Crise migratoire entre la France et le Royaume-Uni : que prévoit le traité du Touquet, que certains veulent réviser ?

Crise migratoire entre la France et le Royaume-Uni : que prévoit le traité du Touquet, que certains veulent réviser ?
Des gendarmes patrouillent sur une plage près de Calais pour prévenir le départ de migrants vers l'Angleterre.

publié le dimanche 28 novembre 2021 à 07h00

Signé le 4 février 2003 et entré en vigueur le 1er février 2004, ce texte vise à contrer l'immigration clandestine au Royaume-Uni, en renforçant les contrôles au départ de la France, où est désormais fixée la frontière commune entre les deux pays. 

Après la noyade, mercredi 24 novembre, au large de Calais de vingt-sept migrants clandestins qui tentaient de gagner le Royaume-Uni, la tension s'est sensiblement accrue entre les deux pays. Une réunion de crise est prévue ce dimanche 28 novembre mais Paris a annulé la participation britannique en riposte aux propos du Premier ministre Boris Johnson demandant à la France de reprendre les immigrés arrivant sur l'île.

La question migratoire entre les deux pays est notamment régie par le traité du Touquet. Signé le 4 février 2003 par Paris et Londres, lors du 25e sommet franco-britannique, et entré en vigueur le 1er février 2004, ce texte vise à contrer l'immigration clandestine au Royaume-Uni, en renforçant les contrôles au départ de la France, où est désormais fixée la frontière commune entre les deux pays. Il s'agissait à l'époque de tourner la page du centre d'accueil de Sangatte, fermé quelques mois auparavant à la demande de la Grande-Bretagne.



Cet accord bilatéral instaure notamment des contrôles communs dans les ports maritimes des deux pays, devenus des points de passage pour les migrants clandestins.

Le texte introduit en outre des bureaux de contrôle d'immigration communs, dits "juxtaposés", dans les ports de la Manche et de la Mer du Nord - Calais, Boulogne-sur-mer et Dunkerque côté français, Douvres côté britannique.

Le traité du Touquet a été complété par d'autres accords bilatéraux en 2009, 2010, 2014 et 2018, renforçant le contrôle et la sécurisation par la France de la frontière entre les deux pays, le Royaume-Uni s'engageant en échange à verser une compensation financière à la France. L'accord de 2018 dit traité de Sundhurst, le premier signé après le Brexit, prévoit également d'"améliorer la gestion technique et opérationnelle de la frontière commune". Un volet spécifique concerne les mineurs isolés.

L'accord du Touquet est accusé côté français d'alimenter la crise migratoire dans la région de Calais, en y bloquant des candidats à l'immigration vers le Royaume-Uni, attirés par une "législation britannique plus favorable en matière d'asile et d'accès au marché du travail". À droite comme à gauche, des voix se sont élevées pour demander la révision du texte, de même que le Secours catholique.

Le 9 octobre, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin avait par ailleurs jugé nécessaire de négocier avec Londres "un traité qui nous lie sur les questions migratoires". Il avait également réclamé l'argent promis par le Royaume-Uni pour lutter contre le trafic sur les côtes françaises. La Grande-Bretagne s'est engagé fin juillet à payer à la France 62,7 millions d'euros en 2021-2022.

Durant sa campagne de 2017, Emmanuel Macron avait lui-même déclaré qu'il souhaitait "remettre les accords du Touquet sur la table", pour en "renégocier les modalités, en particulier pour les mineurs".
 

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