "prévisible" qui se préparait, comme l'a récemment estimé une commission d'historiens français dirigée par Vincent Duclert, laquelle a toutefois dénoncé des responsabilités "lourdes et accablantes" de la France dans la tragédie.

Selon les auteurs du rapport, qui ont étudié plusieurs millions de pages de documents et interviewé plus de 250 témoins, la France alors présidée par François Mitterrand savait qu'un génocide se préparait mais a continué à apporter "un soutien indéfectible" au régime hutu du président Juvénal Habyarimana, même lorsque ses intentions génocidaires "étaient devenues patentes".

Le génocide a débuté le 7 avril 1994, au lendemain de l'attentat contre l'avion du président Habyarimana, abattu au dessus de Kigali. En quelques heures, des milices hutu ont commencé à tuer des Tutsi et des Hutu modérés, à grande échelle et avec une brutalité extrêmes. 

Le rôle de la France dans le génocide au Rwanda reste un sujet explosif depuis plus de 25 ans et empoisonne les relations entre Paris et Kigali, où Paul Kagame, ancien chef de la rébellion majoritairement tutsi du Front patriotique rwandais (FPR), est au pouvoir depuis que celle-ci a mis fin au génocide en renversant le régime hutu.

Or si l'enquête publiée lundi conclut que "l'Etat français porte une lourde responsabilité pour avoir rendu possible un génocide prévisible", elle n'a pu établir de preuves de complicité française dans les tueries qui se sont déroulées entre avril et juillet 1994.

- Perspective de "réconciliation" -

"Je pense que la France n'a pas participé à la planification du génocide et que les Français n'ont pas participé aux tueries et aux exactions", a réagi le ministre rwandais des Affaires étrangères, Vincent Biruta, dans un entretien au quotidien français Le Monde, en assurant que "le gouvernement rwandais ne portera pas cette question devant une cour".


Kigali a dans le passé à plusieurs reprises accusé la France de complicité dans le génocide des Tutsi. En 2014, le président Kagame avait dénonce le "rôle direct" de la France "dans la préparation politique du génocide" et sa "participation (...) à son exécution même".

Pour le chef de la diplomatie rwandaise, la publication de ce rapport va "contribuer à la réconciliation entre la France et le Rwanda".

Tout en relevant la "qualité exceptionnelle" du rappport Muse, le gouvernement rwandais a aussi salué dans un communiqué "les initiatives positives entreprises par le gouvernement français sous la direction du président Emmanuel Macron" et "la perspective d'un nouveau chapitre dans les relations" entre les deux pays.

La présidence française a de son côté salué "la volonté exprimée par autorités rwandaises d'écrire une histoire partagée et de se projeter dans un avenir commun" et annoncé la venue à Paris le 18 mai du président Kagamé dans le cadre d'un sommet sur le financement des économies africaines. Emmanuel Macron a quant à lui l'intention de "se rendre au Rwanda cette année".

Les rapports Duclert et Muse "donnent lieu à des conclusions qui ne sont pas les mêmes mais ont le point commun de bouger les lignes et d'ouvrir un espace politique nouveau", s'est félicitée la présidence française, en notant que "le rapport Duclert écarte la notion de complicité de génocide et les autorités rwandaises ne la retiennent pas non plus".

Alors que le rapport Muse accuse la France d'avoir mené ces 25 dernières années "une opération de camouflage afin d'enterrer son passé au Rwanda", Paris a annoncé le 7 avril dernier l'ouverture au grand public d'importantes archives, notamment celles de M. Mitterrand, 27 ans jour pour jour après le début du génocide. 

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