Covid-19 : "Nous ne devons pas être abandonnés", l'appel de patients immunodéprimés à Emmanuel Macron

Covid-19 : "Nous ne devons pas être abandonnés", l'appel de patients immunodéprimés à Emmanuel Macron
Un patient dialysé reçoit une dose de vaccin Pfizer-BioNTech, le 13 janvier dans une clinique d'Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis).

publié le jeudi 22 juillet 2021 à 13h15

Dans une lettre ouverte au président publiée par le Parisien, jeudi 22 juillet, l'association de malades Renaloo s'alarme, au nom des 250.000 malades immunodéprimés sévères, de la propagation du variant Delta, qui les oblige à un "confinement volontaire total". 

Pour eux, la sortie de la pandémie est un horizon encore lointain. Parce qu'ils prennent des médicaments pour baisser leurs défenses immunitaires et préserver ainsi leur greffon, les transplantés ne répondent pas aux vaccins de la même façon que la population générale.

C'est pourquoi Renaloo, une association de malades du rein, s'adresse au chef de l'État. 




Dans cette tribune, ils demandent à Emmanuel Macron de "renoncer" à l'abandon du port du masque dans les lieux accessibles avec un pass sanitaire. Ils veulent aussi pouvoir bénéficier, sans attendre, d'une 4e dose de vaccin.

Risque accru de formes graves et de décès 

Leur prise de parole s'appuie sur des chiffres inquiétants. L'association rappelle que la France compte " 250.000 personnes immunodéprimées sévères", dont les patients transplantés et dialysés. "Leur mortalité en cas de contamination par le Covid-19 est de l'ordre de 15 à 20%". "De nombreux travaux à travers le monde (...) ont confirmé que la dialyse et la transplantation figurent dans le groupe de tête des pathologies entraînant les risques de forme grave et de décès les plus élevés", écrit Renaloo. 



Ce qui justifie que ces patients figuraient parmi les personnes prioritaires au lancement de la vaccination en France, en début d'année, et qu'ils puissent bénéficier d'une 3e dose de vaccin, en vertu d'un avis de la Haute Autorité de santé (HAS) du 30 avril. Malheureusement, cela ne suffit pas toujours et, selon l'association, un tiers des patients greffés n'ont toujours pas d'anticorps après trois doses. 

30% de mortalité due au variant Delta 

"Des informations alarmantes nous parviennent du Royaume-Uni", indique la lettre. "Dans les environs de Bolton (près de Manchester, ndlr), qui ont connu en mai/juin une circulation importante du variant Delta, le nombre de patients transplantés contaminés est comparable à celui de mars avril 2020. Tous avaient reçu deux doses de vaccin. Leur mortalité aurait atteint le taux dramatique de 30%", s'inquiète l'association. 

Ces malades demandent donc à Emmanuel Macron de "bousculer l'inertie et la torpeur estivale" pour vacciner les "20% des patients greffés et 18% des patients dialysés" qui ne le sont pas encore, et de permettre aux immunodéprimés sévères d'accéder "sans délai" à une 4e dose de vaccin et d'accélérer la mise sur le marché des traitements par anticorps monoclonaux, qui boostent l'immunité. 

"Condamnés" à se confiner 

Ils regrettent aussi que la HAS leur refuse un test sérologique (sanguin) mesurant leurs anticorps après leur vaccination. "Le sens de cette décision est simple : nous sommes désormais arbitrairement condamnés, quelle que soit notre réponse à la vaccination, à poursuivre le confinement volontaire total auquel nous sommes astreints depuis le début de la crise", déplore le texte. 

Enfin, puisque" la non-obligation de port du masque dans les lieux accessibles avec un pass sanitaire impliquerait que nous en soyons totalement exclus", "nous vous demandons de renoncer à cette mesure, qui légaliserait notre mort sociale", implorent les malades. 

46% des transplantés vaccinés n'ont pas d'anticorps 

Les transplantés sont forcés de prendre des médicaments à vie pour lutter contre le rejet de l'organe greffé, mais dont les effets peuvent aussi bloquer l'action du vaccin. Une étude publiée début mai par le Journal de l'Association médicale américaine a montré que, sur un échantillon de 658 personnes transplantées vaccinées contre le Covid, seules 54% d'entre elles présentaient des "anticorps détectables".

La thérapie que prennent les patients greffés "évite certes les risques de rejet, mais freine également toute réponse immunitaire, et notamment celle pour nous défendre des bactéries ou des virus", confirme à l'AFP Estela Paz Artal, la cheffe du service d'immunologie à l'hôpital 12 de Octubre à Madrid. "Un pourcentage important de patients greffés ne développent absolument aucun anticorps ni aucune cellule défensive après avoir été vaccinés contre le coronavirus", ajoute-t-elle.

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