Dans les Alpes, la Manufacture de vinyles veut se tailler une part de la galette

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 Emmanuelle Margueron, Philippe Margueron et Lionel Daviet dans la "Manufacture de vinyles", à Lathuile (est), le 5 décembre 2017

Emmanuelle Margueron, Philippe Margueron et Lionel Daviet dans la "Manufacture de vinyles", à Lathuile (est), le 5 décembre 2017

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© AFP, JEAN-PIERRE CLATOT

AFP, publié le jeudi 21 décembre 2017 à 09h00

Ils ont installé leur atelier de pressage sur 300 m2 au sud du Lac d'Annecy, dans les Alpes françaises. C'est là que trois passionnés de 33 et 45 tours, ces "galettes" noires de la musique à microsillons, viennent de lancer leur "Manufacture de vinyles", misant sur le marché en pleine renaissance de cette industrie d'antan.

Entre les mâchoires de la presse, les gabarits gravés attendent qu'on leur donne à manger. Des grains de PVC sans plomb sont chauffés puis refroidis pour former une pâte homogène, positionnée ensuite au centre de la presse. Quand la mâchoire se referme, les 150 tonnes de pression exercée sur ses deux matrices donnent naissance au vinyle, qui mettra 12 heures à sécher.

Opérationnelle depuis octobre après plusieurs mois d'essais, la "Manufacture de vinyles" de Lathuile, spécialisée dans la conception de 33 tours de 140 grammes et de "Maxi 45", vise à se démarquer avec une production semi-artisanale de petites séries, limitées à 2.000 exemplaires au maximum.

L'idée est née il y a deux ans dans l'esprit de Philippe Margueron, Lionel Daviet et Emmanuelle Margueron, trois quadragénaires qui écument régulièrement les vide-greniers à la recherche de la perle rare produite par telle star ou tel groupe.

Dans les bacs des particuliers et des disquaires, ils font le constat que les œuvres musicales indépendantes, d'envergure nationale ou locales, peinent à exister sur le marché du vinyle.

"Les petits labels qui toquent à la porte du principal fabricant français (l'industriel MPO, ndlr) font face à des délais faramineux car ses presses sont monopolisées par les majors et les rééditions", fait remarquer Philippe Margueron.

Le trio commence à se documenter, contacte l'industrie musicale pour affiner son étude de marché et s'entoure de spécialistes du secteur en France et en Europe pour identifier les "erreurs techniques et d'infrastructure à ne pas commettre". Il se rapproche également, aux États-Unis, de "Third Man Records", le label du guitariste américain Jack White, ex-leader des White Stripes, qui a fait installer une usine de pressage à Détroit.

L'équipe se rend également en Italie ou en Allemagne pour s'initier aux techniques de conception d'un vinyle dans des ateliers en activité.

- Commandes de France, Belgique et Suisse -

Pour financer l'achat d'une presse semi-automatique - environ 250.000 euros - autorisant davantage de précision dans les finitions grâce à l'intervention humaine, les trois associés proposent notamment aux groupes et aux labels intéressés par l'initiative la prévente de packs. L'opération est un succès: ils espéraient récolter ainsi 25.000 euros, ils en obtiennent plus de 38.000.

Dans l'atelier, les dernières séries sont stockées sur des étagères en attendant d'être livrées. Avant chaque manipulation, l'équipe fait la chasse aux poussières, le processus ne nécessitant toutefois pas un univers totalement aseptisé.

Pour l'heure, l'essentiel des commandes de la "Manufacture" - où le coût de production de chaque vinyle, pochette comprise, oscille entre 3 et 8 euros - provient de France et de Belgique, mais aussi de Suisse, où il n'existe aucune usine de pressage.

Face à une demande croissante, le trio envisage l'achat d'une seconde presse et l'embauche de salariés en 2018.

La production semi-artisanale de petites séries de vinyles est "un gage de qualité" face au "tout automatisé", estiment les trois associés qui assument seuls l'entière activité quotidienne de leur Manufacture.

- Eco-responsable -

"Notre marché, ce sont les groupes et les labels indépendants" qui sont plus de 3.000 rien qu'en France. "Nous voulons leur donner la possibilité de vendre leur musique car les plateformes légales (en ligne) ne leur rapportent rien", explique Philippe Margueron.

Parmi les artistes du catalogue de la Manufacture de vinyles, figure le collectif d'électro et de hip-hop français Chinese Man, un groupe originaire d'Aix-en-Provence (sud-est de la France). 

Dans une démarche écologique, le trio de l'atelier s'est associé à un imprimeur "éco-responsable" basé en Italie pour faire réaliser les pochettes des disques et recycle les chutes de PVC servant à les fabriquer.

"Tandis que le CD dégringole, le vinyle prend de la valeur et les platines se vendent. C'est la nouvelle génération, celle qui n'a connu que le téléchargement, qui se met à en acheter", souligne Philippe Margueron.

"Les indicateurs sont positifs et le marché n'est pas parti pour s'arrêter."

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5 commentaires - Dans les Alpes, la Manufacture de vinyles veut se tailler une part de la galette
  • Deja les cassettes VHS sont inutilisables, bientot ce sera pareil pour les CD et DVD... et moi mes premiers vinyles datent de 1963 et sont toujours au top.... il suffit de bien les entretenir.......

  • Très heureux d'avoir acheté pour 5 euro chaque, 2 platines de très grandes marques tête magnétique un gros ampli puissant avec son préampli en étage "Denon " pour 10€ chez Emmaus... j'y écoute mes vieux Blues ( John Mayall ) et Country ( Creedance Clearwater Revival) ect sans oublier the Eric Clapton ect.
    Ah les c..s ils vont rendre banal ce qui me semblait exceptionnel

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    grisounet46  (privé) -

    Et si on remontait encore plus loin : aux 78 tours en cire ?
    A part les DJ qui s'en servent pour produire des sons, ceux qui se ruent sur les vinyles (très chers), sont ceux qui n'ont pas connu leurs inconvénients (fragilité, rayures, poussières, pleurage et scintillement des platines, etc..) et qui n'ont pas ressenti le progrès immense qu'a représenté le CD dans les années 80 .

    Ben pour avoir acheter plein de CD dans les années 80 maintenant ils sont rayé et ne passent plus du tout ou sautent la plage endommagée, alors que mes vinyles eux même rayés sont encore audible......et que dire de la qualité d'audition entre un son numérique froid et un son analogique qui fait ressentir toute les nuances.......bref le CD comme la K7 disparue aujourd'hui n'a pas été pour moi un "progrès immense" mais au contraire un abaissement de la qualité d'audition, comme le MP3 ou la MP4 aujourd'hui qui fait baisser encore la qualité du rendu......

  • Bravo Messieurs, et Madame, je vous souhaite un bel avenir et beaucoup de succès.
    Heureusement j'avais gardé tous mes vinyles, et mon tourne disque .

  • Les retours au passé sont délicieux, mais ne durent, généralement, pas longtemps. C'est la mode d'un moment. Elle s'appuie sur la nostalgie des époques où l'on était plus jeune.
    Il faudra aussi essayer, un de ces jours, de revenir au fiacre à la place du taxi, et au tilbury à la place du gros 4x4.

    Et si c'etait l'avenir ... on verra ou en seront vos CD et clés USB dans 50 ans ....

    Je suis, hélas, trop âgé pour prendre le pari, voyez-vous. Mais je l'aurais bien pris. Car j'ai des CD que j'ai gravés, moi-même, il y a environ 20 ans et qui n'ont pas bougé, qui restituent l'enregistrement sans le moindre défaut.
    J'ai eu, puisque c'était l'époque de ma jeunesse, beaucoup de disques vinyles en 45 et 78 tours. Et, en peu de temps, à force de manipulations, ils étaient rayés et l'on entendait l'agaçant "tac...tac...tac..." à travers les chansons de Johnny Halliday ou de Little Richard.
    Et je ne parle pas des platines plus ou moins bruyantes, de l'usure et du changement du "saphir", avant qu'il n'abîme trop les sillons du disque...

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