Dans la ville très pauvre de Grigny, le "tsunami social" du Covid

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Vue de la ville de Grigny (Essonne) le 2 sepembre 2016
Vue de la ville de Grigny (Essonne) le 2 sepembre 2016
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© AFP, PATRICK KOVARIK

, publié le jeudi 18 février 2021 à 16h25

A Grigny, Zineb, Danielle et même le septuagénaire Benjamina ne demandent qu'une chose: travailler. Retrouver une activité après le "tremblement de terre" du Covid-19 qui a ébranlé leurs vies déjà fragiles dans la ville la plus pauvre de France métropolitaine.

A 77 ans, Benjamina Rajoharison habite à Grigny 2, quartier emblématique de la petite ville de banlieue parisienne. Avec ses 5.000 logements, c'est l'une des plus grandes copropriétés d'Europe mais aussi l'une des plus dégradées de France.

Ici, des portes d'entrée fracassées, là des amas de déchets... Le studio de Benjamina, au contraire, est soigné.

Il donne comme l'impression d'un îlot, perché au 10e étage d'une tour, avec des peintures de fleurs décorant son intérieur. Mais un îlot devenu lourd à assumer financièrement, avec la crise du Covid-19.

Depuis le premier confinement, Benjamina regrette de n'avoir "pas pu chercher un travail". Aujourd'hui, sa femme et lui vivotent grâce au RSA (revenu de solidarité active) : avec un loyer à 580 euros, il ne leur reste que "300 euros pour joindre les deux bouts" chaque mois. "C'est rien du tout", dit Benjamina à l'AFP d'une voix calme.

Alors le Grignois espère vite sortir "du statu quo" des restrictions sanitaires pour trouver des "petits travaux manuels" et "améliorer le quotidien" de son foyer.

La crise a été "un accélérateur de pauvreté", notamment dans cette immense copropriété devenue une "bombe à retardement", selon le maire PCF Philippe Rio.

"Nous constatons entre mars et décembre 2020 que les impayés de charges, d'eau et de chauffage, ont quasiment doublé", a-t-il expliqué à l'AFP, alertant: "Si on n'arrive pas à payer l'eau et le chauffage, on ne paie plus l'entretien et on ne paie plus les travaux d'urgence".

- "J'oublie les problèmes" -

A quelques rues de Grigny 2, une quarantaine de personnes patientent devant l'antenne des Restos du coeur où le nombre d'inscrits augmente depuis le "tsunami social" du premier confinement, selon l'expression du maire (+11% sur un an l'été dernier, +14% cet hiver).

Parmi les nouveaux bénéficiaires, Danielle, 21 ans, est venue chercher des couches et du lait pour sa fille.

"Avant le coronavirus, je travaillais un peu, mon compagnon aussi, mais depuis la première vague du corona, le travail on n'y arrive plus", dit cette Ivoirienne sans papiers qui faisait des ménages non déclarés mais n'a plus été rappelée.

Même constat pour Naïma, salariée. Mère de famille franco-marocaine de 37 ans, inscrite depuis quelques années aux Restos, elle a vu ses conditions de vie se dégrader depuis la perte de ses contrats d'intérimaire.

"Avec le Covid, tout s'est arrêté. Ca a eu un impact sur ma vie personnelle, je me suis déprimée", raconte-t-elle. Avant d'ajouter, dans un souci d'optimisme: "Heureusement qu'on a le RSA !".

Zineb, Marocaine sans papiers au tempérament de battante, s'alarme davantage: avec la fin de la campagne d'hiver des Restos en mars, "c'est là que ça va être très difficile", juge la trentenaire.

Car, aux Restos, Zineb fait le plein de provisions mais aussi de chaleur humaine, en pleines restrictions sanitaires. "Quand je pose mon pied aux Restos du coeur, j'oublie les problèmes. Ici, je suis une femme forte, je vis la belle vie !"

- "Crise durable" -

La "belle vie" comparée à la chambre d'hôtel, visitée par l'AFP, qu'elle habite avec ses deux enfants: une pièce sombre, peu aérée, d'une douzaine de mètres carrés où s'entassent un frigo, un lit superposé, un bureau, un clic-clac et de la vaisselle dans la douche.

Déjà en 2017, 45% de la population de Grigny vivait sous le seuil de pauvreté. La mairie ne dispose pas de chiffres actualisés. Mais elle alerte sur un bond, depuis mars 2020, de la part de nouveaux inscrits parmi les bénéficiaires du RSA.

"Un an après le tremblement de terre du premier confinement, nous avons la certitude que la crise sera durable", dit le maire, l'aide alimentaire étant encore aujourd'hui "une question de survie" alors que l'un des enjeux majeurs est la reprise "du travail et du travail durable".

M. Rio appartient au collectif d'édiles qui a lancé un "appel au secours" au gouvernement fin 2020. Depuis, le Premier ministre Jean Castex a promis de flécher 1% du plan de relance vers les quartiers prioritaires.

De son côté, Grigny travaille sur des mesures pour lutter contre la pauvreté, espérant par exemple distribuer le petit-déjeuner dans toutes les maternelles dès mars.

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