Cyclisme: René Gaillard, une vie de coursier et encore des records à battre

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Le cycliste français René Gaillard en selle à Vaivre-et-Montoille, en Haute-Saône, le 7 juillet 2021
Le cycliste français René Gaillard en selle à Vaivre-et-Montoille, en Haute-Saône, le 7 juillet 2021
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© AFP, SEBASTIEN BOZON

publié le lundi 12 juillet 2021 à 13h56

Il a 93 ans, des mollets de compétition et un enthousiasme de jeune homme: le Franc-Comtois René Gaillard, ancienne gloire régionale des années 1950 et recordman mondial de l'heure en 2017, catégorie 90-94 ans, est le nouveau doyen du cyclisme mondial.

Il est né le 24 septembre 1927 et depuis quelques semaines, René Gaillard a changé de statut: au classement de l'Union cycliste internationale (UCI), il a repris le flambeau de Robert Marchand le "super centenaire" décédé en mai à 109 ans, détenteur du record de l'heure des plus de 100 et 105 ans.

"Je suis fier de faire encore du vélo à cet âge, j'ai encore la santé de pouvoir faire du vélo sans être ridicule", confie à l'AFP René Gaillard, qui compte plus de 550.000 kilomètres au compteur.

En 2017, à 90 ans, le coureur de Vesoul a parcouru 29,278 km en une heure sur le vélodrome de Saint-Quentin en Yvelines. Jamais un cycliste n'avait accroché son nom chez les plus de 90 ans au tableau de l'UCI.

"Les dix dernières minutes étaient un calvaire, j'avais mal partout", raconte le Franc-comtois. "J'ai fait des milliers de kilomètres sur piste, j'ai couru avec des professionnels, j'ai gagné des courses... J'ai encore cette confiance en moi."

L'an prochain, il pourrait tenter le record de l'heure des 95-99 ans, un jamais relevé.

Contrairement à Robert Marchand, qui avait débuté le vélo à 60 ans, René Gaillard a tutoyé une carrière pro et s'est révélé dès 18 ans, engagé par hasard sur une course de non-licenciés organisée par un marchand de vélo local.

- Passe d'armes avec Coppi -

"Je ne voulais pas participer mais l'organisateur m'a repeint mon vélo et mis un guidon de course. C'était le Pérou pour moi, alors j'ai dit d'accord", se rappelle René Gaillard qui écrase la concurrence mais oublie de franchir la ligne d'arrivée.

"En haut de chaque col, j'attendais les autres, et à 300 mètres de la ligne j'ai encore attendu, mais les gars me sont passés devant au sprint. Je m'en foutais, je ne savais pas ce qu'était une course de vélo."

Finalement, le jeune footballeur range les crampons et enfourche son premier vélo de course offert par son père en 1946, année de sa première licence.

Dans un album intitulé "Mes espoirs, mes joies et mes peines, 1948-1954", il a conservé les articles des journaux locaux relatant ses exploits, et ses "30 victoires, 70 podiums" sur la période.

Une carrière pro ? René Gaillard n'en a pas voulu malgré les sollicitations. "On venait de se marier avec mon épouse, j'ai refusé", relate-t-il, "sans regrets".

En 1951, classé "Indépendant première catégorie", ce sprinteur aime raconter qu'il a ferraillé avec des légendes comme Louison Bobet et Fausto Coppi, inscrits au Grand Prix du commerce et de l'industrie de Besançon.

"J'étais devant avec eux. A un moment, Coppi se tourne vers moi et me dit avec son accent: +C'est dur le vélo+. Qu'un monsieur comme lui te regarde et te dise ça, à un petit indépendant comme moi, ça valait une victoire de course", se souvient-il. Coppi s'impose devant Bobet, René termine 16e.

- 10.000 km par an -

Après ses années de courses (1946-1954), le Franc-Comtois fait carrière à La Poste à Paris avant de revenir dans la région en 1990, sans jamais avoir arrêté de pédaler.

Paris-Vesoul en 1988, traversée des Etats-Unis de Chicago à Los Angeles à 72 ans, pédalant dans "la Vallée de la Mort sous 52 degrés à l'avant du groupe", le vieux gaillard, gêné toute sa vie par une scoliose mal soignée dans l'enfance, est plus à l'aise à vélo qu'à pieds.

Chaque année, le coursier de 1,60 m parcourt encore 10.000 km avec "les Cyclotouristes vésuliens", mais a tout de même consenti, pour suivre le rythme, à s'acheter un vélo électrique cet hiver qui compte déjà 3.500 km au compteur.

Sa recette pour durer: "Vivre normalement, un peu d'assouplissements chaque jour, du home trainer si je n'ai pas la flemme, pas d'alcool, ou très peu, et pas d'alimentation particulière".

Passionné du Tour de France, qu'il suit tous les jours, il se dit "admiratif" notamment de Julian Alaphilippe, "l'un des meilleurs", mais avoue avoir un peu "perdu de vue les coureurs actuels".

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