Covid-19 : quelle "fracture vaccinale" en France ?

Covid-19 : quelle "fracture vaccinale" en France ?
(Photo d'illustration)

publié le mardi 27 juillet 2021 à 17h00

Une étude réalisée par le géographe de la santé Emmanuel Vigneron et dévoilée par Le Monde révèle une fracture vaccinale géographique, entre centres-villes et périphéries, mais également sociale.

Alors que l'exécutif compte sur l'extension du pass sanitaire pour inciter le plus grand nombre à se faire vacciner, Le Monde a dévoilé dimanche 25 juillet ce qu'il a qualifié de "photographie inédite de la France vaccinée contre le Covid-19", élaborée à partir des travaux du géographe de la santé Emmanuel Vigneron. En s'appuyant sur les dernières données de l'Assurance-maladie publiées le 19 juillet, ce spécialiste de la santé a calculé un "indice comparatif de la vaccination" qui souligne une "triple fracture vaccinale" en France.

Ces travaux révèlent en effet une France divisée entre Nord-Ouest et Sud-Est, entre centres urbains et périphéries, ainsi qu'entre communes riches et pauvres. 



Une vaccination à géographie variable

Au 11 juillet, en moyenne, 53,3% des Français avaient reçu au moins une dose de vaccin contre le Covid-19 et 40,9% présentaient un schéma vaccinal complet, selon les données de l'Assurance maladie. Une statistique qui cache de grandes disparités derrière une France "divisée par une diagonale qui part du sud-ouest de l'Occitanie jusqu'à l'est du pays autour de Mulhouse (Haut-Rhin), séparant un Nord et une grande partie de l'ouest du pays bien vaccinés, quand le Sud-Est, au premier rang duquel la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, et une partie du centre du pays accusent un fort retard", souligne Le Monde. 

Une couverture vaccinale qui ne suit pas du tout les chiffres de l'épidémie au cours de la dernière année. En effet, alors le Sud-Est, moins vacciné, a été par exemple bien plus touché que la Bretagne, qui figure parmi les départements les plus vaccinés. 

Ces chiffres "montrent que les causes sont à chercher au-delà de la santé : dans la perception de la maladie, qui est peut-être plus importante que le vécu de l'épidémie", souligne Emmanuel Vigneron dans Le Monde. Pour le spécialiste, "cela illustre probablement une certaine difficulté de pénétration des discours officiels, un refus de ce qui vient de 'Paris', ou encore un sentiment antigouvernemental".

Vaccinés des villes VS vaccinés des champs

Outre cette scission Nord-Sud, l'étude révèle également des disparités entre les villes et les périphéries. "Est-ce que cela révèle aussi une problématique d'accès à la vaccination ?", s'interroge le géographe de la santé, rappelant que les centres de vaccination se situent essentiellement dans les territoires urbains. 

"Il y a une fracture liée au fait qu'il y a un nombre de centres de vaccination nettement plus important dans les centres-villes", affirme également sur BFMTV Sylvain Boulogue, sociologue spécialiste des mouvements sociaux. "Pour se faire vacciner dans un centre-ville en dix minutes vous y arrivez. Dans le rural profond, ça peut être un peu plus compliqué", souligne-t-il.

Les plus aisés sont les plus vaccinés

Les chiffres révèlent enfin une fracture sociale. En région parisienne, les arrondissements plus populaires du nord-est de la capitale concentrent moins de personnes vaccinées que ceux des très chics arrondissements de l'Ouest. En région parisienne, la Seine-Saint-Denis est moins vaccinée que les départements plus riches des Yvelines ou des Hauts-de-Seine. En région lyonnaise, Vénissieux, Vaulx-en-Velin et Givors sont moins vaccinés que le centre dans le 3e arrondissement et les hauteurs de la Saône derrière Fourvière. Même constat à Marseille, où les habitants des quartiers nord sont bien moins vaccinés que ceux du 5e et du 7e.

Au 11 juillet, les jeunes des 10% des communes les plus défavorisées de France étaient quasiment deux fois moins vaccinés (33,2% de primo-vaccinés) que ceux des 10% des communes les plus favorisées (56,2% de primo-vaccinés).

"On voit bien aussi que c'est une question de rapport à la santé, de l'éducation à la santé", avance sur BFMTV Mircea Sofonea, spécialiste de la modélisation des maladies infectieuses à l'université de Montpellier, qui souligne également sur l'accessibilité selon les quartiers des cetres de vaccination. 

 

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