Crues dans le Var: "J'ai vu un bateau traverser la rue"

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Le fleuve de l'Argens à Fréjus après les violents orages le 11 octobre
Le fleuve de l'Argens à Fréjus après les violents orages le 11 octobre
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© AFP, Valery HACHE

AFP, publié le jeudi 11 octobre 2018 à 14h53

"À minuit, j'ai vu un bateau traverser la rue", raconte Gérard en déblayant la boue accumulée devant le portail de sa maison à Roquebrune-sur-Agens (Var), une commune de la Côte d'azur varoise, frappée par de violents orages et des inondations à l'origine de la mort de deux personnes.

Sur la plage voisine des Issambres, côté Sainte-Maxime, un homme et une femme ont été retrouvés noyés dans leur voiture emportée à la mer.

"J'ai eu beaucoup de chance, l'eau n'est pas arrivée chez moi grâce à mon portail, mais à minuit je suis sorti et j'avais de l'eau jusqu'à la taille", poursuit Gérard, un retraité en bottes et pelle à la main, devant son pavillon du quartier des Issambres.

Dans la nuit, la crue de la rivière, la Garonnette, qui traverse le quartier, a emporté cinq voitures vers la Méditerranée. "Des voisins m'ont dit qu'ils avaient vu des voitures emportées vers la mer, mais qu'ils n'avaient rien pu faire", rapporte à l'AFP le retraité qui dit avoir eu "très peur".

À quelques mètres, un bateau jaune et bleu sur sa remorque gît sur une place de parking. Emportée par la rivière devenue torrent, l'embarcation a heurté les façades des maisons situées sur son itinéraire, a constaté Gérard.

"Mon fils a failli se noyer en venant m'aider, les pompiers l'ont récupéré dans la rivière 10 mètres plus bas, alors qu'il avait été emporté par la rivière en sortant de sa voiture", raconte Josette Pierson, 76 ans, dont le rez-de-chaussée de la maison est inondé.

"Je pense que mon frigo et tout mon électroménager est foutu", soupire-t-elle. Avec une vingtaine d'amis et de membres de sa famille, la septuagénaire déblaye la boue qui a également saccagé son jardin.

- Amas de bambous - 

Les habitants, aidés par les pompiers, s'activent à pomper l'eau qui s'est engouffrée dans les caves, tandis que les employés communaux ramassent, à l'aide de camions et de tractopelles, des amas de bambous.

Ces bambous, visibles partout dans le quartier, ont recouvert des rues, se sont accrochés aux arbres ou se sont amoncelés dans les jardins. Plusieurs riverains, en colère, dont Josette Pierson, dénoncent "la mairie qui a débroussaillé il y a peu de temps et a laissé ces bambous en vrac". Emportés par la montée des eaux, "ils ont certainement formé un bouchon qui, en sautant, a provoqué un +lâcher+ d'eau", observe un groupe d'hommes, fatigués et affairés à ôter des canisses de la route.

Des conduites d'eau ont été rompues sur le rivage et plusieurs voitures déplacées par la rivière au débit très rapide. Un amas de végétaux et détritus, tels des grillages de propriétés emportés par les violents orages, jonchent aussi les rues.

En vacances dans une résidence au bord de la rivière, Virginie, 32 ans, constate que "l'eau a déjà bien redescendu depuis ce matin. Mais c'est effrayant comme ça va vite", s'étonne la jeune femme. 

"J'en peux plus, j'en ai vraiment marre, depuis 1993, j'alerte les autorités: à force de construire à tout va, voilà ce qui se passe", s'exaspère Myriam Busie qui, cette nuit, a protégé la porte d'entrée de son appartement au rez-de-chaussée par une planche de bois.

Photos à la main, la sexagénaire montre les dégâts provoqués par des précédentes inondations en 1983 puis 1993. "J'ai été indemnisée, quinze ans après 6.000 francs (914 euros, ndlr)", déplore Myriam, désignant des constructions "trop proches de la rivière". 

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