Covid-19 : pourquoi le "monsieur vaccin" du gouvernement veut rester prudent

Covid-19 : pourquoi le "monsieur vaccin" du gouvernement veut rester prudent
Le Pr Alain Fischer, le "monsieur vaccin" du gouvernement, le 3 décembre 2020 lors de la conférence de presse du Premier ministre.

publié le vendredi 04 décembre 2020 à 11h15

L'immunologue Alain Fischer a été désigné par le gouvernement pour conduire la campagne de vaccination. Alors qu'une première vague de vaccinations est prévue début janvier, le spécialiste pointé les questions toujours en suspens sur l'efficacité des vaccins.



Comme promis, le gouvernement a dévoilé jeudi 3 décembre sa stratégie de vaccination contre le Covid-19. La vaccination, qui sera gratuite pour tous, commencera en janvier pour les seniors en établissements (un million), en février pour les personnes fragiles par l'âge ou les pathologies (14 millions) puis au printemps pour l'ensemble de la population, a annoncé le Premier ministre Jean Castex lors d'une conférence de presse. 

Pour mener à bien cette campagne, le spécialiste de l'immunité Alain Fischer a été nommé président d'une nouvelle instance chargée de conseiller le gouvernement.

Âgé de 71 ans, il est directeur de recherche à l'Inserm et directeur de l'institut des maladies génétiques Imagine. Il est mondialement reconnu comme le pionnier des thérapies géniques pour les enfants nés avec un déficit immunitaire, dits enfants-bulles.

Ancien professeur de pédiatrie à l'Université Paris Descartes, il a dirigé de 1996 à 2012 le service d'immunologie et d'hématologie pédiatriques de l'hôpital Necker (AP-HP). Il est professeur émérite au Collège de France et membre titulaire de l'Académie des sciences et de l'Académie de médecine. En 2016, Marisol Touraine, alors ministre de la Santé, avait déjà fait appel à lui pour présider le comité d'orientation d'une grande concertation citoyenne sur la vaccination, destinée à répondre à la "défiance" croissante d'une partie de la population.

"Eviter de se précipiter"

"Pour que cette vaccination soit efficace, il faut établir la confiance, et cette confiance ne peut pas être une injonction verticale émanant des autorités de l'Etat", a averti le Pr Fischer jeudi soir. Il a assuré vouloir travailler avec "les professionnels de santé, qui doivent être eux-mêmes convaincus par une communication transparente et complète sur l'analyse bénéfice-risque de ces vaccins, la société civile, on peut penser en particulier aux associations de patients atteints de maladies chroniques" et les chercheurs "spécialistes de l'hésitation vaccinale (la réticence à se faire vacciner, ndlr) qui sont susceptibles d'apporter des propositions sur la meilleurs façon de communiquer et par ailleurs de faciliter la vaccination".

L'immunologue a par ailleurs pointé les questions toujours en suspens sur l'efficacité des vaccins. "Pour l'instant, nous ne disposons que de communiqués de presse de la part des industriels. Nous attendons avec impatience des publications scientifiques", a-t-il expliqué jeudi soir. "Deuxièmement, par définition, le recul à ce jour sur l'évaluation de la sécurité et l'efficacité de ces vaccins ne dépasse pas 2 à 3 mois. Les données ne sont pas encore complètes non plus pour savoir si le vaccin protège contre la transmission", a-t-il ajouté. 

Alors que le Royaume-Uni a déjà autorisé le vaccin Pfizer-BioNTech, Alain Fischer a par ailleurs appelé un peu plus tôt dans la semaine dans les colonnes du Figaro à "éviter de se précipiter". "Le vaccin Pfizer est actuellement évalué par l'Agence européenne du médicament et, en France, par l'Agence du médicament. Le feu vert doit être donné en toute sécurité, et avec la meilleure connaissance possible du degré d'efficacité des vaccins. Il est normal que cela prenne un peu de temps", a-t-il précisé.  





"La Grande-Bretagne a décidé d'avoir une procédure accélérée de validation scientifique de son vaccin, et nous, s'il y a un point sur lequel on a toujours été très clair, c'est qu'on ne mégoterra pas avec la sécurité sanitaire des Français", a renchéri vendredi matin sur franceinfo le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal. "Quand on met en place un produit de santé, un vaccin en l'occurrence, il faut respecter toutes les formalités", pour mettre sur le marché "un vaccin efficace et sûr", a-t-il insisté. 
 

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