Covid-19: une partie de la France en sursis, le gouvernement jugé trop attentiste

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Un membre du personnel médical vaccine un salarié dans un centre de santé pour les employés des secteurs de la communication à Paris le 26 février 2021
Un membre du personnel médical vaccine un salarié dans un centre de santé pour les employés des secteurs de la communication à Paris le 26 février 2021
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© AFP, ALAIN JOCARD

, publié le vendredi 26 février 2021 à 21h47

Le gouvernement veut prendre son temps pour décider de nouvelles restrictions sanitaires dans vingt départements couvrant Paris, Lyon et Marseille, où les cas de coronavirus menacent de flamber, une stratégie de riposte graduelle qui lui vaut des critiques d'attentisme.

Alors que Nice et Dunkerque s'apprêtent à vivre leurs premiers week-ends de l'année 2021 confinés, toute la région parisienne, le Rhône, les Bouches-du-Rhône et une partie des Hauts-de-France et du Grand Est notamment, se sont réveillés en sursis vendredi, placés sous "surveillance accrue" par l'exécutif.

Déjà soumis comme le reste de la France métropolitaine au couvre-feu de 18H00, ces territoires pourraient se voir imposer dans une semaine des mesures encore plus strictes, dont des confinements locaux le week-end, si la situation continuait à se dégrader, a prévenu jeudi le Premier ministre Jean Castex, en promettant une concertation avec les élus.

La discussion a démarré sur des bases tendues avec la ville de Paris. Le premier adjoint, Emmanuel Grégoire, a plaidé dès jeudi soir pour un confinement "tout court" de trois semaines, et pas seulement les samedi-dimanche, avant d'évoquer une simple "hypothèse" à "mettre sur la table", qui ne pourrait "être prise qu'à l'échelle de l'Ile-de-France".

"Fadaises", a taclé Jean Castex. "Vous savez très bien qu'avec les variants (du virus), ce n'est pas possible" de sortir de la crise en seulement trois semaines de confinement, a ajouté le chef de gouvernement, à la veille d'une réunion avec notamment les préfets et directeurs des Agences régionales de santé (ARS) des 20 départements concernés.

- "Décrochage" -


Mais face à la montée des nouvelles formes de coronavirus, notamment le variant anglais plus contagieux, et à une occupation toujours élevée des hôpitaux par les cas de Covid-19, plusieurs médecins et scientifiques ont critiqué le gouvernement, jugé trop attentiste.

Le nombre de patients hospitalisés était de 25.130 vendredi, contre 25.317 la veille, dont 3.445 en réanimation (3.430 jeudi), selon les chiffres de Santé publique France publiés dans la soirée.

138.771 nouveaux cas de Covid-19 ont été détectés la semaine dernière, contre 128.662 la semaine précédente, selon le bulletin hebdomadaire de Santé publique France, pour qui la situation reste "préoccupante". En Ile-de-France, le taux d'incidence a grimpé de 240 à plus de 310 cas pour 100.000 habitants sur sept jours, avec un plus haut atteint en Seine-Saint-Denis (361).

"On a l'impression que c'est vraiment reculer pour mieux sauter (...). On voit bien qu'il y a un décrochage qu'on attendait, à partir du moment où le variant anglais devient majoritaire, c'est une histoire mathématique assez simple", a commenté sur RTL Karine Lacombe, la cheffe du service maladies infectieuses à l'hôpital parisien Saint-Antoine.

"Dans une épidémie avec une évolution défavorable, dire à l'avance qu'on va attendre 10 jours (quoi qu'il arrive) pour décider, c'est courir à l'échec et courir toujours derrière le virus !", a aussi riposté, sur Twitter, le professeur d'épidémiologie à l'université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, Mahmoud Zureik.

Rue Montorgueil à Paris, malgré déjà deux confinements en un an, certains ne s'opposent pas à un troisième. "Si c'est pour trois semaines et comme en mars, ça me va", explique Guillaume Orard, un étudiant de 22 ans.

Car actuellement, "on ne vit pas, on ne fait que travailler et je n'ai vu personne pendant des semaines", ajoute le jeune homme, tenu de suivre la plupart de ses cours à distance, et pour qui "un confinement peut marcher, si ça permet de vacciner davantage et que l'Etat soit plus tranquille".

Mais beaucoup se disent sceptiques à l'idée que seulement trois semaines puissent suffire. "On ne va pas éradiquer la pandémie en trois semaines, c'est un coup de communication", estime Timothée, boucher trentenaire dans le centre de la capitale. 

- Effets du vaccin -

Jean Castex a réaffirmé jeudi vouloir "tout faire pour retarder" un confinement strict, afin de "laisser à la vaccination le temps de produire ses effets". 

Et les toutes premières lueurs d'espoirs apparaissent. Santé publique France (SpF) a ainsi relevé que "les premiers effets" de la campagne de vaccination se dessinaient chez les plus de 75 ans, avec une baisse du taux d'incidence durant la semaine du 15 février, et, surtout, une "forte diminution" des décès (-22,5%, soit -143 morts) dans les établissements sociaux, dont font partie les Ehpad, la semaine précédente.

Mais la durée des restrictions et du climat anxiogène provoqué par la pandémie se fait aussi sentir. SpF a noté "une augmentation significative des états anxieux" dans la population (19,2 à 22,7%) et des états dépressifs (19,5 à 22,7%) entre janvier et février.

A Rennes, six étudiants sur dix présentaient "des signes de détresse psychologique" à l'issue du second confinement, selon une enquête menée auprès de trois grandes écoles.

Autre signe de précarisation: 9.100 étudiants ont bénéficié en janvier 2021 d'une aide spécifique ponctuelle attribuée par les services sociaux des Crous en cas de situation d'urgence ou de détresse avérée, soit une hausse de 39% par rapport à janvier 2020, a souligné vendredi la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (DREES).

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