Cyber-infiltration, DGSI et AK-47 cachés en forêt : l'opération "Ulysse" envoie trois jihadistes en prison

Cyber-infiltration, DGSI et AK-47 cachés en forêt : l'opération "Ulysse" envoie trois jihadistes en prison
(illustration)

publié le mercredi 17 février 2021 à 18h54

Les suspects ont été piégés grâce à une vaste opération du renseignement français, fondée sur l'action de "cyber-patrouilleurs".

Deux Français et un Marocain, accusés de projeter une "tuerie de masse" à Paris, ont été lourdement condamnés mercredi 17 février à des peines de 22 à 30 ans de prison. La cour d'assises spéciale de Paris, présidée par David Hill et composée de magistrats professionnels, a dépassé les réquisitions du Parquet national antiterroriste, qui avait demandé entre 20 et 30 ans d'emprisonnement.

Les trois suspects étaient jugés pour "association de malfaiteurs terroristes en vue de la préparation d'actes terroristes".

Le Strasbourgeois Hicham Makran a été condamné à 22 ans de réclusion, son ami d'enfance Yassine Bousseria à 24 et le Marocain Hicham El-Hanafi à la peine maximale de 30 ans. Au regard de leur "dangerosité", la cour d'assises a assorti leur peine d'une période de sûreté des deux tiers. 

De nationalité marocaine et sans attaches en France, Hicham El-Hanafi aura l'interdiction définitive de demeurer sur le territoire français à l'issue de sa peine. Les trois condamnés seront par ailleurs inscrits au fichier des auteurs d'infractions terroristes (Fijait).Plusieurs avocats n'ont pas caché leur déception en accueillant les sentences. "Même le Pnat est dépassé", a ironisé l'un d'eux, en notant que la cour avait délibéré à peine plus de trois heures avant de prononcer son verdict. Les trois condamnés ont semblé sonnés par la sévérité des peines.  Ils ont dix jours pour faire appel.

Les cyber-patrouilleurs de la DGSI piègent les émirs de Daesh

Les Strasbourgeois Hicham Makran et Yassine Bousseria, tous deux âgés de 41 ans et le Marocain Hicham El-Hanafi, 30 ans, avaient été interpellés à quelques heures d'intervalle, les deux premiers à Strasbourg et le troisième à Marseille. Leurs arrestations entraient dans le cadre d'un audacieuse opération de cyber-infiltration de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), baptisée "Ulysse". Alertée en mars 2016 par un informateur proche du groupe Etat islamique (EI), la DGSI apprend que l'organisation  cherche à se procurer des kalachnikovs, pour commettre un attentat sur le sol français. 

Un "cyber-patrouilleur" de la DGSI parvient à tromper la méfiance des "émirs" de l'EI et entre en contact avec des donneurs d'ordres en zone irako-syrienne.   Ce "cyber-patrouilleur" (en fait deux agents de la DGSI) fait croire à l'EI qu'il est en mesure de lui fournir des armes automatiques. Quatre AK-47, préalablement démilitarisés, sont cachés en forêt de Montmorency (Val d'Oise) et les coordonnées GPS de la cache transmises aux donneurs d'ordres en Syrie.

En transmettant ces coordonnées à des "opérationnels" en France, l'EI les jetait en fait dans le piège dressé par la DGSI. MM. Makran, Bousseria et El-Hanafi ont été retrouvés avec ces coordonnées GPS.

Qualifiée par le représentant du Pnat, Benjamin Chambre, d'"opération judiciaire la plus ambitieuse de la France en matière d'antiterrorisme", "Ulysse" n'a pas dévoilé tous ses secrets au cours des plus de deux semaines de procès. "C'était le plus beau dossier de l'antiterrorisme, l'infiltration miraculeuse", avait ironisé mardi, l'avocat Thomas Klotz, un des conseils d'Hicham Makran. Pointant le doigt vers les deux accusés strasbourgeois, il avait poursuivi  : "ce n'est pas le premier choix, mais ce succès des services, on ne le volera pas".

Dans la même veine, Joseph Hazan, l'un des avocats de Yassine Bousseria, avait dit: "(Hicham) Makran ou (Yassine) Bousseria, ce n'est pas (Mohammed) Merah", le jihadiste qui avait perpétré les tueries de mars 2012 à Toulouse et Montauban. Dans ce dossier "il n'y a que des hypothèses (...) Il faut arrêter de contorsionner la vérité". La cour n'a pas retenu les arguments de la défense.

"Victime de ses erreurs"

Dans ses motivations, elle a conclu : "Les faits retenus à l'encontre de Hicham El-Hanafi sont d'une extrême gravité s'agissant notamment de préparatifs d'un attentat terroriste de masse". Pour Yassine Bousseria, "les faits retenus sont très graves", a ajouté la cour. "Même s'il a reconnu à l'audience 'être victime de ses erreurs' (...) il ne semble pas par son positionnement sur les faits les plus graves et sa minimisation de la plupart des autres faits, avoir engagé un réel travail d'introspection". La cour a également jugé que les faits retenus contre Hicham Makran étaient "très graves". Soulignant sa "vulnérabilité" et son "caractère influençable", elle a estimé que "son engagement jihadiste ancien et sa détermination entière ressortent du dossier".

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